Fictions
« La fille parfaite », de Nathalie Azoulai : double portrait de femmes

« La fille parfaite », de Nathalie Azoulai : double portrait de femmes

24 décembre 2021 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure de Titus n’aimait pas Berenice et de Juvénia est de retour avec un roman dramatique qui revient sur plus de 30 ans d’amitié entre deux femmes.

Femmes, amies, rivales et complémentaires

Rachel et Adèle se sont rencontrées à l’école, avec un grand point commun : elles sont la fierté et le pari sur l’avenir de leur famille. Mais pour le reste tout les oppose : Rachel vient d’une famille bourgeoise et très cultivée où l’on lit Proust et où l’esprit l’emporte souvent sur la raison. Adèle, elle, a grandi avec un père obsédé de sciences et qui ne souhaite rien d’autre pour sa fille qu’un immense talent pour les mathématiques. La rencontre de Rachel et d’Adèle génère une amitié puissante qui implique les familles. C’est une sorte d’alliance où la rivalité pousse à se surpasser et où chacune apprend ce que la famille de l’autre fait le mieux.

Le drame du point de vue de celle qui reste

Le roman de Nathalie Azoulai est extrêmement bien structuré. Tout commence avec le suicide d’Adèle à 46 ans. C’est donc la plus littéraire des deux femmes – et sans surprise, elle est devenue écrivaine – qui raconte tandis que la mathématicienne laisse derrière elle un trou noir. C’est avec beaucoup de nuance que la profondeur et l’ambiguïté de la relation s’écrit.

Éternel féminin

Là où le roman est peut-être moins convaincant, c’est dans son projet de décrire à travers deux profils différents et complémentaires l’éternel féminin. Les clichés sur le genre sont trop appuyés pour ne pas être réfléchis et néanmoins on n’en sort jamais. Ainsi Adèle s’est pendue « comme un homme », sa discipline et les maths c’est fait pour les garçons et elle tente de se convaincre qu’être maman ne l’empêchera pas d’avoir la médaille Fields. A contrario la littéraire Rachel a moins de pression sur sa féminité, pas d’enfants et s’en sort mieux. On aurait aimé que Nathalie Azoulai pousse plus loin que ce qu’elle voulait dire, décrire ou mettre en cause sur le féminin.

Du coup, le lecteur reste un peu sur sa faim, même si la prouesse de créer du suspense alors que l’on sait tout dès le début suscite le respect.

Nathalie Azoulai, La fille parfaite, P. O. L., sortie janvier 2022 20 euros 315 pages
Visuel : Couverture du livre.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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