Essais

L’art d’être libres au temps des automates, Luis de Miranda

L’art d’être libres au temps des automates, Luis de Miranda

01 mars 2014 | PAR Idir Benard

Que sera la liberté au XXIè siècle? Depuis l’invention de l’informatique et de ses applications, notre quotidien semble avoir gagné du temps. Mais en contrepartie, il paraît de plus en plus codé, soumis aux automatismes. Sans être technophobe tout en reconnaissant les avantages offerts par les nouvelles technologies, cet essai donne avec brio des clés pour reprendre possession de sa liberté et vivre une vie épanouie.

Saviez-vous que toute l’histoire informatique est basée sur une énorme méprise linguistique? Lestéléchargement ordinateurs ne sont pas en effet ce que l’on croit le plus. Les premiers ordinateurs, ceux qui détiennent cette capacité d’agencement et d’ordonnancement du réel, ce sont les êtres humains. La machine, le calculateur ou pour être plus précis le “computeur” ne fait qu’exécuter les ordres reçus, sans aucune capacité d’interprétation. En France, le mot “ordinateur” a été ainsi introduit par l’équipe marketing d’IBM qui pensait qu’un mot incluant “con” et “pute” ne serait pas très vendeur. Luis de Miranda, romancier et philosophe, propose alors de commencer par le commencement : remettre les choses dans leur contexte et appeler un chat un chat. “Computeur”, le calculateur, sera désormais le mot faisant référence à ce que vous appeliez jusqu’à présent un “ordinateur”.

Une fois cette clarification faite, Luis de Miranda retrace avec un style très personnel et un univers bien à lui une contre-histoire de l’informatique et des nouvelles technologies des plus documentées. Mêlant philosophie, sociologie, et littérature dans une analyse d’une originalité rare, il dresse le constat suivant :  les technologies actuelles nous dépossèdent, si nous perséverons dans cette attitude passive à leur égard, de notre capacité à donner du sens au réel et à s’extasier devant l’échange infini ouvert à la diversité et à l’inattendu.

Théophile Gaultier prévenait déjà il y a plus de 150 ans : “un des grands malheurs de la vie moderne, c’est le manque d’imprévu, l’absence d’aventure. Tout est si bien réglé, si bien engrené, si bien étiqueté que le hasard n’est plus possible”. Et voici qu’aujourd’hui, cette précision mathématique au millième de milimètre est une réalité ; cette mécanique implacable gagne de jour en jour en précision, à mesure que notre humanité diminue en proportion. Des algorithmes peuvent savoir avant votre femme si elle est enceinte. Cela fait froid dans le dos, n’est ce pas? Cessons de fantasmer sur des outils, très utiles au demeurant, mais qui n’en demeurent pas moins des outils. Plutôt que de vivre à moitié hypnotisés par nos écrans, ayons le courage de nous lancer à corps perdu dans l’inconnu, et d’espérer (espérer, c’est bien le mot), espérer que tout ira pour le mieux sans que l’on mobilise des batteries de mesures statistiques augmentées de capteurs de toutes sortes pour s’assurer que ce qui ne doit pas arriver arrivera. Osons affirmer notre foi dans la vie et son abondance ; cessons de nous cacher derrière ces parures de métal et de silicium, osons lever la tête et sourire à un(e) inconnu(e), ce frère/soeur ou ami(e) en devenir.

Comme vous ne l’avez très certainement pas remarqué, nous baissons la tête devant nos “smartphones” et computeurs. Nous les dominons, et nous en sommes les maîtres, mais pourtant nous baissons la tête. Etrange paradoxe, n’est ce pas? Mais de quoi avons-nous honte? Pour Gunther Anders, repris par Jean-Marie Besnier, nous avons simplement honte d’être des hommes, finis, imparfaits et mortels. Les machines risquent bien de signer l’obsolescence de l’homme ou en
d’autres termes, notre propre auto-destruction/auto-réduction en esclavage. Car à ce rythme, ce n’est pas les hommes qui seront augmentés par les machines, mais les machines augmentées par les hommes,  ces-derniers devenus de simples piles au service des machines, comme décrit dans “Matrix”.

Dans ce contexte, “L’art d’être libre au temps des automates” est une bouffée d’air frais : si vous le désirez, vous pouvez ne pas être un automate soumis aux stimuli extérieurs et à vos pulsions primaires. Cet essai donne les clés pour reprendre possession de sa créativité, car la vie heureuse et épanouie n’est rien d’autre qu’un acte constant de création et de re/récréation active, choisie et partagée.

Luis de Miranda, L’art d’être libres au temps des automates, Max Milo éditions, 14.90 euros

visuel : couverture du livre

1800 jours 8 juin 1940 -12 mai 1945 de René Laumet
Savoirs : Les 10 conférences du mois de mars 2014
Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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