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Réflexion sur l’Exhibition : Réaction!

Réflexion sur l’Exhibition : Réaction!

10 mai 2012 | PAR Fairouz Guedouar

L’Invention du sauvage, Exhibition, une expo qui nous permet de comprendre clairement notre société et des comportements racistes qui surprennent encore. Certaines ambiguïtés n’ont peut-être pas été réglées.

La soumission de l’autre, de l’inconnu et de la personne différente résulte d’un processus que l’exposition du Quai Branly résume en quatre actes.
Avec la découverte du nouveau monde on y divulgue aussi l’habitant réduit à « l’autre », qu’on emmène en Europe pour le montrer et prouver sa grande découverte, ce fut évidemment le cas de Christophe Colomb. Ensuite on entre dans la soumission scientifique, on observe le « monstre » et « l’exotique », on mesure les parties de son corps pour mieux le classer et créer une sorte d’échelle des races. Une fois cela fait on les exhibe comme dans un zoo avec les expositions universelles à travers le monde; et on s’amuse à les mettre en scène avec la création de spectacle aux Folies Bergère à Paris, ou encore au Panoptikum de Castan à Berlin.
En somme on exhibe ces hommes des terres inconnues où l’on veut établir son autorité pour légitimer cette action mais aussi pour faire comprendre au reste de la population le devoir qu’a l’Occident, celui de civiliser ces peuples « sauvages », en bons chrétiens bien-sûr.

Aujourd’hui il existe un réel décalage entre le fait que l’on sache ce qui s’est passé et comment ces hommes, femmes et enfants ont été exploités pour assoir une supériorité occidentale mais aussi par appât du gain, et la « surprise » que l’on a face aux preuves matérielles de cette réalité.
C’est aussi une prise de conscience à laquelle nous sommes à chaque fois confrontés, lorsque l’on se dit que cette histoire de cinq siècles, dans sa globalité, a si peu généré en expositions, en commémorations, en rassemblements…peut-être est-ce la raison de cette grande méconnaissance. Tout ce qui touche à l’esclavage est plus vu comme objet de curiosité et l’Etat n’aide pas en cela. En exposant des œuvres dans les musées qui n’ont pas été offertes, à ce que l’on sache, on reste dans la démonstration d’une différence et non dans l’explication et la compréhension d’une civilisation. Cela pourrait être une grande étape facilitant la commémoration.
Au Jardin d’Acclimatation par exemple qui est un lieu parisien très fréquenté, où l’on vient se divertir en famille comme au 19ème siècle, fait totalement abstraction de son passé de lieu d’exhibition de « sauvages ». Aucune plaque commémorative ne nous le rappelle alors que des personnes y sont mortes et y reposent encore… Ce schéma est identique dans d’autres villes européennes.

Il y a tout de même de maigres avancées. En 2001 le Sénat reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Aussi depuis le début de notre 21ème siècle les occidentaux commencent à rapatrier les dépouilles de ceux qu’ils ont soumis et éloignés de leurs terres. Des corps qu’ils avaient tout de même continué à exhiber, mais aussi moulés pour garder une trace postmortem de cette différence.

L’exposition au musée du Quai Branly est une première mondiale, c’est l’histoire de la mise en spectacle de la différence, de la construction visuelle et intellectuelle du « sauvage », qui devint simplement du racisme. Pour reprendre les mots de Pascal Blanchard, le commissaire scientifique de l’exposition, voir l’Invention du Sauvage, Exhibition c’est découvrir « le cerveau ouvert de l’occident…et comprendre comment sont fabriqués ces imaginaires ».
Après la Seconde Guerre Mondiale, le phénomène d’Exhibition disparaît peu à peu, car il lasse la population qui voit désormais « le sauvage » se moderniser. Le cinéma, révolution totale du 19ème siècle, remplace aussi cette industrie du divertissement qui s’essouffle.

 

Aujourd’hui il semble que le travail de mémoire avance plus sérieusement même si beaucoup de choses restent à faire afin de prendre conscience des problématiques de l’esclavage mais aussi de la colonisation. Se confronter à cette histoire pourrait aussi permettre aux sociétés contemporaines, métissées, de mieux se comprendre, car si on ne parle plus de « sauvage », il est question aujourd’hui d’étranger.

 

visuels: (c) photographie de l’Exposition Coloniale à Marseille, 1922 et Affiche exposée au Musée du Quai Branly.

L’archéologie de l’esclavage comme aboutissement de la reconnaissance de l’esclave en tant qu’être humain
Edito : Mémoires de l’esclavage et chaînes contemporaines
Fairouz Guedouar

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