Fictions
Isabelle Carré : Du côté des Indiens

Isabelle Carré : Du côté des Indiens

14 septembre 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Isabelle Carré est comédienne et écrivaine. Après Les Rêveurs, Du côté des Indiens est son deuxième roman. Elle y raconte la vie de la famille de Ziad, un enfant tourmenté par les fragilités et les secrets des adultes.

 

L’attente

Après son retour de l’école, Ziad, 10 ans, attend son père, guettant les bruits de la porte cochère. Quand l’ascenseur ne s’arrête pas à son étage, mais monte jusqu’au cinquième, sa vie va basculer. Bertrand, son père, rejoint Muriel, la belle voisine du dernier étage. L’enfant s’inquiète pour Anne, sa mère, il souffre de solitude, de la désunion de ses parents, de leur silence aussi. Il les épie sans vraiment comprendre, les indices sont entourés d’un épais brouillard, « c’est le demi-jour de son enfance ». Il se lie d’amitié avec Muriel qui lui fait découvrir un studio de cinéma. Puis les adultes dévoilent leurs secrets. Muriel d’abord, qui a renoncé à être actrice. A 20 ans, lors de son premier tournage, elle subit une relation non désirée, sous emprise, de la part du metteur en scène. Elle est sidérée, comme anesthésiée, sa personnalité dédoublée et se laisse faire. Il en résultera solitude et culpabilité. Le secret de Bertrand d’ordre médical va provoquer le bouleversement familial. Anne va rapidement comprendre la situation et elle est dévastée. La mère de famille discrète va se révéler fantasque, imprévisible et son secret, révélé dans une scène surréaliste, sera violent, totalement inattendu.

A quatre mains

Du Côté des Indiens, est un roman construit de manière originale, « à quatre mains », chacun des personnages étant successivement le narrateur. Cette construction introduit des ruptures dans le texte un peu comme s’il existait plusieurs romans dans un seul. Isabelle Carré nous offre un récit sensible et émouvant qui parle d’abord de l’enfance. Le début du roman repose sur le vécu subjectif de Ziad et sur sa douleur : anxieux à l’idée d’une séparation de ses parents, il a perdu l’insouciance de l’enfance. La force de l’imagination de l’enfant est au centre du texte, l’intensité de sa souffrance aussi : Ziad a le sentiment « d’appartenir à une humanité honteuse, tourmentée, peuplée de solitaires ». Il a totalement intégré la fragilité des adultes qu’il cherche dans une inversion des rôles à protéger et à rassurer. Le sort de Muriel ramène à l’affaire Weinstein et décrit très bien « la zone grise », l’emprise et la sidération qui peuvent conduire à une relation sexuelle contrainte. A travers la fiction l’auteure aborde le sujet du consentement de manière émouvante et convaincante. La fragilité, la vulnérabilité des adultes sont au cœur du récit. Pour le lecteur cette fragilité rend les personnages très attachants. C’est aussi le point de vue d’Isabelle Carré : « Du côté des Indiens » signifie être du côté des perdants, du côté de ceux qui subissent les événements, qui sont fatigués de l’existence. Leur vie parait dériver « tel un bouchon au fil de l’eau » mais comme Ziad ils trouvent en eux la force et le courage de continuer.

Isabelle Carré, Du côté des Indiens, Grasset, 350 pages, 22 euros, sortie le 19 08 2020.

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Jean-Marie Chamouard

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