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Le voyage lyrique de Yu Shao aux Estivales de musique en Médoc

Le voyage lyrique de Yu Shao aux Estivales de musique en Médoc

19 juillet 2019 | PAR Gilles Charlassier

Conjuguant depuis plus de quinze ans les nouveaux talents musicaux au patrimoine viticole, les Estivales de musique en Médoc offrent avec Yu Shao, en ce mercredi 10 juillet au Château Lascombes, un voyage lyrique gorgé d’émotions, jusque dans sa Chine natale.

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Les noces de la jeunesse et de l’excellence constituent la sève des Estivales de musique en Médoc, et ce depuis les débuts du festival, il y a une quinzaine d’années. Son président, Jacques Hubert, et son directeur artistique, Hervé N’Kaoua, choisissent avec soin, parmi les lauréats des concours internationaux, les meilleurs et les plus attachants. Passé par l’Académie de l’Opéra national de Paris, Yu Shao en offre l’illustration dans le chai du Château Lascombes, à Margaux, baigné d’une fraîcheur marquée, idéale pour la vinification, et bienvenue en cette période de fortes chaleurs, avec un kaléidoscope de la générosité lyrique de sa voix.

Présentée par Philippe Banel, la soirée s’ouvre sur le premier cycle de lieder de l’histoire de la musique, An die ferne Geliebte, de Beethoven. Initialement conçu pour baryton, le ténor chinois prend le relais sans trahir l’inspiration élégiaque du recueil, où les numéros s’enchaînent avec une belle fluidité qui accompagne une interprétation attentive à la couleur des affects, voilés, à l’occasion, d’une délicate mélancolie. Les Trois sonnets de Pétrarque de Liszt prolongent cette veine, soutenue par la maîtrise pianistique d’Hervé N’Kaoua, distillant les irisations d’une écriture exigeante.

C’est à un grand saut géographique que nous invite ensuite le soliste, dans sa Chine natale. Parmi les

chants populaires de la très rurale province de Xinjiang, au nord-ouest du pays, collectés et arrangées par Luobin Wang dans les années trente, Yu Shao a choisi deux ballades folkloriques, l’une kazakhe, l’autre tatare, déclinant sur un canevas économe des amours pastorales. Au-delà de tropismes linguistiques un peu exotiques pour nos oreilles occidentales, la sincérité sentimentale de ces pages simples ne dépaysent pas un instinct romantique que l’on retrouve dans deux pièces contemporaines, C’est moi, et surtout Le pont, au dessin mélodique irrésistible, porté par un balancement rythmique qui se laisse aisément retenir. Nul ne boudera de réentendre le morceau en bis, défendu avec un enthousiasme communicatif.

Après l’entracte, le concert reprend avec une célèbre chanson napolitaine du début du vingtième siècle, Core n’grato, que tous les ténors ont inscrit à leur répertoire. Yu Shao en fait vibrer le lyrisme latin, que met en valeur son timbre souple et lumineux. Les deux mélodies que Poulenc composa sur des poèmes d’Aragon, C et Fêtes galantes, confirment les qualités d’une voix sans doute plus à l’aise dans l’émotion que dans le cisèlement des mots. Non sans ressources expressives, ses Chemins de l’amour ne peuvent éviter l’ombre du pépiement d’Yvonne Printemps, et l’on retrouve notre interprète davantage dans son élément dans les murmures intimes de la Chanson triste de Duparc. A la sortie des réjouissances musicales, comme c’est l’usage aux Estivales, un verre de la maison hôte attend les mélomanes sous les frondaisons de platane du jardin. Dans le Médoc, la musique est un art de vivre.

Gilles Charlassier

Estivales de musique en Médoc, juillet 2019

©Estivales de musique en Médoc

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Gilles Charlassier

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