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« La Rivale de Dieu », 1er ouvrage de Gilles Gbeto, Grand Prix Littéraire du Bénin 2020, est à l’honneur au Centre (Bénin)!

« La Rivale de Dieu », 1er ouvrage de Gilles Gbeto, Grand Prix Littéraire du Bénin 2020, est à l’honneur au Centre (Bénin)!

17 février 2022 | PAR Chloé Coppalle

Ce mercredi 16 février 2022, Gilles Gbeto venait présenter son premier livre : La Rivale de Dieu, à Le Centre, Abomey-Calavi (Bénin). L’occasion de revenir sur l’ouvrage du plus jeune auteur reçu aux débats littéraires organisés par l’institution ! À seulement 22 ans, Gilles Gbeto recevait le Grand Prix Littéraire du Bénin 2020 catégorie roman avec une narration audacieuse ! Retour sur une rencontre.

La Rivale de Dieu parle d’un personnage de Zola, car il semble subir tout ce qui lui arrive, sans jamais n’avoir d’impact sur rien, dans un ouvrage qui pose la question de la détermination, et qui met la question du choix « balle au centre ». Gilles Gbeto aborde un récit qui aurait pu être banal, mais qui est, au contraire, dynamique, et écrit avec finesse et acuité.

Le lecteur est porté par l’histoire de Karl (aussi appelé Yin’dé), qui doit faire face dès l’enfance à un père abandonnant le foyer pour une autre femme. À la mort de ce dernier, sa famille s’empare de ses biens, dépouillant ainsi l’héritage de la mère et des enfants. Suite à de multiples violences familiales, le foyer maternel s’isole du côté paternel. Il ne reste rien. Face à cette situation, la mère de Karl ne voit qu’une seule solution : que son fils devienne prêtre afin de mettre à l’abri ses frères et sœurs. Mais Karl a un autre destin en tête : l’obtention d’un bac mention très bien, un mariage comblé avec son grand amour, Orphée, la rivale de Dieu, et une carrière heureuse dans le civil. Pour sa mère, Karl accepte finalement cette solution. Il entre alors au séminaire de Natitingou, à 8h de route de Cotonou. Mais cette voie n’est pas la sienne, alors il décide d’être renvoyé. Jusqu’au jour où il abandonne cette idée quand sa mère lui rend visite, sans le prévenir, et qu’un accident de voiture très grave bouleverse leur rencontre …

La critique, l’ouvrage et l’Église.

Tout d’abord, c’est une rencontre avec un prêtre qui a motivé Gilles Gbeto à écrire La Rivale de Dieu. Lui-même entré au séminaire à l’âge de 11-12 ans, il quitte le milieu de son plein grès, vers 16-17 ans. Du fait de ce passé, la critique qualifie l’ouvrage de « roman qui critique sévèrement l’église catholique ». Mais l’auteur se défend : l’ouvrage ne représente que 10% de réalité, sur 90% de fiction. Pour lui, La Rivale de Dieu parlerait très facilement à un prêtre, car, en effet, il décrit un milieu que beaucoup ne connaissent pas. Cette connaissance permet davantage d’accroître le réalisme du livre, plus que d’être un pamphlet contre l’Église. Les descriptions précises de l’environnement au séminaire permettent au lecteur de s’immerger dans la narration, avec, il est vrai, la curiosité de ce qui est raconté. Mais il ne faut pas oublier que cette représentation est celle d’un personnage qui gravite dans un univers qu’il ne souhaite pas.

Lors de la rencontre littéraire, Gilles Gbeto précise que « ce n’est pas une tribune contre l’Église, car le livre n’est pas un livre religieux. C’est plutôt un clin d’œil à Jean-Paul Sartre : on est ce qu’on se fait ».

Le vrai sujet de La Rivale de Dieu : le destin, la fatalité, et Sartre.

La vrai narration porte en effet autour de questions personnelles : l’irresponsabilité du père, la violence familiale et belle-familiale, et l’impact de ces événements sur un parcours individuel. Le prénom de Karl donné par sa mère est « Yin’dé », ce qui signifie : « devient quelqu’un ». Dans l’enfance, le personnage de Gilles Gbeto, éprouve son destin avec le départ de son père. Puis, il accepte de suivre la voie que lui demande sa mère. Il voit alors Orphée lui échapper, et il en souffre, mais sans prendre la décision de partir. Finalement, il est dépassé par sa position, qui l’empêche de suivre la vie civile qu’il aurait souhaité, et qu’il voit, impuissant, s’épanouir sous ses yeux. Sauf que ne pas choisir, c’est déjà faire un choix. Avec la pression maternelle, Yin’dé obéit. Ses propres volontés lui échappent, car il accepte de répondre à la demande de sa mère. Ce n’est pas tant le destin qu’elle lui a tracé, qu’il subit, mais le fait qu’il ait fait le choix de le suivre. C’est en cela que l’ouvrage renvoie à l’existentialisme du philosophe Jean-Paul Sartre, car ce courant de pensée va à l’encontre du principe de prédétermination, et c’est cette réflexion sur la détermination que Gilles Gbeto porte dans La Rivale de Dieu. Même si des événements peuvent influer nos modes de vie, nos pensées, ou encore nos schémas moraux et sociaux, l’être humain reste le seul, et l’unique, à pouvoir décider de ce qui construira son parcours, indépendamment de tout ce qui pourrait le déterminer.

Jusqu’à ce que le destin ne clôture le livre …

 

À découvrir !

 

GBETO Gilles, La rivale de Dieu, Éditions Venus d’Ebène, Cotonou, 2020

Visuel : couverture du livre

 

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