Fictions
Romans en poches : Voix de femmes

Romans en poches : Voix de femmes

28 octobre 2014 | PAR Audrey Chaix

Pour occuper les vacances de la Toussaint, Toute La Culture vous propose une sélection de trois livres de poche, pour un coût modeste et un encombrement minimum, et qui ont tous en commun de donner corps et voix à des femmes jeunes et entières, animées par la volonté de changer leur destin, quel qu’en soit le prix. 

maryaunevieMarya, une vie, de Joyce Carol Oates

[rating=4]

Alors que Maudits, le dernier opus de la grande romancière américaine, sort ces jours-ci aux éditions Philippe Rey, ce roman largement autobiographique, paru en 2012 chez Stock, est aujourd’hui disponible en poche.

Marya Knauer est encore une enfant lorsque son père décède et que sa mère disparaît, abandonnant ses trois petits à la famille de son frère. Marya grandit donc avec le souvenir d’un père qu’elle a très peu connu et d’une mère à moitié folle, dans une petite ville de l’Amérique profonde où elle sait que rien ne l’attend. Elle décide donc de partir faire ses études loin de sa ville natale, et devient une universitaire et journaliste reconnue.

Au-delà du parcours brillant dessiné par Joyce Carol Oates, Marya, Une Vie est surtout le portrait d’un femme différente des autres : entière dans ses relations, peu soucieuse du regard que les autres portent sur elle tant qu’elle accomplit ce qu’elle s’est promis de réussir, Marya Knauer est une femme à la fois libre et sauvage, qui ne fait pas de concessions. En choisissant de raconter des épisodes de la vie de Marya, à chaque fois plus courts et plus éloignés les uns des autres dans le temps, Oates retrace le destin d’une femme brillante, magnifié par le sens narratif de l’auteur.

Marya, Une Vie, de Joyce Carol Oates. Traduit de l’anglais (américain) par Anne Rabinovitch. Editions Le Livre de Poche, collection Biblio. Paru le 03 septembre 2014. 408 p. Prix : 7,10 €.

babylove

Baby Love, de Joyce Maynard

[rating=5]

Initialement paru en 1981, Baby Love est le premier roman de Joyce Maynard, et les éditions 10 18 ont eu la très bonne idée de le publier en poche alors qu’est sorti en août dernier, pour cette rentrée littéraire, L’Homme de la Montagne. Belle occasion de (re)découvrir Joyce Maynard dans une première œuvre déjà très aboutie.

Une fois de plus, le roman se passe dans une petite ville perdue des Etats-Unis. Sandy, Tara, Wanda et Jill ont toutes en commun d’être de très jeunes filles, des adolescentes encore, et toutes les quatre sont déjà mères ou sont sur le point de le devenir. Filles mères ou bien en couple avec des garçons qui n’ont pas la maturité pour être pères de famille, les jeunes femmes élèvent leur progéniture du mieux qu’elles peuvent, coincées entre leur enfance toute proche et les adultes qui les entourent sans toujours leur faire confiance.

En contre-point, Maynard offre deux beaux portraits de femmes plus âgées – elles ont une vingtaine d’années : l’une ne parvient pas à se remettre d’un chagrin d’amour et erre aux portes de la folie, l’autre, arrivée de New York avec son petit ami, sent s’éveiller en elle les premiers instincts maternels alors qu’elle prend la décision de devenir mère – mais peut-être trop tard.

Avec beaucoup de tendresse, Joyce Maynard livre ici le portrait de jeunes femmes à peine sorties de l’enfance, mais qui font déjà l’expérience douloureuse d’une vie adulte qui ne se révèle pas à la hauteur de leurs attentes. Un roman tendre et touchant, dur parfois, qui rend hommage à l’amour maternel, quelle que soit la forme qu’il puisse prendre.

Baby Love, de Joyce Maynard. Traduit de l’anglais (américain) par Mimi Perrin. Editions 10 18, collection Littérature étrangère. Paru le 18 septembre 2014. 336 p. Prix : 7,80 €.

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Le Pacte des Vierges, de Vanessa Schneider

[rating=5]

On retrouve le thème de la maternité adolescente dans le roman de Vanessa Schneider publié chez Points Seuil : elle s’est inspirée d’un fait divers qui a fait couler beaucoup d’encre pour écrire ce roman qui se présente comme une enquête journalistique menée à Gloucester, une ville côtière des Etats Unis sinistrée.

A 15 ans, dix-sept jeunes femmes, des lycéennes, sont tombées enceintes à peu près au même moment, et l’on soupçonne qu’il s’agit d’un plan mené par l’une d’entre elles pour fonder une communauté sur le modèle du phalanstère. Vanessa Schneider se place dans la position fictionnelle d’une journaliste française qui recueillerait les témoignages de quatre de ces jeunes femmes – sauf qu’elle ne donne au lecteur que les paroles des filles, et non celles de la journaliste. Quatre jeunes femmes, quatre personnalités différentes qui se dessinent dans leurs paroles et dans le portrait qu’elles dressent par petites touches successives de leurs familles respectives. Lana, livrée à elle-même et chef de bande, Kylie, la grande gueule au grand cœur, Sue, issue d’une famille très pratiquante, et enfin Cindy, la seule à avoir un petit ami et un père pour le bébé.

Touchantes dans leur naïveté aussi bien que par le besoin qu’elles ont d’aimer et d’être aimées, ces quatre jeunes femmes sont aussi la voix d’une génération perdue, dont le projet idéaliste se brise peu à peu à l’épreuve de la réalité. L’excellente idée de Vanessa Schneider, c’est d’avoir utilisé le stratagème de l’entretien journalistique pour imaginer la réalité de ces voix, tout en faisant disparaître la présence de la journaliste – elle n’apparaît que lorsque les adolescentes s’adressent directement à elle – pour mettre les jeunes femmes au centre du propos. Un roman bouleversant.

Le Pacte des Vierges, de Vanessa Schneider. Editions Points Seuil. Paru le 28 août 2014. 192 p. Prix : 6,30 €.

Visuels : couverture des livres

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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