Fictions
Trigger Warning (a.k.a. Finkielkrautrock), Ovni littéraire

Trigger Warning (a.k.a. Finkielkrautrock), Ovni littéraire

28 octobre 2020 | PAR La Rédaction

« En 2042, un homme revient sur les faits de société, trois décennies plus tôt, qui ont déterminé la suite de son existence…». Sixième roman d’Olivier Benyahya, Trigger Warning fait se télescoper toutes les composantes du réel à travers une fiction à la noirceur souvent hilarante.

Par Yaël Mrejen.

Le précédent roman d’Olivier Benyahya, Frontières, paru chez Fayard (lire notre article), s’achevait avec un labyrinthe de sensations qui laissait le lecteur en suspension. C’est de nouveau le cas avec Trigger Warning (a.k.a Finkielkrautrock), publié aux édition JOU qui refusent la vente sur Amazon. De quoi s’agit-il avec ce livre au sous-titre énigmatique ? D’un roman mêlant texte et images. D’une fiction ultra-stylisée, magnétique, radicalement en phase avec la confusion ambiante, dont le noir et blanc et les choix photographiques évoquent la mouvance situationniste, l’iconographie biblique, et les marges urbaines du siècle en cours.

Un homme, quarantenaire, financièrement serein, décide en 2019 de tout envoyer bouler en espérant mourir avant que ses ressources ne soient taries. La voix du narrateur, qui nous parle depuis 2042, se meut entre détachement drolatique et langage faussement désincarné – les figures publiques et les événements ne sont évoqués que sous formes de périphrases, souvent hilarantes, où tous les paradoxes se télescopent. Qu’il s’agisse du capitalisme, de l’anti-capitalisme, de la mémoire coloniale, du radicalisme religieux, des questions de genre, d’écologie, tout est carbonisé, autopsié, rattaché à son contraire, sans pour autant, et c’est la force troublante du livre, donner le sentiment d’une neutralité. Il y a bien ici un point de vue, subtil, difficile, porté entre les lignes par la voix du narrateur. Les rares séquences d’introspection disséminées dans le récit agissent comme des respirations, assez poignantes, sortes de contrepoints au chaos.

Là où le précédent roman d’Olivier Benyahya exigeait du lecteur une implication soutenue pour en pénétrer les riches arcanes, Trigger Warning se lit d’une traite, avec une jubilation parfois emprunte d’inconfort, comme un précis de lucidité, un travail vertigineux autour du langage, un tableau sombre et passé à l’acide de notre monde en possible rupture.

Olivier Benyahya, Trigger Warning (a.k.a. Finkielkrautrock), Editions Jou, 184 p., 16 euros, Sortie le 2 octobre 2020. Le livre est donc à commander dès à présent chez tous les libraires ou directement en ligne sur le site des éditions Jou.

visuel : illustration du livre

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