Fictions
Les cyborgs, imaginaire fictionnel ou futur -très- proche?

Les cyborgs, imaginaire fictionnel ou futur -très- proche?

03 mai 2013 | PAR Idir Benard

Avertissement : la lecture de cet article requiert un certain degrès d’ouverture d’esprit.

cyborgs

Avec les avancées constantes de la cybernétique et de l’intelligence articficielle, les frontières entre normal et anormal, fantastique et ordinaire ainsi que les définitions classiques de l’homme et de son humanité sont repoussées toujours plus loin. Les cyborgs, ou quand la réalité rattrappe -bientôt- la fiction.

145863De l’Inspecteur Gadget à Dark Vador en passant par le Bouffon Vert, Iron man et Terminator, sans oublier Robocop, Astroboy ou encore les jumeaux C-17 et C-18 de Dragon Ball Z et Krang, le cerveau maléfique dans les Tortues Ninja, les cyborgs sont omniprésents dans la culure populaire. Des mangas à la science fiction, les robots humanoïdes, souvent dépeints comme des monstres méprisant l’humanité avec pour objectif de l’éradiquer, constituent des personnages centraux de l’intrigue de nombreuses fictions. Ah! doux souvenirs que ces dimanches matins passés devant Club Dorothée, à encourager Sangoku, combattant l’infâme docteur Géro et son armée de cyborgs. Dans l’imaginaire enfantin, ces scènes sont pour le moins fascinantes. Et si les cyborgs, loin d’être une simple fiction, devenaient réels et changeaient la perception même que l’on a de la normalité et du monstrueux? Avant d’aller plus en profondeur et d’en venir au coeur du sujet, qu’est-ce qu’un monstre, et surtout, qu’est-ce qu’un cyborg?

transhumanism-82Dans la Cité de Dieu, Saint Augustin écrivait: “Le monstre est celui dont l’aspect nous est inhabituel par la forme de son corps, sa couleur, ses mouvements, sa voix, et même les fonctions, parties ou qualités de sa nature”. Un monstre, par sa non conformité au modèle et à la mesure, est tout ce qui s’écarte, par défaut ou excès, des règles de la nature. Quant à “cyborg”, le terme est issu de la contraction de “cybernetic organism” apparu pour la première fois en 1960 dans le livre “Cyborgs and Space” des scientifiques américains Manfred Clynes et Nathan Kline. Ce néologisme, décrivant “un organisme amélioré de façon exogène fonctionnant inconsciement comme un système intégré homéostatique”, faisait initialement référence aux qualités augmentées dont un humain aurait besoin dans le cadre d’une vie extra-terrestre. Ce concept est principalement issu du besoin d’une relation plus étroite entre l’homme et la machine alors que l’exploration spatiale faisait ses débuts. Le Oxford English Dictionnary donne quant à lui cette définition :“Un cyborg est essentiellement un système homme/machine dans lequel les mécanismes de contrôle de la partie humaine sont modifiés de manière exogène par des dispositifs régulatoires ou des produits chimiques, de telle sorte que l’ensemble puisse vivre dans des environnements inhabituels”. Un cyborg, c’est donc la fusion entre un organisme vivant et des technologies artificielles.

Tous ces scientifiques fantasmant sur des galaxies éloignées et des robots à visages humains ne seraient-ils que de doux dingues? Rien n’est moins sûr, car il s’avère que les cyborgs sont en bonne voie pour débarquer. Et ce concept trouve désormais un champ d’application beaucoup plus vaste que le cinéma ou la littérature : la réalité. En surfant au hasard sur internet et en suivant de façon sérendipitaire les liens qui s’offraient à moi, je suis tombé sur un site qui a été la confirmation que les cyborgs sont bien plus que de la simple imagination. Intitulé Global Future 2045, le site annonce un cycle de conférence qui se tiendra en juin prochain à New York et a pour but la résolution des crises que l’humanité traverse actuellement. 920159_372182116219053_1816136819_oA l’initiative du milliardaire russe Dmitry Itskov, Global Future 2045 s’offre les services des plus grosses têtes de la neurobiologie, cyberbétique, informatique, robotique… de la communauté scientifique mondiale.  Au programme, immortalité biologique, téléchargement de la conscience dans un ordi et cyber-organes ammovibles et interchangeables, avec le point d’orgue de la conférence, le Avatar Project. Ce projet a pour but d’accélerer la création de technologies permettant une transition progressive des corps biologiques vers un support de vie artificiel. Marvin Misnky, co-créateur du laboratoire d’Intelligence Artificielle du MIT (Massachussets Institute of Technology), affirme : “l’immortalité de l’esprit n’est qu’une question de temps”. En attendant l’immortalité de l’esprit, le créateur japonais d’androïdes Iroshi Hishiguro s’assure l’immortalité du corps et s’est créé un doppelganger, capable d’intéragir avec des humains (photo ci-bas). Flippant ou génial, à vous de juger, et si les conférences vous intéressent, c’est 1000 dollars la place. hiroshi_ishiguro_ge_258984c

En attendant les environnements extra-terrestres inhopistaliers, les premiers cyborgs comme Jens Naumann et Neil Harbisson apprécient déjà leurs extensions technologiques. Le premier, aveugle, arbore un oeil bionique qui lui permet de vivre comme si de rien n’était (photo ci-contre). jens naumannLe cas de Neil Harbisson est plus intéressant. Il n’est pas aveugle mais il est atteint d’achromatopsie, c’est à dire qu’il ne voit pas les couleurs. Mais par contre il peut les entendre. Oui vous avez bien lu, il entend les couleurs. Son oeil bionique traduit les fréquences visuelles en fréquences auditives ce qui lui permet ainsi, en tant qu’artiste, de créer des oeuvres d’avant guarde, qualifiées de cyber-art. Grâce à ce dispositif, il est désormais capable de rêver en couleur, de voir les sons, et même de percevoir les infrarouges, invisibles et inaudibles pour le commun des mortels. Repoussant les limites, ses capacités sensorielles sont de loin supérieures à la normale et il assure que le software fait désormais partie intégrante de son cerveau et de son identité. Il est par ailleurs président de la Cyborg Foundation, qui a pour but d’aider les humains à devenir des cyborgs. De plus, depuis que la photo de son passeport arbore ses extensions électroniques, il est officiellement le premier cyborg de l’humanité.

brainEn plus des questions classiques de moralité et de liberté relatives à la technologie, les cyborgs remettent en cause notre perception de l’humanité et de ce qui est normal ou monstrueux et ouvrent la porte à la problématique post-humaniste. Un monstre est un objet suscitant la peur ou la fascination et les monstres, à travers les cyborgs, quittent le monde onirique pour devenir réalité. Le monstre remet en cause l’humanité et la relation de l’homme à la nature. A cet égard, quel statut devons-nous accorder aux cyborgs? Celui de monstres, ou celui d’hommes aux sensations comparables aux nôtres? Etymologiquement, monstre provient du latin “monstrum”, qui signifie “présage” ou “prodige”. Que cela soit l’un ou l’autre, il est fortement conseillé de revoir ses classiques de science fiction, car Asimov et autres écrivains futuristes s’avèrent n’être que des prophètes éclairés. Aux frontières du réel, les cyborgs arrivent, et plus vite que l’on ne le croit.

Le meilleur pour la fin :

Merci à Sébastien Barbara pour ses éclairages sur la définition philosophique du monstre.

Visuels : captures d’écran du site Gf2045.

Retrouvez tout le dossier « Monstres » ici.

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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