Fictions
« Imitation de la vie » d’Antoine Mouton : illusions perdues

« Imitation de la vie » d’Antoine Mouton : illusions perdues

24 août 2017 | PAR Julien Coquet

Après Le Metteur en scène polonais, Antoine Mouton livre une réflexion sur le passage à l’âge adulte non sans un certain sens de l’humour.

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Paul Renard et Camélia Mélondas, psychanalystes, en couple depuis leur rencontre à un congrès, se rendent compte qu’un même patient les fréquentait tous deux. Celui-ci ayant disparu, on retrouve  un manuscrit intitulé Imitation de la vie.

L’histoire du manuscrit est volontiers comique, tout en interrogeant la période charnière du passage à l’âge adulte et la difficulté à s’affirmer en faisant des choix. En effet, Emir Suter, personnage principal et narrateur d’Imitation de la vie, semble autant être porté par sa vie que la mener telle qu’il le souhaiterait. Marié à Mélissa par inadvertance à la suite d’une collocation subie et habitant à Sétrou, en banlieue parisienne, avec sa mère dyslexique (« Il paraît que tu t’es marié (les murs ont des orteils). Es-tu certain d’avoir fait le bon choix ? Je me fais un sourcil fou à ton sujet. »), Emir a trouvé un refuge : le cinéma expérimental. Capable de s’extasier devant des plans fixes de nuages ou des films de plusieurs longues heures, Emir a fondé avec Ingrid, dont il est amoureux, un cinéma à Sétrou dédié à ce genre cinématographique. Ils sont aidés par François, un ami du collège quelque peu excentrique.

Imitation de la vie est un roman sur la culpabilité (Emir et François ne peuvent s’empêcher de penser à leur ami Thierry qui s’était suicidé dans la cour du lycée le jour de ses dix-huit ans) mais aussi sur la conformité qui nous pousse à rentrer dans des cadres à partir d’un certain âge de la vie. Face à la monotonie du quotidien, c’est le fantastique qui s’immisce peu à peu dans le réel : les deux psychanalystes, après avoir lu le roman de leur patient commun, ne peuvent plus être les mêmes. Un humour et une originalité qui font du bien dans cette rentrée littéraire 2017.

« Puisque nous n’avons pas été foutus de nous aimer, nous prévint-elle la veille de l’ouverture, nous ferons ensemble de ce cinéma un lieu indispensable. Le premier dont l’attitude s’avère ambiguë est viré. Il s’agit de sublimer nos déficiences, pas de tout reprendre à zéro. Nous ne sommes plus amoureux mais collègues. Nous avons essayés de vivre comme tout le monde, d’habiter à Paris, d’avoir des relations, et cetera… Une série d’échecs, et même lorsqu’il ne s’agissait pas d’échecs : une succession de tristesse, de choses mal vécues ou vécues à moitié. »

Imitation de la vie, Antoine Mouton, Christian Bourgois Editeur, 176 pages, 12€

Date de parution : 24 août 2017

Visuel : Couverture du livre

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« Les fantômes du vieux pays » de Nathan Hill, générations hantées
Julien Coquet

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