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Le renouveau du « girl power » avec Nine Antico

26 novembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

Par Sonia Déchamps

Enfin une bande-dessinée « girly » qui fait vraiment du bien ! Les héroïnes de « Girls don’t cry » ? C’est nous. Réalisme, autodérision, talent… c’est ce qui caractérise le dernier album de Nine Antico. A la rencontre d’une artiste simple et pleine de talent…

Nine Antico a découvert la bande-dessinée assez tard, vers vingt ans : « Je dessinais mais je faisais plutôt de l’illustration ; je dessinais sur carnets ce qu’il se passait autour de moi. Et en découvrant une certaine bande-dessinée qui est plutôt la bande-dessiné « indé », il s’est trouvé que ça a surement influencé ma manière de découper les choses et que j’en suis venue à faire des histoires au fur et à mesure… Mais je ne pensais pas que j’allais venir vers ça au départ. » Et elle a bien fait d’y venir quand on voit le résultat. Premier album – remarqué à Angoulême, en 2008, « Le goût du paradis » : « C’est une bande-dessinée autobiographique qui raconte mon enfance et mon adolescence en banlieue, sauf que c’est jamais dit le mot « banlieue », ça reste assez flou… Mais j’avais envie de parler de mes souvenirs, du décalage que je pouvais ressentir par rapport à ma famille, par rapport à moi, ce que je représentais en tant que petite blanche dans une ville où c’était très très mélangé ; et moi j’étais complexé de moi-même. Pour moi, être blanc, ça représentait AB Production et plein de choses comme ça… Enfin voilà, j’avais envie de parler de souvenirs un peu drôles et un peu aigres… J’avais commencé par dessiner une scène de dimanche, et puis ensuite j’ai eu envie de raconter une autre chose et une autre chose, et il s’est trouvé que ça a fait 90 pages… » Et il s’est trouvé qu’elle a remis ça avec un deuxième album, moins personnel mais tout aussi réussi : « Coney Island Baby ». « Je l’ai écrit pendant quatre ans… Enfin le temps de le penser et de le dessiner, oui, ça m’a pris quatre ans ; et ça partait de l’envie de raconter comme une fable la destinée de deux femmes qui avaient décidé de vivre en exploitant leur sex-appeal, leur séduction… Donc ça parle de la vie de Betty Page, qui est une pin-up des années 50, et de Linda Lovelace, une actrice porno des années 70 qui a joué dans Gorge profonde. Le fils rouge, c’est le narrateur, c’est Hugues Hefner, le patron de Play-Boy, qui raconte à deux jeunes filles qui viennent postuler pour Play-Boy le parcours de ces femmes là, comme pour les prévenir : attention vous voulez vous lancer dans une certaine carrière, mais est-ce que vous avez les épaules pour… ? »

Et aujourd’hui donc, Nine Antico nous revient, avec quelque chose de beaucoup plus léger, mais toujours très savoureux : « Girls don’t cry ». « C’était un travail de commande. J’ai initié les personnages parce que Muteen (le magazine ndlr) m’avait demandé en 2007 ou 2008… Ils m’avaient proposé de faire une page par mois de bande-dessinée. Donc moi, j’avais créé ce personnage de Pauline et ses deux copines, et j’ai bossé pendant un an avec eux, donc ça faisait 12 pages, ensuite ma collaboration s’est arrêtée et j’avais envie de continuer… En plus, des histoires en une page c’est assez chouette comme contrainte, parce que c’est différent des autres bandes-dessinées. Ca cadre la narration et en même temps, d’en faire un livre, ça permet de faire des allers et venues avec les personnages. » On lit une page, puis une autre, et encore une autre… Difficile de s’arrêter. Pauline et ses copines, c’est nous. « C’est inspiré d’ambiances connues. » On ne peut que se reconnaitre, que ce soit dans une, plusieurs, ou toutes les histoires. Nine Antico croque avec humour et vérité le quotidien, sans prendre de pincettes et… ça fait du bien !

Il y a beaucoup d’autodérision dans cet album ; des situations à la fois si quotidiennes et si uniques à lire !
Qui ne s’est pas, comme Pauline, félicitée de ce que sa meilleure amie s’entende bien avec son copain… Jusqu’à un certain point ! Qui ne s’est pas retrouvée à regarder un film avec l’un de ses parents, savourant l’instant… jusqu’à ce qu’une scène un peu chaude apparaisse à l’écran. « Il ne faut surtout pas que je déglutisse… ça ferait un bruit bizarre en plus », c’est ce que se dit Pauline dans une telle situation.

