Essais
De Joseph Campbell au storytelling, comment distiller une histoire

De Joseph Campbell au storytelling, comment distiller une histoire

13 mai 2020 | PAR LouisChiffoleau

Joseph Campbell est un universitaire américain spécialiste de la mythologie comparée. Dans « le héros aux mille et un visages »(parution 1949), Campbell décrit ce qu’il nomme le monomythe, c’est-à-dire la théorie selon laquelle tous les mythes, légendes et contes du monde racontent dans leurs grandes lignes la même histoire. Avec ce livre d’après guerre les politiciens, les commerciaux, les vulgarisateurs ont découvert une méthode. Depuis ce livre ne cesse d’être utilisé comme un outil de construction de storytelling.

Mais à quoi nous servirait le mono-mythe de Campbell ?

Dans son livre « le héros aux mille et un visages » Campbell compare les récits bibliques ou bouddhistes aux contes et légendes des frères Grimm, du Japon, des Scandinaves, des Celtes, des Maoris, des anciens Egyptiens, des peuples précolombiens ou de divers peuples africains. D’après lui tout commence par un appel à l’aventure, que le héros peut accepter ou décliner. Pour l’homme qui aura accepté cet appel, un adjuvant (une aide surnaturelle) l’aidera au début de sa quête. Le premier seuil franchit marque la première étape qui le conduira aux premières épreuves. S’ensuivent différentes rencontres : la déesse, la femme tentatrice, démons joueurs… La finalité de cette aventure est avant tout de rendre cet héros meilleur. Aussi devra-t-il passer par le don de soi. Une forme d’apothéose.

Pourquoi parler de ce vieux livre maintenant ?

Que ce soit pour étouffer une affaire ou gonfler ses partisans. Le storytelling est le maître mot de notre temps : « Quand Robinson part, il ne part pas avec des grandes idées de poésie ou de récit. Il va dans la cale chercher ce qui va lui permettre de survivre. Du fromage, du jambon, des choses très concrètes » disait le président Macron durant son allocution pour le plan de la culture le 6 mai 2020. « Il y a dans l’enseignement de Robinson quelque chose de ce que l’on vit. Robinson quand le naufrage est là, il ne se prend pas les mains dans la tête en essayant de faire une grande théorie du naufrage. Sinon d’ailleurs nous n’aurions jamais écrit le récit de ses miracles. Il prend d’abord du jambon et du fromage mais il a en lui cette capacité à réinventer une histoire unique ».

En imaginant un enfant qui n’a pas encore lu Daniel Defoe, qu’est-ce qu’il comprendrait de ces récitals ? En soit, le monde de la culture doit s’armer d’une fonction utile et pragmatique pour survivre. Mais que comprendre de : « ne pas se prendre la tête sur la théorie du naufrage » ? L’art doit il délaisser son aspect didactique « de faire réfléchir » pour survivre?

Le héros de Robinson est ainsi transfiguré à l’idée politique de Macron. L’ « idéalisme pragmatique » est son interprétation du personnage, et, on ne peut pas en vouloir au président. Mais dans un idéal pragmatique (utilitarisme), à quoi bon écrire des livres ? À quoi bon, finalement, faire de l’art ?

Lire Joseph Campbell c’est une ouverture concrète sur la compréhension du storytelling. Il peut devenir une arme, mais reste une défense contre les ventes exécrables et les mauvais lobbies.

Des mythes à l’écriture d’histoire ?

A la rencontre de Joseph Campbell Christopher Vogler (scénariste et spécialiste des scénarios) écrira une méthode pour analyser la cohérence des scénarios. Travaillant chez Walt Disney, il rédige cette méthode qui est en fait un mémo de sept pages inspirées du « voyage du héros » de Campbell. Il le teste au cours de conférences et séminaires et le mémo devient plus tard Le Guide du Scénariste (paru le 07/09/2009 en France chez Dixit)

De Campbell à Vogler la création d’histoire:

De ça le monde du marketing, du commerce se l’arrachent. Ce qu’a posé J.Campbell amène la pierre angulaire des créateurs d’histoires du Youtuber au cinéaste, de la conception marketing à l’écriture de vente… jusqu’aux discours politiques.

Un exemple simple de storytelling qu’on retrouve dans Joseph Campbell:

Lire et comprendre le mono-mythe de Campbell c’est en soit apprendre à distiller les fondamentaux d’une histoire, jusqu’à comprendre, aujourd’hui, les lignes cachées d’un discours et d’un storytelling. C’est une méthode, une technique que nous n’avons pas tous besoins. Comme avec toutes les techniques des personnes seront de base plus douées que d’autres. La grille de lecture de Campbell donne cette vision de compréhension sur le monde de l’homme et ses mythes. Ainsi le livre n’est pas indispensable, mais c’est une ouverture et une dilatation du mythe utile pour améliorer tous les créateurs de contenu.

 

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