Fictions

« La Vérité à propos d’Alice » : Katherine Webb joue avec les codes du roman victorien chez Belfond

« La Vérité à propos d’Alice » : Katherine Webb joue avec les codes du roman victorien chez Belfond

10 mai 2015 | PAR Audrey Chaix

Dans l’Angleterre du début du 19e siècle, du côté de Bath, Rachel est gouvernante depuis qu’elle a perdu toute sa famille. Jusqu’au jour où elle rencontre Richard, un négociant en vin qui la demande en mariage. Sauf qu’au bout de quelques semaines, la véritable personnalité de son époux transparaît derrière le vernis, révélant un homme violent, malhonnête et mauvais. Heureusement, Rachel peut s’échapper d’un quotidien sordide en se rendant régulièrement chez les Alleyn, une famille issue de l’aristocratie de Bath, et dont le fils, Jonathan, cache de lourds secrets. Parce qu’elle ressemble à Alice, la jeune femme qui fut la fiancée de Jonathan, et qui a disparu, Rachel gagne la confiance du jeune homme, et finit par percer le mystère de ses névroses. Avec La vérité à propos d’Alice, Katherine Webb tisse le fil d’un roman aux allures d’intrigue victorienne, mêlée de secrets de famille et de convenances empoisonnantes. Particulièrement prenant ! 

la-verite-a-propos-d-aliceIl y a l’influence des grandes romancières britanniques du 19e siècle, bien sûr. Jonathan Alleyn a des airs d’Edward Rochester, Rachel a tout d’une Jane Eyre qui se serait mariée avant de rencontrer le maître de Thornton Hall. Il y a des secrets de famille, des histoires sombres et des révélations qui chamboulent la vie de tous ceux qu’elles touchent. Charlotte Brontë n’est jamais loin, même si Katherine Webb a préféré installer ses personnages à Bath plutôt que dans le Yorkshire.

Il y a aussi la touche d’un roman policier dans cette Vérité à propos d’Alice. Car dès son arrivée à Bath, Rachel est piquée de curiosité par cette jeune femme disparue, à laquelle elle ressemble tant : la belle Alice, la pupille du grand-père de Jonathan, dont on est sans nouvelles depuis des années. Est-elle morte ? C’est que soutient la jeune Starling, orpheline recueillie par Alice à l’âge de sept ans, aujourd’hui servante dans la demeure des Alleyn. S’est-elle enfuie avec un amant ? C’est ce dont tout le monde est persuadé. Sa curiosité piquée au vif, Rachel s’attache à découvrir les véritables circonstances de la disparition d’Alice, quitte à dévoiler de terribles histoires de famille …

La réussite de Katherine Webb, c’est d’avoir su entremêler plusieurs époques et plusieurs histoires, qui finissent toutes par se rejoindre : l’enfance de Rachel, la jeunesse d’Alice, qui rend le personnage bien vivant malgré son absence, ainsi que les épisodes de la guerre d’Espagne à laquelle a participé Jonathan, le tout mêlé à la narration de la période à laquelle début le roman. L’intrigue va de rebondissement en surprise, gardant le lecteur bien accroché – pour reprendre une expression de nos voisins d’outre-Manche, La Vérité à propos d’Alice est un véritable page turner, un bon gros roman qui tient en haleine malgré ses quelque 500 pages.

Ainsi, Katherine Webb a su s’approprier les principales caractéristiques du roman victorien, tout en n’oubliant pas d’utiliser ceux de la narration moderne, où rebondissements et révélations se succèdent suffisamment rapidement pour garder toujours en alerte l’attention du lecteur. Un moment de lecture aussi agréable que divertissant.

La Vérité à propos d’Alice, de Katherine Webb. Traduit de l’anglais par Florence Bertrand. Éditions Belfond. Paru en avril 2015. 580 p. Prix : 22,50 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaixphoto : maxime dufour photographies.

Une réflexion sur « « La Vérité à propos d’Alice » : Katherine Webb joue avec les codes du roman victorien chez Belfond »

Commentaire(s)

  • Claire

    Ce n’est pas Thornton (ça c’est dans Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell) mais Thornfield.

    mai 11, 2015 at 6 h 54 min

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