Jazz
Sébastien Vidal : « Au Festival Django Reinhardt, l’expérience et la découverte prévalent sur la programmation »

Sébastien Vidal : « Au Festival Django Reinhardt, l’expérience et la découverte prévalent sur la programmation »

08 avril 2022 | PAR Yaël Hirsch

Ce mois de juin 2022, le festival Django Reinhardt aura lieu au pays de Fontainebleau, comme à son habitude auprès de la tombe de son icône.

Un concert d’ouverture se tiendra sur la place du village de Samois-sur-Seine, le 18 juin en entrée libre et du 23 au 26 juin. Il y aura 4 soirées de concerts au Parc du Château de Fontainebleau, avec des artistes jazz venus de tous horizons, du jazz manouche mais aussi Melody Gardot, Jamie Cullum, Robyn McKelle, Yom ou Bachar Mar-Khalife… Sébastien Vidal, directeur d’antenne et des programmes de la chaîne TSFJAZZ mais aussi bénévole du festival, nous en dit un peu plus sur cet événement devenu incontournable dans l’univers du jazz et de la musique manouche.

Pour revenir à l’origine, pourriez-vous nous dire un mot sur le lieu d’ouverture des festivités, au plus proche de la tombe de Django, celui à qui le festival est dédié ?

Ce festival prend la forme d’un pèlerinage pour la communauté des gens du voyage. On reçoit mille familles de gens du voyage pendant environ 5 semaines avant et après le festival, rassemblées pour célébrer Django et son héritage musical. Depuis 1968, le festival accompagne cette célébration. La communauté des gens du voyage fait très attention au respect des anciens, donc ouvrir le festival au centre du village de Samois-sur-Seine, là où est enterré, en accès libre a énormément de sens. Le lieu positionne les fondamentaux du festival, déclare que ses racines partent d’ici. Et comme je disais précédemment, Le festival n’est pas seulement sur les scènes de Fontainebleau, il est toute la journée. Dans les rues du village des Luthiers, auprès des artisans luthiers de France et d’ailleurs, dans le village chargé d’histoire de Samois-sur-Seine, berceau du festival mais aussi toute la nuit au camping de Samoreau. A l’occasion du festival environ 2000 personnes habitent le camping municipal pour jouer et jam toute la nuit, jusqu’à 6 heures du matin, non-stop. Le festival est aussi la, pas seulement sur la scène mais dans les moments de vie et de recueillement autour de la musique.

Comment définiriez-vous cette édition du festival Django Reinhardt?

Ce festival, qui date de 1968 a pris beaucoup d’ampleur en terme de structuration, d’accueil, et d’ambition sur ce qu’il doit couvrir. Il est toujours portée par une association, d’environ 250 bénévoles et une permanente, dont le budget a beaucoup augmenté ces 20 dernières années, d’environ 350 000 euros de chiffre d’affaires à 1 million. C’est donc beaucoup de travail, mais surtout beaucoup de passion investis dans ce festival. Les enjeux sont de conserver notre identité jazz et la trame principale autour de la musique de Django, du jazz gitan et de la musique manouche, tout en s’ouvrant à la musique du monde et faire de l’évènement un grand rendez-vous populaire. La musique de Django englobe justement beaucoup de messages des musiques du monde en s’appropriant le jazz d’Amérique selon un style totalement européen, mélangé avec ses influences tziganes et la musique française, un véritable melting pot. Et c’est ce phénomène d’appropriation et d’émulsion culturelle très présent dans l’univers jazz que le festival continue de célébrer. Il ouvre à une grande diversité d’expressions artistiques et met en avant l’adn de communautés marginalisées qui, à travers la musique, arrivent à reprendre leurs places et une identité dans la société. Le jazz de la communauté gitane par exemple, tout comme pour le blues des populations afro-américaines aux Etats-Unis, le bélé en Martinique ou le merengue aux Antilles.

 

Comment imaginez-vous chaque soirée du festival, leur donnez-vous un thématique particulière ? 

Je n’ai pas toujours trouvé les soirées thématiques très pertinentes pour une raison simple, je viens de la radio et je sais que si on lance une émission dédié uniquement au blues, toutes les personnes sceptiques à ce genre musical ne viendront pas l’écouter. Tandis que lorsque les univers se croisent, une énergie particulière en émerge qui attise la curiosité des publics. Les soirées se déroulent donc avec le plus de diversité possibles et le plus d’expressions différentes possibles. Le festival s’applique à proposer de grands rendez-vous pour permettre de fédérer un public large mais aussi de balayer dans les coins du jazz manouche d’aujourd’hui, en regroupant à la fois tous ses plus grands musiciens et guitaristes, mais aussi des artistes émergents. Le jeudi 23 la scène Django accueillera le groupe Kansas Smitty’s avant Jimmy Cullum. Les réunir sur la même scène c’est nous permettre de faire découvrir au public accompli de Jimmy Cullum ce collectif londoniens ultra modernes qui jouent de la musique des années 30 en appliquant un filtre du 21ème siècle et qui font le jazz de Londres, dans sa diversité. Le vendredi sur la même scène on retrouvera Jimmy Rosenberg, guitariste historique de cette musique, qui n’a pas joué depuis 20 ans, suivi par Anne Pacéo, qui nous livrera son jazz pop très actuelle avec Isabelle Sorling avant de finir avec la chanteuse américaine Melody Gardot. Cette soirée propose trois aspects de la musique jazz, tout à fait complémentaires et excitants.

 

Après deux années de covid vous revenez avec d’autant plus d’ambition, quelles sont les principales innovations cette année ?

Encore plus de musique, encore plus de concerts pour le même prix et encore plus de lieux d’accueil investis par la musique. Cette année nous ouvrons une nouvelle scène, la scène des Luthiers, qui accueillera des artistes émergents comme Yom ou Gabi Hartman, mais aussi de grands musiciens de tradition jazz manouche. Ce nouveau lieu nous permet d’étendre nos propositions artistiques mais surtout l’expérience immersive du festival. Dans son rapport à la nature, avec la proximité des artistes qui se baladent dans le village des Luthiers, c’est une vraie immersion que nous proposons. La programmation est un argument supplémentaire. Au Festival Django Reinhardt,  le lieu et l’ambiance sont devenus des expériences à part entière, bien plus peut-être que les concerts.

visuel (c) affiche du festival

 

 

Edgär : « Écrire, c’est donner une forme poétique à une confession »
La série israélienne « The Lesson » doublement récompensée aux Canneséries
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture