Musique

AC /DC : « Live At River Plate »

AC /DC : « Live At River Plate »

23 janvier 2013 | PAR Arnaud Berreby

Ben voyons…A l’heure où le moindre troquet minable est équipé d’un wi-fi  gratuit à très haut débit qui transforme les terrasses de nos cafés en îlots de bulles qui cohabitent sans jamais, jamais se rencontrer, un vieux groupe de musique Rock d’origine australienne ose encore se prénommer AC/DC- littéralement : courant alternatif/courant continu et ce, sans avoir l’air ridicule…

 

Comment encore aimer cette musique en 2013 ?

D’abord, c’est l’hiver et ils nous font transpirer de cette bonne odeur saine mais impérissable, mélange viril de Kro, de  moue presque parfumée de votre régulière qui boude si bien à leur écoute et de Pizzas bon marché livrées par une ex- caillera- en- scooter- qui –cherche- à s’en- sortir, par le haut s’il vous plaît !

Ensuite, ils sont sincères, n’ont jamais suivi la mode, n’ayant jamais été à la mode.

Ce sont des gens de traditions, qui pensent qu’il ne faut pas laisser la tradition aux traditionnalistes, fidèles qu’ils sont au Blues de BB King, Albert King, Chuck Berry et certains autres.

Ce Live, sorti ces jours ci, a été enregistré au stade El Monumental de Buenos Aires il y a quelques mois.

Il contient les incontournables de leur répertoire plus quelques pépites extraites de leur dernier opus en date « Black Ice ».

Par ailleurs deux raretés inédites en Live depuis des lustres ( Shot Down In Flames, Dog Eat Dog) sonnent particulièrement bien.

 

Pour tout vous dire, c’est assez miraculeux de pouvoir les voir ou de les écouter de nos jours :

Ce groupe, né en 1973, était voué en fait à disparaître dans les vapeurs d’alcool en 1980, à la mort de leur chanteur de l’époque le fêlé Bon Scott, décédé étouffé dans son vomi, après une énième soirée arrosée londonienne.

Grande tradition ça de clamser dans sa gerbe chez les Rockers : John Bonham, le puissant  batteur de Led Zep, Jimmy Hendrix, Jim Morrison nous ont quitté de cette façon si délicate.

Ce banal groupe de Blue-Rock était, à la fin des années 70, en train de devenir énorme suite à la parution de l’album « Highway To Hell » (1979) enregistré par Mutt Lange à la demande du distributeur américain qui souhaitait un son moins bluesy, plus électrique afin d’avoir une chance de percer outre -Atlantique.

La dernière plage de l’album enregistrée avant le départ définitif du chanteur s’intitule « Night Prowler », récit glacial, sur un blues lent, d’une virée nocturne campant un rodeur visiblement dérangé en quête de sa proie :

 

« Trop apeurée pour éteindre la lumière

« Car tu as un mauvais pressentiment.

« Etait-ce un bruit derrière ta fenêtre ?

« Quelle est cette ombre dans le noir ?

« Alors que tu t’étends là, nue

« Comme un corps dans une tombe.

« L’ambiance est suspendue, tandis que je me glisse dans ta chambre… »

 

Chanson prémonitoire par excellence, Bon dans le rôle de la proie, la camarade attendant son heure, tapie dans l’ombre de nos doutes…

 

Bon était drôle, fou, flambeur, arrogant, dragueur compulsif mais il était lucide sur sa condition pathétique, trop intelligent, trop fin et clairvoyant pour être fier de son comportement qui confinait à l’auto destruction.

En témoigne le titre « Ride On » (Dirty Deeds Done Dirt Cheap ; 1976), rare moment de sincérité, aveu d’impuissance devant sa terrible nature qu’il ne parvient pas à dompter. Il se déteste :

« Encore une autre bouteille terminée et un autre lit vide,

« Je ne suis qu’une autre tête sans cervelle : c’est pourquoi je suis seul.

« J’ai une fois de plus rompu ma promesse et  j’ai encore brisé un autre cœur.

« Je me sens tellement seul et je sais ce qui me reste à faire :

« Aller aux putes, aux putes encore et encore.

« Encore aller aux putes, encore et encore.

« Et peut-être qu’un jour je ferai taire mes mauvais penchants, peut-être un jour… »

 

Alors, à la mort de ce grand fou romantique si attachant, les membres survivants du groupe tirent une croix sur leur avenir.

Les Doors ont-ils survécu au départ de Jim Morisson ? Queen en l’absence de Mercury ? Les Claudettes  après Cloclo avaient-elles un avenir ?

 

Bon, cela c’est la théorie, la jurisprudence que notre regretté chanteur aurait envoyé balader d’une chiquenaude bien placée. En fait, et tant mieux pour nos oreilles dont l’état actuel fait la fortune d’Audika, la maman de Bon vient rendre visite aux frères Young, piliers et guitaristes du groupe, quinze jours après les funérailles et leur demande de se remettre au travail « En l’honneur de Bon ».

Le résultat se présentera quelques mois plus tard  sous la forme de l’immense « Back In Black » enregistré avec Brian Johnson, leur nouveau chanteur, produit comme l’opus précédent par Robert Lange.

L’album sera un succès mondial : il commence sur des tintements de cloches funéraires en hommage à Bon, dernier salut qui n’est en fait qu’un au revoir : les adieux n’existent pas dans le Rock, les héros ne meurent pas ils ne font que passer le relais à d’autres avec humilité et gratitude afin que l’aventure continue et, ce, en faisant un dernier bras d’honneur à la grande faucheuse !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin de partie, annulation jusqu’au 31 janvier 2013 inclus
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