Essais
Sylvie Ducas fait l’Histoire des prix littéraires

Sylvie Ducas fait l’Histoire des prix littéraires

08 septembre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Maître de conférences en littérature française à l’Université Paris Ouest, où elle dirige un master des métiers du livre (pôle de Saint-Cloud), Sylvie Ducas est également chercheuse au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’Université de Versailles-Saint-Quentin. Elle vient de publier une étude sur les prix littéraires, récemment parue aux éditions La Découverte.

Sylvie Ducas prix litétrairesUNE EXCEPTION FRANÇAISE
Les prix littéraires sont une exception française mal connue. Ils prolifèrent en France, ils se diversifient selon des logiques très variées liées à ce que l’auteure appelle une « une économie du prestige » complexe. Dans cet ouvrage, Sylvie Ducas essaie de saisir les nouvelles configurations de la condition littéraire contemporaine.

LE MONDE LITTÉRAIRE
Avec les prix, ce sont des reconfigurations majeures du monde littéraire qui se donnent à lire, telles que le déclin de la fonction sociale et de l’autorité symbolique de l’écrivain, le déclin du livre comme objet sacralisé ainsi que le déclin de la lecture et les mutations de l’expertise littéraire. Les prix régulent un marché et une offre, c’est pour cela que c’est un marché risqué. L’écrivain se retrouve plongé dans un protocole qu’il ne maîtrise pas.

L’ACADÉMIE FRANÇAISE
Pourtant, il existe des littératures, et non pas une littérature monolithique. Pendant longtemps, le « bon écrivain » ne pouvait être qu’un poète. Il a d’ailleurs fallu attendre l’arrivée d’OctaveFeuillet en 1862 pour voir arriver un romancier sous la Coupole.

LA CREATION DU PRIX GONGOURT
L’auteure rapporte que le prix Goncourt a été créé notamment pour soustraire l’écrivain aux déboires du journalisme. Le problème c’est que ce prix fait vendre, si bien que les considérations commerciales et marchandes ne sont jamais vraiment absentes… Il y a eu une évolution vers une industrie de la reconnaissance.

DES AUTEURS CONSACRES OU LABELLISES ?
L’écrivain ne demande plus à être reconnu comme un génie, par exemple comme Victor Hugo autrefois, mais comme un professionnel à part entière, comme les autres, dont les médailles peuvent authentifier la production.

La littérature actuelle confond le Panthéon et le best-seller, c’est-à-dire la qualité et la dignité littéraires avec les chiffres de vente. Les effets du numérique sur cette évolution ne sont pas encore connus. Sylvie Ducas examine ici les prix littéraires sous ces multiples aspects. L’ouvrage de cette universitaire est très copieux, parfois un petit peu trop. Tout est passé en revue, comme le rôle de la télévision. Les prix des lecteurs, comme celui d’Elle et de Radio France notamment, sont passés en vue.

D’une manière générale, Sylvie Ducas semble reprocher aux multiples prix littéraires un grand manque de courage. Ce qui est dommage, car il convient que « le livre vive » de la manière la plus libre possible.

Sylvie Ducas, La littérature à quel(s) prix ? Histoire des prix littéraires, Editions La Découverte, août 2013, 242 p., 22 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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