Fictions
« Hamnet » de Maggie O’Farrell, la petite histoire shakespearienne

« Hamnet » de Maggie O’Farrell, la petite histoire shakespearienne

23 mai 2021 | PAR Marine Stisi

Les Editions Bellfond ont publié ce printemps Hamnet, roman à succès de l’autrice irlandaise Maggie O’Farrell et lauréat, entre autres prix, du Women’s prize pour fiction 2020. Inspiré de la vie de William Shakespeare, ce roman est un véritable coup de maître qui laisse à imaginer ce que les livres d’histoire n’ont jamais révélé.

Histoire à deux temps

A Stratford-upon-Avon, un village alors inconnu dans le comté du Warwickshire en Angleterre, un jeune garçon recherche désespérément âme qui vive. Il court à la recherche de sa mère, de sa grand-mère, de sa tante. Sa sœur jumelle est malade, il lui faut trouver quelqu’un au plus vite. C’est que la maladie, déjà, semble s’être propagée à toute vitesse dans les organes de sa sœur, ne laissant rapidement guère d’espoir quant à la guérison de celle-ci. Le lecteur suit ainsi le jeune Hamnet dans sa course contre la montre pour tenter de sauver sa sœur.

Quelques années plus tôt, un professeur de latin, jeune homme maltraité par son père, tombe amoureux d’une jeune femme étrange et mystérieuse, un brin sorcière et guérisseuse. Quand cette dernière, Agnés, révèle porter l’enfant du jeune homme, leur union est décidée par leur deux familles, bien qu’à contre cœur. Une petite fille naît. Agnès l’a vu, deux enfants seront auprès d’elle le jour de sa mère. Elle sait ainsi qu’une autre grossesse viendra. Pourtant, quand celle-ci arrive et qu’elle donne naissance à des jumeaux, ses sens d’ordinaire si fiables tremblent. Une menace, soudain, s’installe en elle. Agnès, mère protectrice, devient à l’affût du moindre indice qui lui permettra de déjouer le sort.

Père et mère

Hamnet est un roman très intense sur la maternité. C’est du chagrin de la mère dont il s’agit principalement, de son dévouement, de son amour indestructible pour ses enfants. Le roman est le récit de ses craintes et batailles. Pourtant, sous-jacent, figure aussi le père, même si plus lointain, plus distant.

De ce père, on ne dit jamais le nom. Il pourrait être n’importe qui. Mais il est tour à tour le fils, le mari, le frère, le père, et soudain, l’acteur. L’autrice ne s’encombre pas de ce qu’il vit à Londres – ce n’est pas ce qui l’intéresse ici. De William Shakespeare (car c’est bien de lui qu’il s’agit), nous ne saurons ainsi que ce que Maggie O’Farrell a bien voulu imaginer sur l’histoire de sa famille, laissant aux biographes le soin de raconter le reste, la Grande Histoire. O’Farrell, elle, s’attèle à imaginer la petite, celle que personne n’a jamais racontée et que l’histoire a oublié.

L’histoire de sa femme, donc, celle de ses enfants, de son fils, Hamnet, mort de la peste sans qu’on n’en connaisse aucun détail, si ce n’est que cette tragédie inspirera à son père l’écriture d’une de ses plus grandes pièces de théâtre. C’était assez pour l’autrice de talent, lui laissant un champs des possibles immenses pour sa création.

Tragédie shakespearienne

En résulte un roman qui, bien que parfaitement imaginé, n’en est pas moins peuplé de figures tout à fait shakespeariennes. Les sorcières bien sûr, les tyrans, les justes. Et bien sûr, personnage caractéristique, la fatalité. Cette fatalité qui détruit sur son passage toute promesse de bonheur et que toutes les magies du monde ne pourront déjouer.

D’une plume extrêmement belle, emplie de poésie, l’autrice déroule ainsi le fil d’une tragédie annoncée. Un roman extrêmement juste, qui sert parfois très fort le cœur, sur l’amour, la maternité et le deuil.

Hamnet, Maggie O’Farrell, Editions Belfond, 368 pages, 22,50€, Traduction : Sarah Tardy. 

visuel : couverture du livre

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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