Musique
2002-2012: dix années sans Jean-Jacques Goldman- 1ère partie

2002-2012: dix années sans Jean-Jacques Goldman- 1ère partie

08 décembre 2012 | PAR Arnaud Berreby

C’est l’histoire d’un mystère, ce pesant silence inédit dans l’histoire de la chanson : après plus de vingt années au sommet, en solo d’abord puis au sein d’un trio comprenant son fidèle guitariste Michael Jones et la regrettée Carole Frédéricks et enfin à nouveau tout seul, il décide de raccrocher en 2002 dès la fin de la tournée suivant la parution de l’album Chansons pour les pieds, se consacrant uniquement aux Enfoirés: à ce sujet le single « Attention au départ » écrit par l’artiste sort ces jours- ci mais exclusivement destiné à l’association.

Il n’y a pas de précédent d’un artiste s’arrêtant en pleine gloire. Un Tribute est sorti le 19 novembre 2012 intitulé « Génération Goldman » sur le label participatif, créé par son fils Mickaël, « My Major Company » avec un visuel calqué sur celui de son premier album solo édité en 1981: la boucle serait-elle enfin bouclée ?

Un album hommage est généralement consacré à un artiste mort ou pire vieillissant, comme un coup de chapeau à un parcours, une douce nécrologie avant l’heure aux épitaphes langoureuses.

Peut- être aura t-il pris au mot « When i’m 64 » des Beatles dans lequel Mc Cartney décrivait sa vie supposée à cet âge là sur un air desuet Dixieland, petite existence pépère loin des sunlights alors que le bassiste gaucher continue d’enflammer les scènes du monde entier à 70 ans passés!

Quoiqu’il en soit, et quelles que soient les raisons respectables qui ont motivé son retrait, il nous semble intéressant de revenir sur son parcours mais sous un angle différent, hors des sentiers balisés par ses succès populaires.

L’artiste  vient d’une famille juive Ashkénaze, son père d’origine polonaise entre en résistance au sein des FTP-MOI pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Son point de vue sur ses racines est sans équivoque : »Je resterai Juif tant qu’il y aura des antisémites » déclare t-il au magazine » Paroles et Musique » en 1985, il n’en tire donc ni fierté particulière ni gloriole.

Pourtant, quand son premier album doit paraitre, la maison de disque lui propose délicatement de prendre un pseudo: il s’y refuse catégoriquement préférant rompre la discussion !

Goldman, en fait, se voit comme un minoritaire d’abord et avant tout: minoritaire quand il fait partie à l’adolescence d’un groupe Gospel au sein de la paroisse de Montrouge, seul Juif-avec Jésus- précise t-il, à chanter dans l’église.

Minoritaire, quand son premier choc musical émotionnel se produit à l’écoute d’Aretha Franklin- comme une cristallisation Stendhalienne- « Des champs de coton dans ma mémoire, trois notes de Blues c’est un peu d’amour noir » ou la sainte alliance à raviver d’urgence de nos jours entre tous les peuples aux mémoires douloureuses.

Minoritaire encore au sein du groupe Tai-Phong, étant le seul membre manquant visiblement d’ambition -Il y chante pourtant un splendide « Sister Jane » aux envolées vocales Himalayiesques-scie pop tubulaire de l’été 1975.

Il quitte finalement le groupe trois années plus tard appréciant peu les tournées, tentant une carrière solo mais les deux 45 tours qui paraîtront ensuite passent inaperçus.

Il se met alors en retrait en cherchant, comme auteur-compositeur, à placer des chansons soutenu par l’éditeur Marc Lumbroso, mais, là encore, sans succès.

Ce dernier le pousse alors à enregistrer ce qui sera son premier album que Goldman souhaite appeler « Démodé » se voyant opposer un refus de sa maison de disque.

Il y chante le bien connu « il suffira d’un signe » hymne crypto-messianique ou la vision des Evangiles selon Jean-Jacques sur une musique à la Peter Frampton.

Mais intéressons nous plutôt au titre « Le rapt » qu’il reprendra sur scène bien plus tard, récit d’un fait divers qui voit un jeune homme prendre en otage une belle qu’il croise tous les jours, mais il demeure invisible à ses yeux ne faisant pas partie du même monde avec ses usages bien codifiés: en devenant sa captive, il peut enfin lui parler.

Déterminisme social, frustrations adolescentes sont bien exprimées dans ce morceau:

« Entre gens d’un certain milieu, d’un certain style
Le contact est permis, on se trouve en famille.
Mais une fois sortis de ces beaux appartements,
Les visages et les coeurs se ferment comme avant ».

Dans le même esprit, le titre « Sans un mot », paroles et musique ekta-speed que n’auraient pas renié Bernie Bonvoisin et son groupe Trust:

« On nous gonflait la tête de désirs vulgaires

De pouvoir et d’argent qu’on aurait mis à l’eau,

Nous on parlait histoire, liberté, univers,

Et l’on aurait donné notre vie sans un mot- sans un mot! »

 

La sortie du deuxième album, une année plus tard, nous gratifie d’un « Minoritaire »- avec Nono de Trust justement à la guitare(très) électrique- là aussi dans la même veine:

 

« Mes ghettos, mes idées sont pas homologués.

Papa quand je serai grand, je sais ce que je veux faire:

Je veux être minoritaire!(…)

Je ne sais pas encore d’où viendra la lumière

Mais je suis sur qu’elle ne viendra jamais des poubelles. »

 

A ce sujet voici ce que déclare Goldman en 1984 dans le magazine « Chansons »- aujourd’hui disparu:

« Je ne trouve pas que ce soit bien d’être sale et agressif. Par ailleurs, je trouve que c’est mal de se droguer ».

Ce père de famille rangé est loin de la Doxa du show-biz avec sa cocaïne à profusion et ses excès sexuels !

 

En 1984 parait l’album Positif- encore un immense succès – aux singles  « Envole-moi » et « Long is the road ».

Là aussi, penchons nous sur « Petite Fille » au texte si peu politiquement correct, tranchant avec l’angélisme des années 80:

« Philosophie prêt à porter, vite consommer et puis jeter:

Petite fille à quoi tu penses entre un flash et deux pas de danse (…)

Il n’y a pas de suicide au Sahel, pas d’overdose en plein désert

Pas de psychiatre à Kinshasa! »

 

Il ne se voit pas comme un chanteur à midinettes et les journalistes qui l’attaquent sur ce terrain là lui semblent ignorants de beaucoup de ses textes.

 

En 1986 parait son premier « Live » et le livret intérieur est maculé de toutes les critiques assassines- accumulées au fil des années- balancées par la presse dite « sérieuse », pied de nez de l’artiste aux détenteurs patentés de la vérité artistique-Il ne fera jamais partie du sérail et il l’assume!

 

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