Essais
« La vie ordinaire », Adèle Van Reeth : Une réflexion philosophique de l’ordinaire

« La vie ordinaire », Adèle Van Reeth : Une réflexion philosophique de l’ordinaire

04 novembre 2020 | PAR La Rédaction

A travers cet ouvrage, la philosophe nous propose un récit autobiographique, une étude inédite et originale du thème de la vie ordinaire. A découvrir.

Par Emmanuel Guedj

Née en 1892, Adèle Van Reeth est philosophe et journaliste à France Culture. Dès les premières pages de ce livre, l’auteure nous plonge dans une écriture teintée d’histoire personnelle. L’histoire d’une femme qui s’apprête à donner naissance à son premier enfant et à perdre son père, gravement malade. Entre la beauté d’un commencement et l’horreur de la perte inéluctable d’un parent, l’écrivaine nous livre une réflexion sur la vie ordinaire. Entre rejet et adoration.
Une immersion dans la vie d’une femme, d’une belle-mère et d’une mère en devenir. Quotidien, banalité, charge mentale et grossesse entre autres. La journaliste nous offre une étude de l’ordinaire avec pour « cobayes » ses proches et, pour décor, son quotidien. Une écriture fluide basée sur des concepts philosophiques et sur un récit du banal et du quotidien. Une réussite.

Une distinction de l’ordinaire face au banal et au quotidien

Adèle Van Reeth s’interroge de manière profonde sur la vie ordinaire de chacun. Une citation nous en apprend plus sur sa vision ainsi que sur l’un des principaux messages de ce livre : « L’ordinaire n’est pas le banal, unanimement déprécié. Le banal est fade, lisse et transparent, il glisse sur moi et ne retient pas mon attention. Il me laisse tranquille. […] L’ordinaire n’est pas non plus le quotidien, facile à décrire : je peux énoncer chaque geste, chaque objet, chaque personne qui compose mon quotidien – d’ailleurs, je dis « mon » quotidien. Mais « mon » ordinaire, lui, semblait indescriptible ».
Le terme indescriptible peut être retranscrit comme étant l’ensemble des actions de la vie, l’ensemble des composantes des relations humaines, qu’elles soient amicales, familiales ou conjugales. Faire à manger, répéter maintes et maintes fois des choses à ses enfants ou son conjoint, des phrases insignifiantes que nous pouvons sortir par réflexe ou tout simplement pour se rassurer, c’est cela l’ordinaire. Des petits « riens » qui nous permettent de transformer l’ordinaire en extraordinaire. De transfigurer et façonner le banal et le quotidien en moments indispensables et en souvenirs inoubliables avec nos proches. Tellement juste.

L’ordinaire comme philosophie de vie hypocrite

Enfin, Adèle Van Reeth nous met en garde. « La vie ordinaire est une vie d’hypocrite. On fait comme si c’était ”déjà ça” de vivre “tranquillement”, comme si on ne voulait pas d’aventure ». La journaliste et philosophe nous exhorte à vivre, à nous dépasser afin de surmonter cette « intranquillité ». « Que le dard de l’intranquillité vous pique encore et encore ! ». Encore plus en cette période de crise sanitaire et sociétale, ne pouvons-nous pas y voir un plaidoyer à la vie ?
Rarement l’ordinaire aura été étudié sous cet angle en France. Un récit pour une envolée depuis le banal vers l’extraordinaire.

« La vie ordinaire », Adèle Van Reeth, Gallimard. 196 pages. Parution en Mai 2020. 16 euros.

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La Rédaction

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