Essais
François Huguenin propose une Histoire intellectuelle des droites

François Huguenin propose une Histoire intellectuelle des droites

20 septembre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Historien des idées et essayiste français, François Huguenin est diplômé de Sciences-Po. Il a d’abord travaillé sur la pensée politique réactionnaire et libérale française, puis sur les mouvements américains de contestation du libéralisme comme les philosophes communautariens et la nouvelle théologie politique notamment. Il a publié en 1998 une étude critique de la pensée d’Action française (À l’école de l’Action française), laquelle a été approfondie et amendée en 2006 par Le Conservatisme impossible. Les éditions Perrin viennent de rééditer son érudite et intéressante Histoire intellectuelle des droites, dans la collection Tempus.

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hugueninLA NAISSANCE DU CLIVAGE DROITE-GAUCHE
Ce fut à l’occasion du débat sur l’attribution d’un possible droit de veto au roi que le clivage droite-gauche naquit. Alors que la droite y était extrêmement favorable, dans l’espoir de ne pas déposséder le monarque de tout moyen d’action sur la détermination de la politique et de fonder un système de gouvernement mixte, analogue à celui que pratiquait alors l’Angleterre, la gauche y était quant à elle farouchement hostile. Ainsi l’abbé Sieyès put-il affirmer que le droit de veto royal, fut-il suspensif, s’apparente à « une lettre de cachet lancée contre la volonté nationale, contre la nation entière ».

LA DROITE ? LES DROITES !
Certes le clivage droite-gauche demeure bon an mal an la summa divisio de la vie politique hexagonale, mais il dissimule une réalité nettement plus complexe. En effet, ainsi que le souligne François Huguenin, la droite n’est pas monolithique, mais diverse. Ainsi droite libérale et droite réactionnaire se feraient face. A des degrés divers, la Révolution française et notamment l’épisode de la Terreur suscitèrent le rejet – partiel ou total selon les cas – des droites.

Dans cette perspective, « la Révolution peut être totalitaire. Le culte démocratique, liberticide. Et la modernité, nihiliste ». La droite contre-révolutionnaire, dont les figures de proue étaient Burke, Maistre et Bonald, s’opposait catégoriquement à l’œuvre révolutionnaire, laquelle pècherait par excès d’abstraction. La culture française de l’époque n’était pas propice à l’implantation d’un régime parlementaire. Toute « parlementarisation » et a fortiori toute démocratisation n’étaient pas envisageables, loin s’en faut.

Plus nuancée, ouverte à des évolutions mesurées devant in fine déboucher sur la mise en place d’une monarchie limitée pré-parlementaire, mais sans rechercher la démocratie, la droite libérale compta des penseurs de renom, tels que Necker, Constant, Staël, Tocqueville, Prévost-Paradol ou Aron. L’objectif n’était pas la sauvegarde de l’ancien régime, mais plutôt la mise en place d’un gouvernement modéré, d’une monarchie bourgeoise analogue à la monarchie de Juillet.

Longtemps, ces deux droites s’ignorèrent et demeurèrent irrémédiablement divisées, ce qui causa leur échec. A cet égard, comme le relève l’auteur, « l’exception française » consiste probablement en ce que le pays ne connut jamais de véritable « pôle conservateur » à même de faire pièce efficacement aux progressistes. L’auteur ne fait-il pas trop peu de cas de la droite bonapartiste ?

François Huguenin, Histoire intellectuelle des droites, Perrin, collection Tempus, 2013, 502 p., 11 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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