Livres

A qui jeter la dernière pierre ?

24 août 2010 | PAR Yaël Hirsch

Marseillaise, et fondatrice des éditions « La BelleBleue », où elle publie ses entretiens avec de grands personnages du Sud, en cette rentrée, Agnès Olive publie chez Stock un premier roman d’adultère impertinent et vif. Les mots de « La mort naturelle » ricochent jusqu’à dessiner le beau portrait d’une maîtresse qui vit dans l’instant. Sortie le 18 août 2010.

Marie et Claire étaient inséparables au début de leurs études. Mais alors que Claire épouse Philippe, un journaliste comme il faut, lui fait deux enfants, et arrête ses études de lettres pour tenir une librairie parce que le nouveau roman la gonfle, Claire veut tout savoir de la vie, a une sexualité débridée et poursuit la curiosité littéraire jusqu’à devenir maître de conférence. Alors qu’elle s’est un peu lassée des expériences en tous genres, positions et intonations, Marie tombe un jour sur le mari de Claire dans la rue du Dragon. Un verre mène à un autre, à quelques larmes, au déjeuner et à l’hôtel le plus proche. Et comme à chaque fois, Marie coupable et téméraire tombe amoureuse de Philippe…

Dans un style bien spécifique, qui prend en étau la banalité de l’adultère entre des accents enfantins et un torrent de mots répétés, Agnès Olive dresse avec Marie un joli portrait de la femme que tout(e) un(e) chacun(e)rêverait d’être : une aventurière courageuse, qui ne rêve égoïstement que d’amour et de don pour l’amour et le don et sans jamais vouloir d’attaches, de couches-culottes, et de sécurité. Un joli monstre qu’on prend plaisir à découvrir dans son lit d’hôtel, page après page, au côté d’une narratrice qui de temps en temps et discrètement tire la couverture à elle.

Agnès Olive, « La mort naturelle », Stock, 185 p., 16.50 euros.

« Et puis Philippe a pas mal d’argent, il a un bon salaire maintenant, il est quand même l’un des journalistes les plus importants de l’un des quotidiens les plus importants. Je ne veux pas dire le nom du quotidien. Il vaut mieux pas, on sait jamais. Je préfère que tout ça reste discret. Je pourrais donner des indices mais bon, on va pas jouer au jeu des devinettes. C’est pas un jeu, c’est une histoire. J’ai une histoire à raconter. Je joue pas là. Je m’amuse pas. Je travaille moi. Je tape sur un clavier d’ordinateur toute la journée je frappe je clique je lis j’efface je coupe je colle je relis je supprime j’insère je retape j’affiche j’imprime j’enregistre je supprime, on dirait, je sais pas moi, on dirait une névrosée, on dirait une névrotique une psychotique une psychopathe, je sais pas moi, et tout ça pour raconter n’importe quoi, comme par exemple que Philippe est entré au journal comme journaliste politique… » p. 43-44.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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