Musique
Avec Man, Budam entre dans la cour des grands

Avec Man, Budam entre dans la cour des grands

04 avril 2011 | PAR Mikaël Faujour

Fin 2009, nous vous avions vanté ce remarquable artiste des Îles Féroé, qui sortait son très beau premier album sous le soleil de Tom Waits et Nick Cave, révélant un interprète et conteur à l’âme débordante et à l’imagination féconde. Début mars, Budam sortait son deuxième album, Man, un coffret à bijoux.

A l’automne 2009, sortait Stories of Devils, Angels, Lovers and Murderers, premier album de cet artiste venu des septentrionales Îles Féroé. S’y affirmait un excellent chanteur, à la présence fort théâtrale, tantôt dramatique, tantôt d’un humour grinçant, sur des musiques jazzy aux airs de cabaret gothique, entre Tom Waits, Nick Cave et l’univers d’un Tim Burton. Nous attendions la suite avec impatience. Et Budam n’a pas déçu.

Intitulé Man, le nouvel album de Budam, paru en mars, explore une voix nouvelle, où l’électronique et l’organique s’acoquinent pour recréer des atmosphères tantôt nerveuses et tantôt éthérées, entre inquiétude et extase mystique.

La remarquable ouverture, « The Fly », gracieuse et délicate comme une porcelaine, qui débute entre múm et Antony & the Johnsons et monte à la façon d’un vent têtu. Le résultat est une pièce d’orfèvrerie : chant émouvant, ligne mélodique parfaite, production au cordeau. Et la suite réussit le pari d’être inventive, riche et de ne pas répéter une formule qui marche. « The Elephant », au rythme plus marqué, plus lourd, ponctué de cuivres et violons plaintifs, accueille dans son pas de deux, cordes de violons pincées avançant à pas feutrés et chant féminin mélancolique. « The Man Who Knows Everything » s’avère plus trouble, tendu et puissant, renforçant d’autant la pure élégance du gracile « The Bicycle » qui suit.

Découverte grâce à The Bicycle EP, sorti plus tôt cette année en avant-garde de l’album, cette chanson est une merveille de pop, rappelant d’abord la douceur des boîtes à musique, avant de s’emballer en laissant s’imposer le rythme métronomique du piano et gicler la lumière de la joie, jusqu’à un finale apothéotique sur fond de trompettes en extase.

Selon le même principe que les deux précédents morceaux, « The Aeroplane », enlevé et chargé, est suivi d’un « You Are My Religion » d’une délicatesse exquise, la voix de Budam au premier plan étant seulement portée par un orgue rappelant le Sigur Rós de l’album à parenthèses et un glockenspiel, puis les frissons de cymbales, les arpèges célestes de piano, la soyeuse caresse du violon, la lente plainte de la contrebasse, s’ajoutent tour à tour comme autant de touches à un tableau musical merveilleux.

Sur « God Is Fucking With Our Heads », frénétique et inquiète, au piano lourd et puissant et à l’énergie rock, laisse place encore à la pénultième « Last Song », lente ballade mélancolique au piano, où s’entrelacent à ravir les voix de Budam et d’une chanteuse, les deux rejointes par des chœurs et s’élevant implacablement vers les hauteurs d’un lyrisme poignant. Atteint le sommet dans une explosion libératrice, vient alors « All You Dream You Get to Keep », instant de quiétude parfaite, où ces deux mêmes voix dans un unisson a capella planent dans une paix lumineuse, soulignées seulement par un violon réduit à l’essentiel.

Avec Man, Budam a dépassé totalement les attentes suscitées par son remarquable premier album, déjà très personnel et très excitant, dans l’ombre portée des géants. Affranchi de ces influences, il a trouvé sa lumière, cette lumière trouble ou éclatante qu’il dispense avec brio sur ce deuxième album. Un deuxième album qui le fait entrer dans la cour des grands, comme dit le poncif journalistique. Et à ce jour, l’un des meilleurs albums parus cette année.

Budam, Man, Volvox Music, 2011


A noter :
Budam sera de passage au Centquatre le 28 avril, avec ses compatriotes d’Orka, dont le chanteur a participé à l’album de Budam. Vous pourrez gagner 2×2 places pour ce concert grâce à toutelaculture.com, à partir du jeudi 7 avril. 

 

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