Essais
Daniel Riolo, Racaille Football Club

Daniel Riolo, Racaille Football Club

26 mai 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Daniel Riolo est journaliste. Depuis 2006, il co-anime l’émission « After foot » sur RMC. Il est déjà l’auteur de Secrets de coach, L’histoire du Paris Saint-Germain et Luis contre-attaque. Il vient de publier un essai corrosif intitulé Racaille Football Club, récemment paru aux éditions Hugo & Cie.

Daniel Riolo, Racaille Football ClubLA FRANCE BLACK/BLANC/BEUR
Le 12 juillet 1998, la France devint championne du monde de football après une finale de rêve face au Brésil de Ronaldo. Naturellement, la France était en liesse, on parlait alors de la France black/blanc/beur. Pour reprendre le sociologue Edgar Morin, il s’agissait d’« un moment d’extase nationale ». Cette victoire permit de célébrer l’idéalisation du modèle d’intégration français.

A cette occasion, le footballeur Zinédine Zidane, qui était d’origine algérienne, devint une icône et, à son corps défendant, un symbole. Depuis, toutefois, il y eut des nombreux échecs sportifs retentissants, notamment sous l’ère Raymond Domenech, si bien que l’on parle de plus en plus d’un véritable rejet des Bleus, c’est-à-dire de l’équipe de France de football.

KARIN BENZEMA, NOUVELLE STAR
La relève ne parait pas toujours à la hauteur de ses glorieux prédécesseurs champions du monde et d’Europe, loin s’en faut. D’origine algérienne, Karin Benzema, qui joue actuellement au Real de Madrid, est la nouvelle star du football hexagonal. Ses zélateurs sont nombreux. Pourtant, selon l’auteur, le génie du football français ne dirait rien et n’incarnerait rien. Pour preuve, il refuse même de chanter la Marseillaise et fait fréquemment des publicités avec en décor le drapeau algérien. Pour l’auteur, le cas Benzema serait emblématique de la génération actuelle.

ETAIT-CE MIEUX AVANT ?
Daniel Riolo défend l’idée que les codes ont sensiblement changé et que l’on ne défend plus les mêmes valeurs qu’il y a encore quelques années. Certains, comme Franck Ribéry qui est Français de naissance, se convertissent même à l’islam.

Désormais, il existerait une certaine uniformité : beaucoup de joueurs viennent en effet des banlieues et le mélange est rare. Il y a une course à la réussite individuelle et il n’y a plus d’esprit collectif. Pour eux, la France n’est qu’une étape, rien de plus. Il faut absolument aller à l’étranger pour réussir. Souvent, d’ailleurs, les footballeurs français se sentent bien à l’étranger et s’y comportent correctement. Le professionnalisme serait donc plus aisé à acquérir hors de l’Hexagone.

L’ISLAM SEMBLE ETRE LA PREMIERE RELIGION DE LIGUE 1
Pour l’auteur, l’islam serait la première religion de Ligue 1. A cet égard, Daniel Riolo rapporte les propos de l’ancien international français Fabien Barthez, lequel a autrefois déclaré que, « quand on rentre dans un vestiaire, on se croirait dans une mosquée ». La question, éminemment polémique, qui se poserait aujourd’hui serait celle de savoir s’il s’agit d’une vraie foi ou bien d’une mode.

LA SOLUTION : UNE FORMATION ANALOGUE A CELLE DE LA NBA
L’auteur observe que la tendance actuelle des clubs français est à la formation de footballeurs noirs et costauds. Il s’interroge sur la question des quotas, en laissant entendre qu’ils existent bel et bien. Daniel Riolo constate, par ailleurs, que les jeunes commencent très (trop ?) jeune leur formation et que l’argent apparait très (trop ?) tôt. Les centres de formation fonctionnent comme des microcosmes, en parallèle du monde réel. De surcroît, ils se caractérisent en France par la seule loi du plus fort.

Pourtant, il existerait d’autres voies. En effet, les Etats-Unis d’Amérique ont connu le même problème dans le basket-ball, avec le prestigieux championnat de la NBA. Aujourd’hui, tout est extrêmement réglementé et verrouillé. Les joueurs doivent respecter des codes très stricts en matière de tenue vestimentaire, de comportement et de mode de vie. La NBA a policé le comportement de ses joueurs. La discipline est, outre-Atlantique, de mise : par exemple, il est interdit de porter des sweatshirts à capuche.

Les multiples dérives du football français ont contribué à des évolutions assez sensibles. Depuis peu, on assiste à un recrutement de plus en plus régional des centres de formation. De plus, on insiste davantage qu’avant sur la personnalité des récipiendaires.

LA « FRACTURE SOCIALE »
L’ouvrage de Daniel Riolo est vraiment en phase avec le football actuel, ainsi que l’ont démontré les très récentes émeutes qui ont accompagné le succès du PSG en Ligue 1 au Trocadéro à Paris. Même s’il regorge d’argent, le football français connait de nombreuses difficultés.

D’un point de vue sociologique, l’ouvrage de Daniel Riolo est très intéressant, car il permet d’évoquer l’évolution du football. L’auteur fait état d’un problème de comportement, d’éducation. Pour reprendre une expression qui avait fait florès en 1995, il y a une véritable « fracture sociale » entre ce microcosme et le reste de la société. Cela serait particulièrement visible en ce qui concerne la perte de respect des joueurs face au drapeau, alors qu’à l’étranger on ne retrouve pas ce type de difficultés.

L’ouvrage de Daniel Riolo souligne les dérives du football français et l’influence extrêmement néfaste de l’argent. Il dénonce, entre autre, la passivité des instances sportives s’agissant de la réglementation des agents de joueurs et des centres de formation. On regrettera, cependant, le titre excessivement « racoleur » du livre…

Daniel Riolo, Racaille Football Club, éditions Hugo & Cie, avril 2013, 206 p., 16,95 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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