Essais

Crime et utopie, une nouvelle enquête sur le nazisme par Frédéric Rouvillois

Crime et utopie, une nouvelle enquête sur le nazisme par Frédéric Rouvillois

20 juin 2014 | PAR Jean-Paul Fourmont

Professeur de droit public à l’université Paris-Descartes, Frédéric Rouvillois, auteur de nombreux essais comme une histoire des best –sellers, publie une nouvelle enquête sur le nazisme.
[rating=4]

LE NAZISME ETAIT-IL UN PROJET UTOPIQUE
La thèse est audacieuse : le nazisme était un projet utopique au sens fort du terme.
Elle est audacieuse parce que nous avons tendance à exonérer l’utopie pour n’en conserver que la dimension émancipatrice en minorant les dérives, les erreurs, les meurtres qu’elle a aussi produit.

NAZISME ET UTOPIE
L’auteur essaie de démontrer que les nazis ont voulu bâtir l’utopie.
Ils auraient voulu : refaire l’homme par l’éducation, le travail et le sport, construire une cité réconciliée, unie et heureuse, tenter de la rendre éternelle.
Malgré leur coté délirant et paranoïaque, les nazis se voulaient rationnels.
Les nazis promettaient l’épanouissement d’un peuple élu, sinon comment expliquer l’engouement du peuple allemand.

UTOPIE ET COMMUNISME
L’auteur fait un parallèle avec l’autre totalitarisme du XX siècle : il n’y a pas d’utopie innocente,
de comprendre le « judéocide » massacre conçu et organisé comme la condition et l’une des finalités de cette utopie criminelle.
Le premier rapprochement est admis par beaucoup.
Le second est plus inédit, mais l’idée de l’utopie comme intrinsèquement porteuse de génocide s’impose à nous à la lecture de cet essai.

Cet essai nous montre le décrochage des nazis avec la réalité.
La méthode qui devait permettre de rééduquer les officiers et membres de la police allemande, insuffisamment préoccupés par… le problème des mouches.
Selon le mémoire établi par Himmler, les fautifs devaient être cloitrés, le temps qu’il faudra dans une salle où on aura mis des milliers de mouches et moustiques, et ils devaient rédiger chaque jour des dissertations exhaustives, par exemple » les mouches vecteurs de maladie ».
Ce programme délirant démontre la dimension utopique du nazisme.
Il y a parallèlement une proximité avec l’utopie, car on parle d’un espace coupé du monde.
Ce lien entre utopie et nazisme nous indique pourquoi la masse du peuple allemand a obéi au führer.
Pour le peuple allemand c’est un guide.
Comme l’affirme le professeur Rouvillois, peu importe que certains y allaient par intérêt.

Le fait que certains prêtres ne croient pas à la doctrine qu’ils professent, n’altère en rien le caractère religieux de cette dernière, il en est de même pour l’idéologie.
Cette étude est très complète, par exemple citant Himmler, il indique que celui-ci voulait après la guerre modifier le code du mariage, afin de rendre légale la bigamie.
Himmler estimait que le mariage est l’œuvre démoniaque de l’église, dont les lois sont immorales.
Pour Himmler, la bigamie serait pour les femmes stimulantes, afin de représenter pour le mari la femme idéale, rêvée, à l’image des actrices de cinéma.
En effet selon lui, un homme qui passe sa vie avec la même femme est obligé de la tromper.
Et comme ils n’ont aucun contact, leur union est stérile.
Des millions d’enfants dont auraient ainsi besoin les nazis, ne naissent pas.
En réalité, tout ceci est inspiré par Martin Bormann qui avait séduit une actrice de renom.
En conclusion l’auteur dit que pour se hisser à la perfection, le nazi doit prétendre à la pureté, et doit « briser tout ce qui lui rappelle sa condition initiale ».
Le nazi doit faire la « bête » et « accepter de se placer en dessous de l’humanité, et renoncer à toute moralité ».
C’est pour cela que dans les camps d’extermination, on dressait un molosse énorme qui bondissait dès que son gardien prononçait cette phrase » homme, attaque animal ».
Pour Himmler le candidat au paradis terrestre doit être « surhumain inhumain ».
Avec la rigueur du juriste, Frédéric Rouvillois nous livre un essai étincelant.
Nous sommes loin de Thomas More qui a écrit « utopie «, ce « saint médiéval » selon Bernard Cottret, que certains veulent que l’église catholique canonise.
Pour Thomas More l’utopie c’était une cité idéale, où il n’y aurait aucun enrichissement personnel, ni népotisme, et ou, les principes de Machiavel ne prospéreraient pas.
Malheureusement pour certains allemands, comme le rappelle (Nicolas Patin la catastrophe allemande 1914 -1935), 1945 fut un désastre, car l’erreur d’Hitler avait été de perdre la guerre et non de la déclencher.
C’est l’intérêt de Frédéric Rouvillois de permettre de réduire à néant ces idées néfastes.

Frédéric Rouvillois, Crime et utopie, éditions Flammarion, Février 2014, 351 pages, 23 euros.
visuel : couverture du livre

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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