Théâtre
Requiem au Théâtre des Célestins de Lyon

Requiem au Théâtre des Célestins de Lyon

10 mai 2015 | PAR Elodie Martinez

Du 5 au 9 mai se tenait aux Célestins de Lyon Requiem de Hanokh Levin mis en scène par Cécile Backès, sur un texte français de Laurence Sendrowicz. Un Requiem aux accents de memento…

[rating=3]

Cette oeuvre est la dernière de l’auteur qui tente ici de raconter le passage de vie à trépas, l’infime instant qui sépare l’éphémère de l’éternel inconnu. On ne ressent pourtant pas cette pièce comme une pièce sur la mort et l’après-vie mais davantage sur le deuil : comment survivre à la mort? D’un côté, nous avons les mourants et les personnages qui trépassent devant nos yeux, mais nous avons surtout ceux et celles qui leur survivent : l’époux à sa femme, la mère à son enfant. Comment vivre après la mort? Des portraits se créent, des personnages se croisent : le veuf croise la mère enterrant son enfant.

Rien de désespérant pourtant, pas de vision sombre ou dépressive : le texte laisse régulièrement poindre de l’humour et y mélange savamment des notes philosophiques, des réflexions qui ne peuvent qu’intéresser ou interpeller les futurs défunts que nous sommes.

Les acteurs parviennent à tenir plusieurs rôles chacun, à l’exception de Philippe Fretun (qui reste tout le long de la pièce Le Vieux). L’unique actrice, Anne Le Guernec, commence par être La Vieille avant de mourir et d’interpréter La Jeune Mère. Elle tient donc deux rôles de chaque côté du trépas : mourante et survivante. Le très bref passage de son déchirement, lorsqu’elle est seule sur scène à l’abris des regards pouvant la voir pleurer, est poignant. Peut-être le seul moment entièrement tourné vers le drame, sans note poétique ou humoristique pour amoindrir la douleur du moment.

La mise en scène est simple mais efficace. Cécile Backès explique : « J’imagine mettre en scène ce Requiem dans l’esprit d’un théâtre de fortune, […] où le souffle de l’animal viendra calmer les cœurs battants, et où l’on apaisera la tristesse à la lumière des étoiles ». C’est effectivement un « théâtre de fortune » qui s’ouvre avec l’ensemble des comédiens jouant et chantant un air sombre au levé de rideau, avant qu’il ne devienne plus festif. Cette présentation, même si on ne le sait pas encore à cet instant, représente l’atmosphère de la pièce. C’est également en chant que se clôture l’oeuvre, une fois que Le Vieux est mort.

Une pièce méconnue qui ne méritait pas une salle si peu remplie lors de la Dernière. Un texte plein de bon sens où La Vieille qui « se tourne vers le mur, dos au monde » fera justement redécouvrir le monde à son mari en mourant, le forçant à sortir en le laissant seul ; où le cheval qui a de grandes oreilles et beaucoup de patience devient le seul être auquel puisse se confier le cocher qui, de son côté, récolte les confidences et discussions de ces clients ; où, alors que la pièce s’ouvre sur l’explication que personne ne meurt autrement que de vieillesse dans ce village, tous les personnages meurent ou perdent un être cher par accident ou maladie… Et malgré cela, servis par la poésie de la mise en scène, restent encore l’humour et la joie : « en ce monde, rit bien qui ne pleure pas encore ».

© Thomas Faverjon

Infos pratiques

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La Comédie de Clermont Ferrand
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