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Le bleu est une couleur chaude, magnifique bande dessinée sur le sentiment amoureux

18 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps


« Le bleu est une couleur chaude » est une bande dessinée forte et surtout très belle sur un amour entre deux jeunes femmes. Sans pathos – quoiqu’elle le frôle parfois – Julia Maroh évoque la naissance chez une lycéenne d’une attirance, puis d’un amour, pour cette fille aux cheveux bleus croisée dans la rue.

C’est le souvenir qui est au cœur de cet album ; Emma – qu’on apprend rapidement être « la fille aux cheveux bleus » bien qu’elle ne les ait plus – prend connaissance des journaux intimes de Clémentine, morte à tout juste 30 ans.

Le temps est alors remonté. Les textes du journal intime sont accompagnés de magnifiques aquarelles tout en nuances de gris. Seule couleur trouvant place : le bleu. C’est celui des cheveux de la jeune femme ayant réveillé en Clémentine un sentiment bien étrange pour elle, mais c’est aussi le bleu des tee-shirts, des ballons, des livres… Comme si chaque fois qu’elle apparaissait dans la vie de la lycéenne, cette couleur la renvoyait à son amour naissant, comme si après l’avoir troublée, seule cette couleur pouvait la chavirer, éveiller son attention.

Cette façon très poétique d’illustrer le passé contraste avec le présent et ses couleurs multiples mais ternes, assez dures, appuyant la nostalgie qui se dégage de la lecture des carnets de la défunte. Le lecteur imagine ce que peut représenter cette découverte pour celle que Clémentine décrit comme « l’être de ma vie », Emma. Quel sentiment étrange et troublant ce doit être que de se découvrir à travers le regard d’une autre personne, que d’être amenée à lire ce que la personne aimée a pu penser, avant et pendant, la relation.

Retour en arrière : Clémentine craque pour Emma. Difficile pour des adolescents de comprendre, d’accepter, difficile également pour Clémentine de s’affirmer, d’être sûre d’elle. Et pourtant ses rêves ne mentent pas. Difficile d’affronter le rejet, celui des autres – amis et famille-, mais aussi le sien.
Mais une fois ces barrières dépassées – et même avant ! – c’est l’amour qui domine. L’attirance, le cœur qui saute dans la poitrine, les minutes qui paraissent des heures quand il s’agit d’attendre un coup de téléphone. La toute première scène d’amour entre les deux jeunes femmes est particulièrement forte et bien offerte au lecteur. La chaleur s’en dégageant s’échappe du papier pour directement le toucher. Oui, le bleu est une couleur chaude, peut-il alors plus que jamais se dire. Mais au delà de cette séquence, c’est toute la force de la dessinatrice que de réussir à faire « ressentir » au lecteur, que de réussir à faire passer au lecteur les émotions – nombreuses et fortes – qui donnent sa force au récit.

Plongé dans cette vie, dans ces magnifiques dessins, le lecteur en vient à regretter l’ellipse faite dans le récit. Treize années sont passées sous silence, treize années de vie commune, entre les 17 ans de Clémentine, jetée hors de chez elle par ses parents du fait de son homosexualité, et ses 30 qui voient l’approche de sa disparition.

Le récit est touchant et sensible. Petit bijou sélectionné en compétition officielle à Angoulême, « Le bleu est une couleur chaude » est à mettre entre toutes les mains.

 

Le bleu est une couleur chaude, signé Julie Maroh.

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Sonia Dechamps

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