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La maison Tellier en tournée : Le temps du concert est sacré

La maison Tellier en tournée : Le temps du concert est sacré

09 mai 2019 | PAR Jean Emmanuel P.

Les membres du groupe La maison Tellier viennent de sortir leur 6ème album en mars dernier. Actuellement en tournée dans toute la France, le groupe des cinq va se produire au Trianon, le 15 mai prochain. Pour l’occasion, Toutelaculture a interrogé Helmut Tellier, le « chef » de groupe.

 

Toutelaculture : Pourriez-vous tout d’abord nous préciser le propos de votre dernier l’album, Primitifs modernes ? Pourquoi un tel titre, tout en oxymore ?

Ce sixième album est un album engagé, non pas au sens militant du terme, mais à plusieurs titres : l’existence de notre groupe des 5 qui perdure, le travail en amont avant de rentrer en studio, la création de notre propre maison de disque, et la description du monde qui nous entoure plus affirmée que dans nos albums précédents. Le sens du titre, Primitifs modernes, renvoie à l’art pariétal et constitue un oxymore qui offre un cadre étendu aux différentes chansons de l’album. Le retour aux guitares fait référence à l’envie de faire de bruit, comme les premiers hommes, et renvoie là aussi à l’art primitif.

Comment l’album est né ? Quels ont été vos modes d’écriture ?

On a commencé à écrire l’album avec mon frère Raoul. On a désormais nos itinéraires balisés, depuis les deux derniers albums : on s’enferme dans une maison, sans femme sans enfant, sans wifi, avec nos guitares, notre ordi et nos cartes sons, et on voit ce qui vient. On fait le tri dans nos maquettes, parce que lui comme moi on a en permanence des idées de mélodies et de chansons. Je n’ai pas encore de textes, et je ramène des bouquins de poésie. J’essaie alors de coller des mots pour vérifier que cela se marie bien avec tel ou tel instru. On commence alors avec des mélodies et des extraits d’autres auteurs, comme cette fois avec Jean Genet, Houellebecq précédemment.

Vous avez besoin d’une mélodie pour écrire un texte de chanson ?

Oui, il me faut une mélodie pour écrire, ce qui est plus facile d’ailleurs quand je pars de ma propre musique. S’agissant du travail sur cet album, lors d’une deuxième session à deux, je viens ensuite avec mes propres textes, qui se calquent sur ce que l’on fait jusque là et qui ouvrent sur de nouvelles portes, puis je rabote. Cela peut prendre un peu plus de temps d’écrire que de faire des mélodies, et de terminer un texte dont je suis satisfait. Puis quand on s’accorde sur un certain nombre de chansons, on a la structure globale. Cette fois-ci on a rajouté une nouvelle étape. On s’est frotté à d’autres songwritters en Belgique, qui ont apporté un angle différent sur nos maquettes et ont proposé des enrichissements mélodiques, et puis on a peaufiné l’ensemble avec tous les autres membres du groupe.

Parmi vos thèmes fétiches, il y a l’adolescence comme dans des titres comme La Horde, Laissez-les dire…

Sur l’adolescence, effectivement il y a la notion de seuil, de passage, de faire partie d’une horde pour mieux en sortir et grandir. En tant que groupe, cette notion de rituel est importante pour parvenir à une sagesse supplémentaire. L’adolescence de mes enfants fait aussi référence à ma propre adolescence. Beaucoup de chansons sont à la deuxième personne, une manière de se parler à soi-même.

Vous vous reconnaissez une filiation avec d’autres artistes, comme Alain Souchon ?

L’élégance pop, la façon de faire mouche, de dire des choses graves avec légèreté, pour moi il y a tout cela chez Souchon. Pareil pour Yves Simon, voire même Renaud. Des chanteurs qui même adultes restent ados. Ce que je ne vois pas chez d’autres figures tutélaires de la chanson française, comme Ferré et Gainsbourg. Mais on ne s’inscrit pas dans une esthétique qui correspond à une famille actuelle. Avec notre groupe, on s’est créé notre famille musicale, avec des vrais et faux frères d’ailleurs. Le choix d’être un groupe est une esthétique particulière et une forme de choix engagé, qui était beaucoup plus en vogue dans les années 90.

Quel est votre rapport à la scène ?

Il est vital à tout point de vue, car c’est ce qui nous fait manger certes, mais c’est surtout une nourriture spirituelle. C’est aussi un des rares moments, même si cela peut paraitre cliché, où on peut réussir à s’oublier totalement, à oublier le monde autour de nous, avec ses joies et ses peines, et je ne connais pas d’autres expériences similaires aussi fortes. C’est ce qui fait qu’on n’est pas blasé.

Pour terminer, pourriez-vous nous faire partager votre vision de l’évolution du paysage musical actuel ?

A mon niveau, je le trouve très fragmenté, c’est d’ailleurs à l’image de notre monde avec une individualisation forcenée des productions culturelles. Si on mélange une société de consommation extrême, l’arrivée de l’intelligence artificielle qui cerne au mieux les besoins, l’explosion de l’offre musicale… je pense que bientôt chaque personne aura potentiellement son artiste qui fera de la musique pour lui, personnellement. Mais cela résiste étrangement car le concert est un rare moment de la vie où les gens viennent pour ressentir une émotion collective, où ils vont un peu lâcher leur téléphone portable. Le concert garde un caractère sacré, le besoin de se réchauffer à un même feu, une expérience de groupe où on ressent quelque chose à plusieurs. Cela renvoie d’ailleurs aussi au titre de notre album…

Photo : Fred Margueron

En tournée

10.05.19 : Les!Abattoirs COGNAC

11.05.19 : MAGNY LE HONGRE

14.05.19 : ChabadaK ANGERS

15.05.19 : Le Trianon PARIS

24.05.19 : LeMoulin MARSEILLE

25.05.19 : Le Cargo ARLES

15.06.19 : La laiterie STRASBOURG

28.06.19 : Rencontres et Racines AUDINCOURT

05.07.19 : Festival les Moulins a? Paroles OLIVET

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