Essais
Quelle histoire : Stéphane Audoin-Rouzeau livre un récit de filiation

Quelle histoire : Stéphane Audoin-Rouzeau livre un récit de filiation

08 septembre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Directeur d’études à l’EHESS et président du Centre international de recherche de l’Historial de la grande guerre (Péronne, Somme), Stéphane Audoin-Rouzeau publie Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014). A l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, l’historien a souhaité revenir vers les siens en retraçant le destin de ceux de sa famille qui traversèrent l’apocalypse.

Quelle histoireUNE EXPÉRIENCE HISTORIOGRAPHIQUE
Ce livre est le fruit d’une expérience historiographique, menée par l’un des plus grands historiens de la Première Guerre mondiale. Après avoir tant travaillé sur les combattants des tranchées et sur leur expérience de la guerre, l’auteur se tourne désormais vers les siens. Ce n’est toutefois pas un récit de famille ni une autobiographie d’historien, puisque Stéphane Audoin-Rouzeau raconte le cheminement d’un événement par le prisme de l’expérience de sa famille.

Il s’agit de retrouver la manière dont la Grande Guerre traversa leur existence sur trois générations, quitte à inscrire ses effets au-delà même de leur propre vie. Dans cette perspective, le premier rôle revient à la Grande Guerre. Il est ici question de rendre compte de l’histoire dans l’homme.

MAX DE LA CLASSE 1912
Max eut une enfance bourgeoise, mais austère. Il parlait allemand. Comme chez tant de combattants français, le succès rencontré par les Américains en France l’agaçait. Il pensait que, seuls, les Américains n’auraient pas tenu pendant quatre ans contre les « boches ».

Il évoquait souvent les ravages de l’artillerie : « on se grise comme un fou au milieu des explosions et des fumées, des corps qui volent en l’air, s’évanouissent ». Il estimait par ailleurs que les femmes de France avaient une dette à l’égard des combattants. Cette littérature familiale s’inscrit parfois en dissonance avec la mémoire familiale.

LE NON-DIT LE PLUS ENFOUI DE LA GRANDE GUERRE
L’auteur rappelle la formation de couples d’hommes aux premières lignes, lorsque la mort n’était pas loin et avant que le retour aux positions de repos défasse ce qui avait lié deux soldats au moment du plus grand danger. Ce faisant, Stéphane Audoin-Rouzeau s’éloigne du silence qui régna si longtemps autour de ces questions.

Passionnant, cet ouvrage amène à méditer sur son histoire familiale. Il existe une transmission inconsciente de ces guerres. Dans les années 1970, on pouvait encore voir des anciens combattants mutilés, vestiges de la Grande Guerre, ou entendre évoqués les ravages du gaz utilisé par les Allemands contre les soldats de l’Entente.

Relatant des faits, l’auteur n’a pas voulu expliquer pourquoi il est devenu historien. Il a voulu faire quelque chose de plus grand. Le travail de l’auteur permet de faire avancer l’histoire et mérite le respect.

Stéphane Audoin-Rouzeau, Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014), Editions du Seuil, août 2013, 139 p., 17 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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