BD
« Rita sauvée des eaux », une plongée salvatrice

« Rita sauvée des eaux », une plongée salvatrice

01 août 2020 | PAR Laetitia Larralde

Avec leur album Rita sauvée des eaux, Sophie Legoubin-Caupeil et Alice Charbin nous entraînent en Inde pour un récit sur la résilience qui nous laisse une impression paisible et lumineuse.

Quand le père de Sophie sauve Rita de la noyade dans la mer du Sud de l’Inde, il donne sa vie pour celle de la jeune indienne. On est en 1987, et sa femme, sa fille et son fils assistent à la scène qui bouleversera toute leur vie. Trente ans plus tard, Sophie décide de retrouver Rita pour donner un sens positif à cette tragédie qui a détruit sa famille. Mais ce n’est pas chose aisée car la belle-famille de Rita est puissante et tient au secret. Commence alors la reconstitution des évènements qui la mènera à la réappropriation de son passé.

Avec ce récit autobiographique, Sophie Legoubin-Caupeil cherche la sublimation de son expérience traumatique sur laquelle s’est construite sa vie. Bien qu’elle vivait heureuse avec son mari et ses enfants, elle ressentait le besoin de se confronter à cette partie de son passé pour se l’approprier. Ensuite, elle pourrait transmettre l’histoire à ses enfants, et reconstruire pour eux un grand-père qu’ils n’ont jamais connu.

Si on voit qu’elle est soutenue par sa famille, c’est avant tout une quête qu’elle doit mener elle-même, une plongée dans son histoire avec toutes les angoisses et les douleurs que cela peut impliquer. Connaître Rita, savoir si cette vie sauvée a été heureuse et bien remplie, c’est aussi faire son deuil et être enfin en paix avec cet épisode de sa vie. Et cette démarche s’avèrera également bénéfique pour Rita qui n’avait pas le droit de parler de l’accident. Les deux femmes vont se libérer mutuellement d’un poids qui les entravait.

Le dessin d’Alice Charbin est léger et poétique. Son trait d’encre fin, soit noir soit bleu selon l’époque évoquée, s’accompagne de crayon de couleur, avec des teintes très indiennes de bleu pâle, jaune, rose et orange. Les pages les plus belles sont sans doute celles où l’encre disparaît au profit du crayon de couleur, nous plongeant dans une ambiance à la fois solaire et douce. La mise en page est très fluide et joue avec les codes du genre. Entre le livre illustré, le roman graphique et la bande dessinée, les cases parfois se défont de leur cadre, parfois se mélangent librement au texte ou occupent tout l’espace de la page. De même, le choix de l’écriture manuscrite renforce l’idée de la quête intime.

Rita sauvée des eaux est un livre doux et poétique, qui prouve certainement que d’un drame peut naître la beauté, même trente ans après.

Rita sauvée des eaux, de Sophie Legoubin-Caupeil et Alice Charbin
176 pages – 22,95€ – Editions Delcourt

Visuels : ©Editions Delcourt

Antonio Grimaldi nous laissa bouche-bée au cours de la Haute Couture Online
Dans une tribune virulente, l’écrivaine Mazarine Pingeot fustige un féminisme « maccarthyste »
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *