Musique
2002-2012 : dix années sans Jean-Jacques Goldman- 2ème partie

2002-2012 : dix années sans Jean-Jacques Goldman- 2ème partie

05 janvier 2013 | PAR Arnaud Berreby

Dans la première partie de notre sujet nous avons évoqué le début de carrière de l’ami Jean-Jacques : nous l’avons quitté après la parution de son premier album live en 1986,
témoignage vivace de la complicité qui le lie à son public par delà les critiques des journalistes musicaux qui le considèrent comme un vulgaire chanteur de variétés…

L’année qui suit voit la parution du double album Entre gris clair et gris foncé dont la chanson-titre nous explique la conception Goldmanienne de la fin des idéologies :

« Largués, les idoles et grands timoniers,
« Les slogans qu’on hurle à pleins poumons
« Sans l’ombre, l’ombre d’une hésitation. »

Le propos est clair et tranche encore une fois avec son époque : rappelons que nous sommes en pleine guerre froide, que la mode est à l’invective, à la confrontation idéologique avec un parti communiste français encore puissant en ce milieu des années 80.
Goldman pense que les seules et uniques victimes de ces combats sont bien entendu les petites gens qui suivent aveuglément les grands manitous qui leur promettent le grand soir…
Il plaide pour une vision bien plus pragmatique des promesses de bonheur :
Le titre Il changeait la vie- un des singles à succès de l’album-est un plaidoyer pour cette conception presque terre à terre des rapports humains faisant fi, encore une fois, des croyances :

« C’était un professeur, un simple professeur
« Qui pensait que savoir était un grand trésor
« Que tous les moins que rien n’avaient pour s’en sortir
« Que l’école est le droit qu’à chacun de s’instruire.
« Il y mettait du temps, du talent et du cœur
« Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
« Et loin des beaux discours, des grandes théories,
« A sa tache chaque jour on pouvait dire de lui :
« Il changeait la vie ! »

Le titre de la chanson est un pied de nez au slogan phare de la campagne présidentielle de François Mitterrand de 1981 « changer la vie ».
C’est le travail au quotidien des enseignants qui élève et protège les plus faibles et non pas les promesses irréalistes et éthérées non tenues qui sécrètent de la déception et de la rancœur.
Goldman a toujours préféré cette deuxième gauche réaliste représentée par Mendes France puis Michel Rocard aux tergiversations mitterrandiennes.
Bien que de sensibilité de gauche, il se tiendra néanmoins toujours loin de toute prise de position en faveur d’un parti politique quel qu’il soit, à une exception cependant : Rocard est en ballotage défavorable face à Pierre Cardo lors des législatives de juin 1993- l’artiste prendra alors la parole brièvement lors du meeting de soutien de l’entre deux tours appelant à voter pour son favori.
Par contre, quand Johnny chante sur scène la chanson « Je t’attends » écrite par Goldman lors d’un rassemblement public en hommage à Chirac, l’ami Jean-Jacques se fendra d’un communiqué rageur condamnant l’interprétation de sa chanson dans ce contexte !

L’album suivant, en 1990, voit un changement important : l’artiste fait partie désormais d’un trio escorté du Gallois Michael Jones et de la native de Springfield ( Massachusetts) Carole Frédéricks qui, tous deux, l’accompagnaient déjà sur scène.
Un des singles à succès s’intitule Né en 17 à Leidenstadt, il évoque le libre arbitre individuel si difficile à exprimer au sein d‘un consensus, si néfaste soit-il.
L’artiste se refuse à donner des leçons- lui pourtant dont les parents ont combattu dans la résistance :
« Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt sur les ruines d’un champ de bataille
« Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens si j’avais été allemand ? »
A une époque de culpabilisation à outrance il se positionne dans un concept de relativisme, surtout à postériori.
Là encore sa partition est dissonante, elle ne joue pas à l’unisson des tambours imprécateurs.

Sur l’opus qui suit en 1993, la chanson- titre Rouge nous parle de cette utopie appelée communisme qui a tant fait rêver et souffrir à la fois : il l’enregistrera avec les chœurs de l’armée rouge pourtant plus vraiment en odeur de sainteté après la chute du mur en 1989 !

« Y aura des jardins, d’l’amour et du pain
« Des chansons, du vin, on ne manquera de rien
« Y aura du soleil sur nos fronts
« Et du bonheur plein nos maisons ».

Hommage définitif à cet idéal trahi, comme un Kaddish enjoué prenant la forme d’un enterrement de première classe avec drapeau rouge alangui sur un cercueil de bois des forêts d’Ukraine…

Enfin évoquons sur le dernier album sorti en 2001 intitulé Chansons pour les pieds un titre presque dérangeant par son propos mais tellement bien écrit : un gout sur tes lèvres :
« C’est un goût sur tes lèvres, juste après les baisers
« Une amertume à peine devinée.
« Combien de coups crois tu avant que tu dénonces ?
« Combien de peurs avant de supplier ?
« Combien de jours de faim, as tu la réponse ?
« Avant de te battre, avant de ramper.
« Combien de pouvoir avant d’en abuser ?

Alors ce Goldman, un chanteur de variétés ?

 

 

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