Mais, « Girls don’t cry »… Ca ne vous dit rien ? The Cure ! « J’aime autant la musique que les histoires des groupes. Après, je ne suis pas super calée sur tous les groupes, d’ailleurs The Cure, c’est pas un groupe que je connais par cœur mais j’ai décidé de détourner le titre « Boys don’t cry », c’est plus pour ce que ça évoque et pour le coté pop. » Côté pop, on relèvera aussi les couleurs pastelles utilisées. Celles-ci donnent un petit côté rétro tout à fait charmant à « Girls don’t cry ». « C’est la première fois que je fais une bande-dessinée en couleurs, mais c’est de la couleur sur photoshop, c’est pas du tout de la couleur sur papier, et je trouve que ça allait bien avec l’objet, avec le récit, le côté pop… Ca me plaisait bien comme ça… Après, je ne le ressentais pas du tout comme ça pour mes bandes-dessinées précédentes, qui sont en noir et blanc, et qui ne pouvaient pas être autrement qu’en noir et blanc. »

Mais avant les couleurs, avant même le dessin, dans l’imaginaire de Nine Antico, c’est le texte qui apparaît. « C’est le texte… C’est l’envie de raconter une histoire – l’envie de raconter des scènes, des dialogues – qui amène ensuite le dessin. C’est pas l’inverse. Après, le côté illustration – que je garde toujours, souvent, ce sont des dessins couleurs où là, c’est plus une envie de dessiner des gens, une position, des regards… Mais je me fais plaisir différemment.. Même si après, dans la bande-dessinée, évidemment qu’il y a un plaisir de dessin. Mais il arrive en dernière position… » Qu’importe la position quand c’est bien fait, a-t-on envie de dire !

Les trois « héroïnes » de « Girls don’t cry » sont à la fois agaçantes, parfois superficielles… mais aussi très attachantes. On ne peut donc que se ravir de s’entendre dire que ce n’est pas tout de suite que l’on va les abandonner ! « J’ai envie de continuer avec les personnages de cette bande-dessinée, et de les faire grandir. Effectivement, moi ce qui me délecte à raconter, ce sont les petits détails insignifiants, mais qui sont la vie. Mais je ne me vois pas écrire sur autre chose que sur des détails, les choses un peu intimes, en essayant de voir ce qu’elles ont de charmant, de pathétique, de drôle. » Et c’est le tour de force de Nine Antico que d’offrir à voir toutes ces facettes. Elle n’épargne pas ses personnages, mais en même temps les chérit.

Et si Pauline et ses copines doivent grandir, arrivera forcément le temps du premier boulot… « Y aura de ça sans que ce soit dominant parce que qui dit les installer dans une vie dit… Si je parle de choses que je connais… Ca va être plutôt un truc culturel, et il y a vite la frontière bobo-parisienne-culturelle qui peut s’installer. Donc ça, ça va être un travail assez délicat je pense, de les installer dans la vie, sans qu’elles soient à bosser dans les maisons d’édition ou tous les jobs dans lesquels les nanas bossent quand tu vois une série, où on a l’impression que y’a personne qui a un boulot dans les assurances ou quoi… Finalement, je sais que moi, oui, j’évolue dans un secteur culturel, et c’est toujours là que j’ai voulu aller, mais en même temps, je n’ai pas envie de raconter les mêmes choses que… stigmatiser le truc de la machine à café et de untel avec la photo de ses enfants… J’ai pas trop envie d’enfoncer le portes déjà ouvertes à gros coup de chaussure à talon. » Et on lui fait confiance à Nine Antico pour trouver le moyen d’encore nous surprendre et nous charmer !

Petit rappel :
« Le goût du paradis », ed. Ego comme X
« Coney Island Baby », ed. L’Association
« Girls don’t cry », ed. Glénat

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Le Voyage du Directeur des Ressources Humaines, meilleur film israélien 2010
Sonia Dechamps

One thought on “Le renouveau du « girl power » avec Nine Antico”

Commentaire(s)

  • Je viens de visiter votre blog : ce que j’ai vu, j’ai bien aimé.

    novembre 26, 2010 at 10 h 19 min

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