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Thomas Bronnec : Le pouvoir a un goût, la haine aussi

Thomas Bronnec : Le pouvoir a un goût, la haine aussi

14 mars 2022 | PAR Bernard Massoubre

Le breton Thomas Bronnec offre un dernier opus sur les puissants, une plongée dans un monde de la politique gangréné par l’utilisation délétère de réseaux sociaux . Dans son roman, l’auteur rappelle que le pouvoir est une drogue dure, plus jouissive  que l’argent. Alors, quand la haine est du voyage, on lâche la meute.

La Meute date de 2019 mais il faut le lire en cette période pré-électorale. Pour être vigilant.

Le jeu malsain des alliances est ancien

En 41, sa garde rapprochée assassina Caligula, l’un des plus grands tyrans de Rome. Dans l’Italie de la Renaissance, la vie des Borgia n’était pas non plus un long fleuve tranquille. Et, Dans Dallas, la famille Ewing se déchire sur fond de puits de forage pétrolier.

La littérature et l’audiovisuelle ont décrits ces faits captivants. Ce ne sont pas des épiphénomènes, des cas isolés car ils sont emblématiques de l’histoire de l’humanité. Les ingrédients sont immuables. Ce sont l’amour, la haine, l’argent, le sexe et la politique. Et la trahison aussi.

Ici, l’Élysée est en ligne de mire

L’intrigue se déroule lors d’une dernière campagne présidentielle en France. Le focus est mis sur les deux listes de gauche. François Gabory, ancien président de la république, mène la première et Claire Bontems la seconde, avec un programme plus à gauche. Catherine Lengrand, sœur de l’ancien chef d’État, est la directrice de campagne de cette dernière.

Côté cour, Claire Bontems accuse le président d’un viol commis quand elle était sa secrétaire d’État. Et, Catherine Lengrand est d’une jalousie maladive à l’égard de son frère, enfant chéri de leur mère.

Dans cet imbroglio des passions, le message politique passe au second plan.

La nouveauté est dans les réseaux sociaux

Bronnec pourrait-il écrire le scénario du Baron noir saison 4 ? A beaucoup d’égards certainement, mais le paradigme a changé. Les réseaux sociaux ont pris le pouvoir et Machiavel est aux manettes. Son arme s’appelle Box Vox. Elle permet un ciblage marketing extrêmement pointu à partir de données d’internet, comme sur Facebook. « Avec dix likes, il vous connaissait mieux que vos collègues. Avec cent likes, mieux que votre mère. Avec trois cent likes, mieux que votre conjoint. Il était possible de cibler très précisément à qui on envoyait des messages, et d’adapter ces messages en fonction de la cible ».

Alors, les diaboliques vont détourner Box Vox à des fins personnelles. Ainsi, elles vont distiller des informations outrancières pour fanatiser l’auditoire et gagner les élections.

La fin justifie la perfidie des moyens

Le romancier décrit avec finesse ce monde de la toute-puissance. Le pouvoir et la haine sont consubstantiels à la nature humaine, c’est un fait. Mais les outils sont plus sophistiqués aujourd’hui. Vox Box est efficace parce qu’il prend en otage des milliers de personnes qui se pensent acteurs de leur décision. Mais, ils ne sont que des pions fanatisés, qui ont bonne conscience car leur colère est légitime. La justice devient expéditive, elle est immédiate. Pour le malheur et pour le pire.

Thomas Bronnec, La MeuteEdition Equinox Les Arènes, 427 pages , 20 euros

visuel : couverture du livre 

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Bernard Massoubre

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