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« Kàn Xóxó Nù », la nouvelle exposition de Le Centre (Bénin), ouvre ses portes jusqu’au 22 mars 2022!

« Kàn Xóxó Nù », la nouvelle exposition de Le Centre (Bénin), ouvre ses portes jusqu’au 22 mars 2022!

23 janvier 2022 | PAR Chloé Coppalle

Ce 21 janvier, l’espace artistique transdisciplinaire Le Centre situé à Abomey-Calavi (Bénin), a ouvert sa première exposition de 2022 ! Intitulée « Kàn Xóxó Nù », qui veut dire « C’est au bout de l’ancienne corde », elle tend à explorer comment les traditions influencent l’univers visuel des artistes contemporains. Un événement aux médiums variés et à la sélection pointue qui se déroule jusqu’au 20 mars 2022 !

En entrant dans l’exposition, le visiteur est tout de suite frappé par les grands formats photographiques de la première salle : face à face, les œuvres en noir et blanc de Catherine de Clippel, et celles, colorées et singulières de Uché James Iroha, ouvrent le bal. Les clichés de ce dernier marquent par l’élégance des portraits et la beauté de leur composition. Uché James Iroha met en scène des modèles vêtus traditionnellement dans l’atmosphère nocturne des clubs, tandis que Catherine de Clippel capture, non pas des modèles, mais directement des adeptes pendant les pratiques de cultes vodoun. Bien que les images aient été prises à deux époques différentes, en 1988 et en 2019, il est difficile de différencier temporellement les clichés de Catherine de Clippel. Le parallèle entre ces deux artistes est donc intéressant car il met en résonance deux esthétiques distinctes, l’un renvoyant davantage aux codes de la photographie documentaire, et l’autre à celui du monde de l’art contemporain.

Toujours en photographie, le travail d’Audace Aziakou éblouit également par ses gros plans de costumes d’Egungun, mettant en avant l’impressionnant savoir-faire de couture et de perlage que nécessite leur fabrication. Les clichés répondent à la sculpture de Sébastien Boko qui utilisent l’idée de la cape du costume des Egungun pour parler de la mondialisation à travers le motif de la carte.

Plus loin, le public découvre une des grandes pièces anciennes de la collection du Petit Musée de la Récade* : une toile appliquée du début du XXème siècle, réalisée par l’atelier des Yémadjè, tenturiers pour la cour du royaume du Danxomè (XVIème siècle-1894) depuis des siècles. Deux exemplaires semblables sont notamment exposés au Musée du Quai Branly, à Paris. Face à l’appliquée de grand format se tient celle de Sarah Trouche, artiste contemporaine ayant demandé aux enfants du quartier de représenter les femmes qui les entourent. La poésie des enfants, portée par le ton bleu du travail de Sarah Trouche aux allures de peintures de Chagall, s’oppose aux tons ocre, noir et rouge et au sujet sanglant de la lutte représentée par la toile des Yémadjè. Ce sont ces face à face entre artistes et techniques qui forment un des points forts de l’exposition « Kàn Xóxó Nù ».

Globalement, la force de l’événement est la qualité du corpus sélectionné. Les visiteurs et amateurs de dessins pourront notamment (re)découvrir le travail graphique de Cortex Asquith S., déjà présent lors de la précédente exposition, « Perspectives ». Ses œuvres, réalisées sur du papier orange, sont sublimés par le bleu du mur, et impressionnent par la maîtrise du trait, qui à lui seul forme la composition générale du tableau. Son travail rappelle celui de Léonard Combier pour la forte présence de lignes et l’agencement des éléments dans l’espace. Mettant à l’honneur les femmes dans le secteur médical, Cortex Asquith S. faisait face à la poétique installation de Éric Bottero, qui tend à explorer notre rapport à la pharmacie.

Du côté des installations justement, la vidéo de Yvon Ngassam, qui donne la parole aux trois zemidjan dont il a récupéré les casques exposés pour y représenter leur rêve, amène à porter un autre regard sur les conditions de travail d’un métier dangereux et précaire.

En somme, « Kàn Xóxó Nù » marque un beau début d’année 2022, avec un accrochage vivant, porté par la sonorité des médiums vidéos qui rythme le parcours !

 

Visuel : affiche de l’événement, ©Le Centre

Dates : du 21 janvier 2022 au 20 mars 2022.
Lieu : Le Centre
Rue du Collège la Plénitude (zone PK14)
Abomey-Calavi (Bénin)
Avec : Audace Aziakou, Sébastien Boko, Éric Bottero, Catherine de Clippel, Uche James Iroha, Yvon Ngassam, Nazanin Pouyandeh, Asquith Cortex S., et Sarah Trouche.

Le Centre est un espace composé d’une bibliothèque, du Petit Musée de la Récade (espace muséal consacré à la récade, bâton royal datant de l’ancien Royaume du Danxomè (XVIème siècle – 1894), la production de l’objet se poursuit de l’époque coloniale (Colonie du Dahomey, 1894-1960) à nos jours), d’un espace d’exposition temporaire, d’un espace scénique, et d’un bar.

 

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