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« Je t’aime Albert » et « Hollywood» de Charles Bukowski : bienvenue dans un Monde pourri…

« Je t’aime Albert » et « Hollywood» de Charles Bukowski : bienvenue dans un Monde pourri…

03 janvier 2014 | PAR Le Barbu

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Bukowski, on aime, ou on déteste. Nous, on aime. Au mois de décembre, les éditions Grasset nous ont offert deux rééditions « Bukowskienne » dans la collection Les Cahiers Rouges : Hollywood et Je t’aime Albert, en attendant la réédition du Retour du vieux dégueulasse prévue pour ce mois de janvier.

Paru aux États-Unis en 1983, traduit aux éditions Grasset en 1988, Je t’aime Albert (de son vrai titre Hot Water Music) est le quatrième recueil de nouvelles de Charles Bukowski. Dans ce recueil la violence est omniprésente, et sous tous ses aspects… Non seulement la violence des petits chefs contre les miséreux, comme dans Un Monde pourri, avec passage à tabac de prisonniers par des policiers, mais aussi scènes de cannibalisme où un homme mange le cadavre d’un de ses amis dans Le Déclin et la chute. Certaines violences sont nécessaires. Il y a la bonne et la mauvaise violence. Si on n’expulse pas, on devient fou… Comme à son habitude Bukowski ne s’embarrasse pas d’adjectifs. Le style est direct, simple, et brutal, à l’image de cette Amérique qui a exclu de son histoire les marginaux, les désespérés, les misérables, et tous ceux qui boivent et meurent dans l’indifférence. Bukowski les glorifie, en fait les héros d’une mythologie des bas-fonds et de la déchéance. Le génie peut-être cette capacité à dire des choses fortes de la manière la plus simple.

41zhrzPhrrL._SY300_Paru en 1989, Hollywood est traduit chez Grasset en 1991. Hollywood relate, étape par étape, la création d’un film d’après le scénario d’un écrivain alcoolique et marginal, Henry Chinaski, le fameux alter ego littéraire de Bukowski. Cette histoire est inspirée d’un film bien réel sur la vie de Charles Bukowski, Barfly, réalisé par Barbet Schroeder en 1987 avec dans les rôles principaux, Mickey Rourke et Faye Dunaway. L’occasion pour l’auteur de décrire la bêtise et la veulerie du milieu hollywoodien. Conscient de la comédie qui se joue autour de lui, l’écrivain boit et essaie d’oublier qu’il participe à une entreprise vulgaire : « J’avais besoin du soutien de l’alcool car, de fait, je ne m’intéressais qu’à la poésie et aux nouvelles. Écrire un scénario me paraissait être le comble de la stupidité. Mais des hommes plus valables que moi s’étaient fait prendre à ce jeu ridicule. ». Le héros découvre des personnages méprisants, imbus d’eux mêmes, va de cocktail en soirée, de bureau en studio, toujours avec dédain. Je n’aime pas les riches car ils sont morts. Et je n’aime pas les morts, même s’ils sont millionnaires. Je prends leurs millions, mais pas eux. Chinaski agit comme son créateur. Il se moque des puissants, mais les subit pour financer son film. Ces puissants, à la fois sublimes et pitoyables, estimables et méprisables, qui boivent du champagne pour oublier l’ennui. Hollywood est à la fois ce lieu mythique, mais aussi la farce, la comédie pathétique d’un milieu capricieux et indécent. On nous traite comme des chiens, on fout toutes nos meilleures idées en l’air, on transforme nos personnages en marionnettes, on édulcore nos dialogues… Qu’es-ce qu’on obtient au bout du compte ? La Fortune !

Je t’aime Albert et Hollywood de Charles Bukowski, traduit de l’anglais (américain) par Michel Lederer, collection Les Cahiers Rouges, éditions Grasset, 9.80 euros, décembre 2013.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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