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Edgär : « Écrire, c’est donner une forme poétique à une confession »

Edgär : « Écrire, c’est donner une forme poétique à une confession »

08 avril 2022 | PAR Jacques Emmanuel Mercier

Antoine et Ronan sont Edgär, un groupe à la croisée des styles. Secret leur premier album est une confession. Intime, poétique, touchant, nous les avons rencontrés autour d’un café pour discuter de leur création, leurs textes et un peu d’eux aussi. 

Toute la culture : Cela fait quelque temps que l’on vous a découvert. Après plusieurs EP, vous sortez votre premier album Secret, pourquoi avez vous senti que c’était le bon moment ?

Antoine : Cela fait plusieurs années que l’on travaille ensemble, nous avions assez de morceaux pour faire un album, on s’est dit que c’était le moment. En terme de qualité, c’était important pour nous d’avoir quelque chose à défendre. L’on avait travaillé ensemble sur des EP avant, c’était un peu différent mais tout de même très ressemblant. Étant donné, que l’on avait un nombre de chansons conséquent, l’âge aussi l’envie était là, donc on s’est lancés.

Ronan : Artistiquement aussi on avait exploré assez de choses différentes, nous avons eu le temps de tester, d’essayer. Par exemple de revenir au français alors qu’avant on faisait beaucoup d’anglais. On avait quelque chose de varié, on aurait eu du mal je pense à ne se limiter seulement qu’a faire un EP. La principale différence entre EP et album c’est le nombre de chansons en fait, on avait depuis quelques années pu peaufiné notre projet, notre identité.

Comme vous le dites, vous avez rassemblés des chansons sur ce projet, mais l’avez vous fait parce que ces morceaux avez une identité commune ?

Antoine : Quand on dit rassembler des morceaux, ce n’est pas vraiment cela. Pour nous, ses morceaux existent depuis plusieurs mois ou années. Au final, nous avions assez de matière pour  avoir des inédits, pour les mettre sur un album. Nous n’avons pas eu cette réflexion de s’enfermer dans un appartement et construire un album de A à Z. Le travail lui existe, on a retravaillé certains arrangements, même certains morceaux que l’on a repris de zéro. Pour qu’il y est une cohérence, quelque chose de logique.

Ronan : On avait certes des morceaux, mais cela ressemblait plus à 25 lignes de chant et 25 compositions. Le travail a été de rendre tout ça cohérent, de rendre un album le meilleur possible en partant de tout ce que l’on avait fait ces dernières années.


On peut lire ici et là que vos fans voulaient des chansons françaises, est-ce pour ça que l’on entend autant de chansons française sur le projet ?

Antoine : Nous n’avons pas répondu à une demande, parce que nous n’avons pas assez de fans pour le faire (rire). C’était vraiment une envie pour moi depuis longtemps, en tout cas essayer, pour Ronan un peu moins. Pendant le confinement, l’on a enregistré un album d’un autre groupe qui s’appelle Week-end Affair. Le projet solo folk du chanteur Louis Aguilar lui permet de passer de l’Anglais au Français. Cela nous a réconforté pour nous lancer dans ce projet. Moi, j’y croyais fort, Renan beaucoup moins et souvent avec Edgär quand moi, j’y crois et Renan non, ça fonctionne. Petite anecdote durant l’enregistrement de Nuit le premier morceau de l’album, Ronan chantait dessus et au moment du troisième couplet, il a retiré son casque et a dit « C’est nul, j’y crois pas » sans l’avoir écouté. Quand il a écouté il a trouvé que «  ça défonce » (rire). On s’est rendu à ce moment-là que Edgär marchait en français.

Ronan : Ce n’était pas une obligation, ça ne l’est toujours pas, c’est parce que on voulait voir avant tout en français si ça marchait. Le but, c’était  et c’est toujours de tirer le meilleur des textes. On a une chance, c’est notre indépendance, sans vouloir être dans ce manichéisme les majeures c’est nul, l’indépendance, c’est pour les vrais artistes, si l’on voit que le texte et plus intéressant dans une langue on la met dans cette langue.

 Nous avons pu lire en plusieurs endroits qu’aucun d’entre vous n’est le leader du groupe, peut-on voir tout de même une répartition du travail ?

Antoine : Ronan, disons est plus dans l’écriture et dans la compostions des morceaux. Moi, disons que je suis plus comme un directeur artistique. On retravaille ensemble tout ce qui est arrangement, après quand on fait des textes en français c’est moi qui fais le premier jet et lui fait l’inverse. Quand on dit qu’il n’y a pas de leader c’est qu’il n’y a pas de guerre d’ego dans le groupe. On est tous les deux moteurs à 50/50, si on doit prendre une décision on va faire en sorte d’être tous les deux d’accord.

Quand vous commencez un texte d’où vous vient l’inspiration niveau écriture ?

