Polars
« La chevauchée erratique » de Milo et Sughrue par James Crumley

« La chevauchée erratique » de Milo et Sughrue par James Crumley

14 mars 2022 | PAR Bernard Massoubre

Les serpents des frontières de James Crumley, sorti une première fois aux éditions Gallimard (collection La noire), est réédité par Gallmeister avec une nouvelle traduction.

Un américain pur jus

James Crumley est né dans un coin retiré du Texas en 1939. Et il finira ses jours, en paix avec lui-même, dans le Montana. L’écrivain a bourlingué d’Est en Ouest, dans la mouvance « Mille métiers mille misères ». Il connait le pays de l’intérieur et de l’extérieur puisqu’il a servi dans l’armée. En effet, son premier livre, Un pour marquer la cadence, écrit en 1967, s’inspire de la guerre du Vietnam.

Ce polar décrit une traversée des USA, du Texas à la Californie en passant par le Nouveau-Mexique jusqu’aux déserts du Mexique.

Un style brillant pour une société qui l’est moins

Pendant longtemps, et souvent à tort, la littérature policière a eu mauvaise presse. Elle était considérée comme du roman de gare, et les livres ornaient les étagères des toilettes.

Crumley écrit bien. Le fond est noir comme ses personnages, les héros comme les baltringues ou les serpents de la frontière. C’est drôle. C’est cynique sans être méchant.

La qualité de son style, la description de la vie locale des années 90, font penser à des auteurs qui honorent la littérature américaine. Comme Jim Harrison ou Steinbeck, Kérouac ou Bukowski. Pour qui connait ce pays, c’est un retour aux sources. Pour qui ne le connait pas, c’est une invitation au voyage.

La construction du roman, aussi, est originale. Elle est divisée en cinq parties : le récit est fait en alternance par Milo et Sughrue, et le dernier chapitre par les deux protagonistes.

Pour un road trip salvateur

Milo Milodragovitch, dit Milo, et son ami Sughrue sont deux privés à la petite semaine, toujours partants pour les opérations coup de poing. Pourtant Milo, rangé des voitures, avait arrêté l’usage des alcools et des substances illicites. En fait, ces deux hommes sont deux électrons libres, soumis à leurs pulsions, et qui évoluent dans un monde de brutes.

L’histoire du polar est fondée sur un simple accord. Milo demande à Sughrue de récupérer son héritage confisqué par un banquier peu scrupuleux. En échange, Milo doit l’aider à retrouver la bande de mexicains, Les serpents des frontières, qui veut le tuer.

Avec deux petits regrets

Ce roman, nouveau traduit, fait l’objet de cette édition à la fin 2021. Il était sorti en France en 1996.Mais, il eut été intéressant, en dehors d’une phrase sur la quatrième de couverture, d’indiquer au lecteur les raisons de la nouvelle traduction.

Même si cela n’enlève rien à la qualité des dessins, les illustrations (inédites) nous renvoient aux livres pour enfants. Or, la lecture permet de se créer une ambiance et un univers, propres à chacun. Elle donne à l’imagination ses lettres de noblesse que le graphisme atténue.

 

Les serpents de la Frontière est un polar à lire sans modération. Pour le style, l’intrigue et la visite guidée.

 

James Crumley, Les serpents de la frontière, trad. Jacques Mailhos, Éditions Gallmeister, 425 pages. 24,40 €.

visuel : couverture du livre

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Bernard Massoubre

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