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Mayra Santos-Febres au sommet de son art avec « La Maîtresse de Carlos Gardel »

Mayra Santos-Febres au sommet de son art avec « La Maîtresse de Carlos Gardel »

18 janvier 2019 | PAR Jérôme Avenas

Deuxième roman de l’écrivaine portoricaine Mayra Santos-Febres traduit en français, « La Maîtresse de Carlos Gardel » nous plonge à Porto Rico dans les années 1930. Micaela rencontre le roi du tango argentin. Elle va l’aimer, le soigner. Il va la révéler à elle-même. Un roman magistral à l’écriture brûlante. 

L’écriture de Mayra Santos-Febres est à l’image de Micaela Thorné, personnage principal de La Maîtresse de Carlos Gardel : guérisseuse, consolante, aimante, incandescente. On se demande encore pourquoi il aura fallu attendre aussi longtemps avant que ne soit découverte en France une autrice dont on ne saurait désormais plus se passer. Après Sirena Selena en 2017, les Éditions Zulma publient ce roman paru à Porto Rico en 2015 sous le titre original La Amante de Gardel. Dans cet opus traduit par l’excellent François-Michel Durazzo, on retrouve tout ce que l’on avait adoré de l’art de l’écrivaine dans Sirena Selena : voix tour à tour douce et rauque, écriture solaire, brûlante où les mots exultent. Mayra Santos-Febres prend le lecteur par la main, l’emmène sur des chemins parfois boueux, ne le ménage pas mais le protège quand c’est nécessaire.
Chaque phrase est une formule magique. On se surprend à suspendre sa lecture pour en relire certaines à demi-voix. Il y a quelque chose au-delà de la musique, quelque chose de très subtil dans l’écriture de Mayra Santos-Febres qui ne peut s’expliquer que par un grand savoir-faire et une exceptionnelle empathie avec le lecteur.

La Maîtresse de Carlos Gardel nous entraîne à Porto Rico au milieu des années 1930. Micaela Thorné « petite fille d’une guérisseuse » est « une femme qui se souvient ». Elle va nous raconter comment elle a rencontré le célèbre chanteur de tango argentin Carlos Gardel, comment elle l’a soigné, comment elle a accompagné ses derniers jours. Elle le rencontre dans un hôtel alors qu’elle prête la main à sa grand-mère appelée au chevet du « Zorzal » souffrant. Micaela se situe à mi-chemin entre la médecine naturelle mâtinée de croyances, léguée par les générations de femmes qui la précèdent et la médecine académique qu’elle compte bien maîtriser un jour enseignée à l’École de médecine Tropicale. Gardel, de son côté n’a plus rien à prouver, au sommet de sa gloire, séduit par la jeune femme, il emporte avec lui Micaela dans une tournée autour de l’île. Elle le soigne à l’aide d’une plante et de son champignon : le cœur-de-vent. Elle en connaît tous les secrets. Sous son effet Gardel parle, il raconte.

Tout comme Sirena Selena, La Maîtresse de Carlos Gardel est un livre sinon d’apprentissage, du moins de passage. Le récit de Mayra Santos-Febres se situe dans ce moment de la traversée vers un autre soi. Micaela parle souvent de « celle qu’elle était à cette époque », comme d’une étrangère. Elle vit ses derniers jours de guérisseuse. Elle va devenir médecin, elle en a la certitude. Gardel – il ne le sait pas – vit les derniers jours de sa vie. Ils seront décisifs. Micaela ne le soigne pas seulement avec le cœur-de-vent mais aussi avec la parole : « Je n’ai jamais autant bavardé de cette manière avec personne » lui confie le chanteur. Parler, c’est guérir et raconter, c’est vivre. C’est le livre d’un adieu, celui d’une jeune femme à son héritage, celui d’un homme à la vie, un roman au sens plein, au sens strict avec des personnages incarnés et une narration passionnante. Du grand art ! Encore ! Encore !

Mayra Santos-Febres, La Maîtresse de Carlos Gardel, Traduit de l’Espagnol (Porto Rico) par François-Michel Durazzo, Éditions Zulma, Janvier 2019, 320 pages, 22,50€

 

 

 

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Jérôme Avenas

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