Ronan : Généralement cela vient de moment précis, de ce que m’a fait ressentir ce moment. Le texte raconte rarement les faits précis. Je suis plus dans l’écriture d’un moment, d’une émotion. Quand c’est en Français c’est Antoine qui la retraduit.

Antoine: C’est marrant en fait parce que c’est la même manière de travailler en français et en anglais, mais ce n’est pas la même personne qui écrit. Ce que l’on a voulait faire au début, c’était un système où Ronan écrit sur sa vie en anglais et moi j’écris sur sa vie mais en français. C’est pour ça que l’album s’appelle secret, c’est parce que l’on est tellement proche qu’il me confie tout. J’écris ce qu’il ressent, pas sur ce que je ressens, parce que lui il écrit sur lui sur ses émotions. On ne peut pas sortir de ça. Car c’est l’identité d’Edgär. Aussi c’est lui le chanteur principal et il ne peut chanter que ce qu’il ressent.

Vous voyez votre musique comme une confession ? 

Ronan : c’est ça en fait chaque morceau c’est une confidence. Je les écris parce que je ne peux pas les dire. De plus tous les titres de l’album existent en anglais. C’est spontané pour moi d’écrire en anglais. Antoine lui fait un premier jet dessus et après on le retravaille ensemble. Des fois ça marchait moins, des fois on était moins inspirés. A la fin, on discute sur ce qui nous touche le plus, ce que l’on trouve le mieux ce qui passera le plus en radio ( rire).

 

Avez-vous une idée de la raison pour laquelle vous écrivez en anglais ?

Oui, je crois, c’est une histoire éducation avant tout. J’ai écouté énormément de musique anglophone depuis que je suis petit, pour moi la musique, c’est en anglais. Après chaque langue à sa sonorité son sens, c’est pour cela que le passage en français a été compliqué. C’est aussi devoir chanter dans une langue où je n’ai pas l’habitude de la chanter. Il à fallu déconstruire pas mal de chose pour passer en français. Réapprendre, voir apprendre une nouvelle manière de faire.

 Quand vous dites une version anglaise, une version française, c’est une traduction ou une version vraiment à part ?

Ronan : Ce n’est pas une traduction, généralement, on prend l’essence du texte surtout, traduire du mot-à-mot c’est trop de contrainte. C’est bien de revisiter quelque chose. C’est bien, je trouve de reprendre la mélodie, de partir sur de nouvelles pistes.

Antoine : en plus en un temps aussi long que celui qu’ont a pris pour sortir cet album, les sentiments ont changés parfois, donc les chanter n’aurai pas eu de sens si nous n’avions pas changé quelque chose. Seul le morceau Me Voudras tu ? Ne possède pas de version anglaise vu qu’on la construit rapidement comme ça, en une nuit.

Sur le site Edgar, on peut lire une comparaison avec Simon and Garfunkel le célèbre duo de musique américaine. Est-ce une comparaison, une inspiration forte ou juste un outil marketing de votre label ?

Ronan : Nous ne pouvons pas nier une influence, on chante moi et Antoine en harmonie, Simon and Garfunkel, c’est une référence pour ça. Dans l’album, on trouve un morceau folk, donc on peut aussi rapprocher notre style au leur à cause de ça aussi.

Antoine : Dans le même temps, je me demande ce que ferait Simon and Garfunkel aujourd’hui. En terme de ligne de composition, nous ne sommes pas très loin. Moi, je me demandes ce qu’ils feraient aujourd’hui. Est-ce qu’ils feraient pas ce que l’on fait ?( rire) En tout cas ils ne feraient pas de la guitare voix. C’est une référence pour nous, des artistes que l’on écoute.

Mais l’on peut voir des fortes influences sur votre style ? 

Ronan : Après la comparaison vient forcément, parce que le style se rapproche et que le duo américain est connu du grand public. Quand tu dis au public ‘ »ça c’est une influence », il ne l’a voit pas forcément, alors que pour nous c’est évident. Donc quand on explique cela en interviews c’est toujours compliqué. Se comparer ainsi c’est plus facile.

Antoine : C’était soit ça soit les Fréro Delavega ( rire) et vu que l’on fait plus de la pop british que de la variété française on se compare plus facilement à eux. Pour que les personnes qui ne nous connaissent pas, puissent nous situé, on dit que l’on fait quelque chose entre Simon and Garfunkel et Daft Punk. Alors que dans les faits non. Mais au moins comme ça, les personnes comprennent que ça va être de la musique anglo-saxonne avec un côté électro.

TLC : Le choix du nom Edgär, un nom masculin pour un duo, est-il une manière de mélanger vos identités ?

