Musique

Accueil chaleureux pour Alina Orlova et son piano à l’Européen

08 juin 2010 | PAR Yaël Hirsch

Lundi 7 juin, la chanteuse lituanienne’ était seule avec son piano pour interpréter les compositions de son album « Laukinis šuo dingo » (voir notre article) qui vient de sortir en France chez Fargo. La plupart des textes étaient en lituanien et en russe, et le public ne pouvait pas comprendre les mots. En revanche, la voix  forte et fragile et l’émotion volontaire et timide de la jeune prodige ont conquis son audience parisienne.

C’est dans une robe sage de matelot, manche trois quarts, longueur plus que stricte, et auréolée de ses boucles blondes qu’Alina Orlova fait son entrée sur la scène de l’Européen, lundi 7 juin à 20h30. Timide, elle se présente brièvement en français avant de passer aux choses sérieuses : jouer et chanter ses compositions piano solo. Il y en a  16 sur son album et Alina les interprète presque toutes.  Les doigts virevoltent sur le clavier, revisitant en mode « classique » les compositions de « Laukinis šuo dingo » . Puis la voix, solaire, angélique, retentit. Moins cristalline que dans les enregistrements, on ne peut cependant pas dire qu’elle est chaleureuse : elle est tout simplement la pureté qui aveugle. Pendant tout le concert, tout se passe  comme si les doigts luttaient avec la voix et que les uns et l’autre se faisaient la courte échelle dans une lutte avec l’ange pour monter toujours plus haut. Et chacun des morceaux est une bataille qu’Orlova interrompt très brutalement d’une seule note de piano, comme si arriver au bout d’une chanson était à chaque fois une victoire.

A mille lieues de certains arrangements « cabaret » de l’album, Orlova seule à son piano chante des chansons d’une mélancolie infinie, qu’il s’agisse des siennes propres ou de vieilles comptines russes. Sur scène, plus de masque, plus de jeu. Juste la grande tristesse des sons et  une gravité d’âme toute slave. Entre deux morceaux, la jeune femme boit parfois un peu d’eau, bafouille un remerciement en anglais, mais elle ne parle pas. Elle ne raconte pas ce que ses textes mystérieux veulent évoquer. Elle prend une respiration et repart à l’assaut, dans un autre morceau qu’elle interpréte de toutes ses forces. Et finalement, charmé par tant d’intensité, le public n’a pas eu besoin de comprendre par des mots ce qu’Alina Orlova chantait pour l’applaudir, lui demander des bis, et lui exprimer toute sa gratitude…

Assister à un concert de l’artiste lituanienne est une expértience de violente innocence qu’on ne peut que chaudement recommander.

Alina Orlova, “Laukinis šuo dingo”, Fargo, CD 19 euros, version digitale, 9.99 euros. Myspace.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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