Cinema

Le Voyage du Directeur des Ressources Humaines, meilleur film israélien 2010

26 novembre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Après La Fiancée Syrienne (2004) et Les Citronniers (2008), Eran Riklis signe un beau film humaniste. Plébiscité en Israël, Le Voyage du DRH a obtenu les Israeli Academy Awards du Meilleur film 2010, du Meilleur Réalisateur et du meilleur scénario ! Au Festival de Locarno, il s’est vu décerner le Prix du Public. Le Voyage du DRH sort le 15 décembre. Allez-y !

Le DRH d’une grande boulangerie de Jérusalem doit rapatrier en Roumanie le cercueil d’une employée, tuée dans un attentat-suicide il y a de cela un mois. Une opération marketing visant à faire oublier un fait bien embarrassant : Personne, à la boulangerie, n’avait remarqué l’absence de la jeune femme ! C’est par un article dans la presse, accusant l’entreprise de gestion indifférente et inhumaine, que le DRH (Mark Ivanir, formidable acteur, que l’on a vu notamment dans La Liste de Schindler de Spielberg et dans Raisons d’Etat de Robert de Niro ) est instruit du problème. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’image de la boulangerie est sérieusement écornée, et il faut vite trouver une solution. Aussi le DRH est-il désigné pour accompagner solennellement le cercueil de Yulia Pétraché (dont il connaît désormais le nom et le visage !) dans sa famille en Roumanie. Flanqué d’un journaliste sarcastique (Guri Alfi), le DRH s’embarque dans une drôle d’aventure humaine. Chargé de résoudre un problème de l’entreprise, il se trouve directement aux prises avec des rapports humains complexes et déroutants. Comment parler au jeune fils de Yulia, un adolescent sauvage et mal aimé qui ignore encore l’accident ? Que dire à cet ex-mari brutal et abruti ? Comment diable retrouver la mamie, au fin fond de son minuscule village roumain ? Et, surtout, qui doit signer la fameuse décharge du permis d’inhumer ?
Eran Riklis livre ici un film fort et sincère. Le ton oscille constamment entre l’humour noir, le burlesque (voyager avec un cercueil n’est guère pratique !) et l’émotion, toujours contenue. Tous les personnages, du DRH flegmatique et pudique au jeune fils livré à lui-même, en passant par le journaliste immature, le père indigne ou une consule haute en couleurs et son étrange mari vice-consul, se débrouillent bizarrement dans les rapports humains. Comme si leurs sentiments étaient aussi gelés que le paysage roumain. Gelés, rouillés, décalés, mais certainement pas morts. C’est ce que va découvrir le DRH au fil de son périple : quelque chose, un lien humain ténu mais très précieux, va progressivement se tisser entre ces individus disparates. Pas de sentimentalisme excessif, aucun débordement lacrimal, le film reste tendu, sur le fil du rasoir. Si les personnages évoluent, apprennent à s’apprivoiser, ils conservent néanmoins leur part de mystère et leurs ambiguïtés. Rien d’angélique ici, mais une vraie belle histoire de mort et de vie, qui fait vraiment plaisir à voir !


Le voyage du directeur des ressources humaines-BA-15/12/2010
envoyé par pyramidedistribution. – Regardez des web séries et des films.

Le Voyage du Directeur des Ressources Humaines, de Eran Riklis, Israël/Allemagne/France/Roumanie, 1h43, avec Mark Ivanir, Guri Alfi, Noah Silver, Rozina Cambos, Julian Negulesco, Bogdan Stanoevitch. Sortie le 15 décembre 2010.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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