Antoine : Alors c’est marrant, parce que l’on a fait un concert samedi au Luxembourg avec Kyo et l’on nous as demandé si l’on s’appelait Édouard et Gary. Avec Ronan, on est très différent, à l’époque, ça se voyait plus. Sur scène nous n’avions pas du tout la même énergie. On ne voulait pas que le public voie cette différence, en n’étant qu’ Edgar, si tu ne nous connais pas tu viens voir juste un gars.

Ronan : Avec ceci on trouve aussi un coté très intimiste, c’est aussi dans les musiques un reflet de ce côté confidence que l’on trouve dans les chansons, c’est un peu comme si juste l’on prenait une bière je dirais.  Au début, l’on ne savait quel prénom choisir et le patron d’un restaurant à Amiens où l’on se rendait souvent s’appelle Edgard, c’était une façon de lui rendre hommage peut-être.

 Sur cet album, on a cette impression qu’il est très porté sur la recherche de l’ailleurs, est-ce pour vous un thème important ?

Ronan : Oui je pense que c’est paradoxal, c’est plus de l’introspection. C’est l’ailleurs, mais dans la tête. Pour moi écrire, ça a toujours été ça, de prendre du recul, sur un sujet et le raconter en musique. Écrire, c’est des instants de rêveries, des instants où l’on réfléchit à ce qu’il s’est passé. C’est une prise de recul, ça donne une forme poétique à cette confession.  

Antoine : Je pense aussi qu’il n’y a une critique de société, mais de sa propre société. Pas forcément par rapport à ce qu’il se passe dans le monde, mais juste dans notre monde. Ronan, il est comme ça toujours en perpétuel questionnement. L’ailleurs, je pense c’est plus ici une façon de trouver sa logique. Trouver quelque explication que ce soit.

Vous auriez un exemple ? 

Ronan : Sur le premier EP, on a cette chanson, qui s’appelle The Painter, qui parle de ça, l’idée, c’est que c’est un bordel dans notre tête, mais on prend du recul, pour y trouver un sens ou trouver un aspect joli à certaines choses.

Antoine : Je voudrais ajouter que c’est surtout l’idée d’un bordel comme une sorte d’incompréhension. Donc tu recherches toutes les solutions pour comprendre ce que tu peux trouver comme réponses. C’est une incompréhension de son monde, qui pousse Ronan tenter de trouver ses réponses au travers de l’écriture. Le bordel, c’est l’incompréhension, l’ailleurs, c’est les différentes logiques.

Dans Incendie l’on peut entendre: «  Mon corps joue avec mon âme » je trouve que c’est un beau résumé de cette recherche d’équilibre dans l’album. C’est un sujet important pour vous ?

Ronan: C’est ce conflit, cette incompréhension dans un monde complexe où je tente avec des chansons de me l’expliquer. Incendie parle entre autre de ça, de trouver cet équilibre, de les comprendre.

Antoine ; c’est aussi trouver l’équilibre pour tout ce qui est angoisse, stress. Quand on l’a écrit c’était aussi trouver un apaisement morale et physique. J’écoutais beaucoup l’album de Pomme à ce moment là et elle parle beaucoup de cela dans son morceau anxiété par exemple.

Pour nos lecteurs, pouvez-vous nous donner les influences majeures de votre travail ?

Ronan : l’album est tellement varié, c’est difficile de donner quelque chose comme ça. Généralement, il faut savoir que l’on est assez proche pour les choses que l’on aimes. Mais donner quelqu’un comme ça, c’est difficile.

Antoine : Ronan ne sera pas d’accord avec moi, mais la principale influence selon moi, c’est Julien Doré. Pas forcément dans les mélodies, mais dans la construction. Je trouve que c’est marquant sur certaines idées, de clips par exemples. Ce que je regarde, c’est surtout sa ligne directrice comment il l’a défend, les outils qu’il utilise pour faire passer son message. Mais je trouve intéressant sa communication, ses graphismes de pochette.  Après, on écoute un peu tout ce qui marche en ce moment. The Weeknd, Billie Eilish, on est forcément influencé par ça. C’est compliqué, car on entend beaucoup en ce moment la nécessité d’avoir une couleur globale pour un album. J’ai toujours aimé les albums très divers comme celui de London Calling de The Clash, avec du punk du rock et d’autres styles à l’intérieur.

TLC : pour finir, c’est quoi pour vous un artiste ?

Ronan : C’est quelqu’un qui retranscrit ses émotions de manière poétique sur un support quelque qui soit.

Antoine : C’est un être humain qui par une sensibilité arrive à en toucher d’autres. Pour moi, des gars comme Mbappé sont des artistes. C’est quelqu’un qui utilise son intelligence pour toucher d’autres personnes. C’est ça Edgär, Ronan pour lui, c’est quelqu’un qui utilise son émotion et moi, c’est quelqu’un qui utilise son intelligence.

 

crédit photo

photo de mise en avant : pochette de l’album

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