Pop / Rock
[Chronique] « Composite » : un œil dans le rétro pour Monogrenade

[Chronique] « Composite » : un œil dans le rétro pour Monogrenade

29 octobre 2014 | PAR Bastien Stisi

Phénomène pop au pays d’Arcade Fire, de Peter Peter et de Xavier Dolan, les Québécois de Monogrenade demeurent encore en France au stade de la confidentialité très indé. Leur second album, le glacial et cosmique Composite, confirme pourtant le talent immense d’un groupe déstabilisant.

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« Nous sommes des êtres complexes, composés de notre bagage génétique, de notre environnement, des autres, du hasard. Nous sommes trop petits (ou pas assez) pour comprendre toute la complexité de nos êtres et de notre habitat. Nous voguons là-dedans comme si nous savions ce qu’il fallait faire, ce qui est bien et ce qui est mal. Telles des planètes en orbite autour du Soleil, de vieux ancêtres tournent autour de nous, comme s’ils connaissaient nos secrets. »

À la lecture du communiqué de presse accompagnant la sortie du second album de Monogrenade, on est d’abord en droit de penser à un objet discographique proche de l’album concept (ou de la secte stellaire ?) Le propos est fanfaron, alambiqué au max, et quelques extraits de l’album donnent l’impression de l’être tout autant. « Métropolis », le premier extrait de Composite, n’associait-il pas par exemple la référence à Kraftwerk (le nom du morceau + les synthés robotiques) et celle à Fritz Lang (le nom du film + les sons de cloches qui nous rappelaient la scène de l’horloge), renforçant un peu plus encore les impressions d’intellectualisation à l’extrême ? Alors, avant de rencontrer le leader Jean-Michel Pigeon dans les locaux d’Atmosphériques, et pour être certain de ne pas passer pour des buses incultes en manque soudain de diktat culturel, on a bien évidement réécouté le précédent album du groupe, et on s’est même repassé le Fritz Lang en fond visuel. Histoire d’être sûr.

Et pourtant. « La vérité, en vérité, en vérité, la vérité…tu ne la connais pas », disait François Mary avec beaucoup de naïveté mais avec en fait beaucoup de jugeote. Et le critique musical devrait ne jamais perdre cet adage aux apparences tellement simplistes de l’esprit. Car la réalité, ici comme souvent, est parfois bien éloignée de ce que le vernis laisse initialement envisager.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Pigeon ne connaît pas Kraftwerk (la violoniste également présente, elle, voit à peu près de qui il s’agit), et la référence au cinéaste germanique est en fait due à la jugeote de Christophe Colette, en charge de la réalisation du clip (et globalement de toute l’identité visuelle du groupe, artwork de l’album compris), plus qu’à celle d’un leader qui s’empresse, plutôt, d’insister sur la désintellectualisation globale du propos :

« En fait ça c’est fait de manière assez naturelle. Presque un hasard. Je me suis installé il y a un an et demi dans un studio où il y avait plein de synthés. J’avais jamais touché à ça avant. J’ai toujours travaillé comme ça, un peu à l’instinct. Avant, c’était juste guitare / voix / piano, parce que je n’avais pas autre chose. »

Alors, un vieux Juno traîne dans le coin. Et le son de Composite devient marqué 80’. Limpide. Et puisque la référence à Fritz Lang s’avère finalement aussi évidente, autant l’exploiter en live, où le groupe Canadien projette justement quelques scènes du film en même temps qu’il récite les morceaux d’un album résolument rétro-futuriste, accentuant un peu plus la touche synthpop déjà présente sur certains morceaux du premier album (« Tentale », « M’en Aller »).

Le hasard fabrique les choses, et parfois très bien : artiste pop sans prétention dans les manières mais avec beaucoup de nuances dans la composition, Jean-Michel Pigeon et ses Monogrenade présenteront justement leur Composite à la Flèche d’Or le 4 novembre prochain. Vos places sont toujours à gagner par ici.

Monogrenade, Composite, 2014, Bonsound Records / Atmosphériques, 36 min.

Visuel : © Christophe Colette

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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