Classique

Deux pianos, quatre voix et un enchantement romantique pour le premier soir du 23e Festival de Pâques de Deauville

Deux pianos, quatre voix et un enchantement romantique pour le premier soir du 23e Festival de Pâques de Deauville

21 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

Depuis 1997, quand Renaud Capuçon (en concert cette année au Festival le 1ier mai)  a décidé d’investir une salle de vente de chevaux, Arqana,  pour y faire entendre de la Musique, Pâques à Deauville rime avec découverte de jeune talents. Ce samedi 20 avril, les pianistes Guillaume Bellom et Ismaël Margain, ainsi que le quatuor de voix l’Archipel nous ont fait découvrir un répertoire romantique  allemand pour un ou deux pianos et pour deux à quatre voix. Magique. 

Le concert a été diffusé en direct sur France Musique, pour le réécouter, c’est ici. 

C’est donc à côté du champs de courses et non loin d’un grand cabinet de vétérinaire que la Salle Elie de Brignac se perche sur deux étages. Normalement, on y vend des chevaux. Depuis 23 ans, chaque Pâques (et aussi au mois d’Août) on y entend la fine fleur des talents montants de la musique classique. Si bien, que quatre générations « se donnent la main », selon le mot du directeur artistique du Festival de Pâques, Yves-Petit de Voize.  Soutenu par la Fondation Singer-Polignac, co-produit par Les Amis de la Musique à Deauville et le Casino Barrière, l’évènement a ses habitués élégants et heureux de se retrouver. 

 

La musique prend vite toute la place, avec une formation originale : Guillaume Bellom et Ismaël Margain sur deux tabourets devant le piano, et Mariamielle Lamagat, Adèle Charvet, Mathys Lagier, Edwin Fardini avec les Spanische Liebeslieder (op. posth. 138) de Schumann. Datant de 1840, ce cycle commence avec un enjouement qui met en avant l’énergie complice des pianistes. Suivant une note à la fois puissante et cristalline de la soprano, Mariamielle Lamagat, les voix des solistes se relaient avec une grâce qui marque leur travail commun et leur entente. Ce quatuor nous emmène doucement mais sûrement dans cette première oeuvre qui devient de plus en plus profonde et mélancolique, notamment pour les voix des femmes.

Alors que la première pièce a laissé entendre un à un chacun des chanteurs, les plus tardives Chansons à quatre voix (opus 39 et toujours pour piano 4 mains) de Florian Schmitt (1934) transposent des poèmes de Musset en oeuvre qui fait corps et où les voix et le piano se fondent avec quelque chose de grave. Une série mélancolique dont on se remet au soleil couchant, avec un verre à l’entracte.

La deuxième partie du concert nous fait encore monter dans l’échelle de l’enchantement, avec des pièces pour deux voix et un pianiste : un extrait des duos de Mendelssohn (op.63, n°2 « Abschied der Zugvögel », 1844), le Ich und du de Peter Cornelius, un élève de Liszt et du Brahms en duo. Guillaume Bellom et Ismaël Margain se succèdent au piano tandis que les voix de la charismatique mezzo Adèle Charvet et de superbe soprano Mariamielle Lamagat se répondent comme deux soeurs complices.

L’intermède instrumental à quatre mains où les pianistes nous livrent les valses 11 à 15 (Libesliederwlazer) de Brahms est un moment intense d’énergie et d’apesanteur qui se termine par le morceau qui a inspiré son fameux « Et maintenant » à Gilbert Bécaud. L’âme convertie au romantisme, on a presque envie de chanter!

C’est entièrement séduits et assez impressionnés par la densité et l’intensité du concert que nous sommes invités à boucler la boucle de ce répertoire pour deux pianiste, un piano et 4 voix : Inspirés par les Spanische Libeslieder de Schumann à Johannes Brahms, 20 ans après, les Neuesliebeslieder Walzer op. 65 nous emmènent dans une matière musicale absolument envoûtante : en 16 mouvements incisifs et puissants, nous pouvons vraiment apprécier toute la dextérité et la richesses des voix des quatre chanteurs : la chaleur du timbre du ténor, Mathys Lagier, l’agilité du baryton, souvent meneur dans cette pièce, Edwin Fardini, la précision de la soprano Mariamielle Lamagat et l’intensité de la mezzo Adèle Charvet.

Les applaudissement ont fusé pour les 6 jeunes et déjà immenses talents, avant qu’une partie du public ne se retrouve dans la voisine et extraordinaire Villa Strassburger, ancien lieu de propriété de la famille Flaubert, léguée par la famille de Ralph Beaver Strassburger à la ville de Deauville au début du 20e siècle et restée dans son jus et ses murs dessinés par l’architecte Georges Pichereau, pour accueillir des évènements tels que les dîners d’après le festival.

visuel : YH

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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