Cinema

Sex and the city 2 tient ses promesses

03 juin 2010 | PAR Margot Boutges

On peut dire que Sex and the City 2 tient ses promesses. Et pas les meilleures ! Le matos était clairement annoncé par une promo que l’on qualifiera d’éloquente, à grands renforts d’affiches bling bling censées nous détourner de la grisaille du métro. On y aperçoit Carrie en Shéhérazade new-yorkaise, pailletée et diamantée de partout qui trace dans le désert affublée d’une robe de princesse glam et de chaussures d’échassier probablement équivalentes au PIB d’un pays du Tiers-Monde.  Sans compter les bandes annonces pas très franches du collier qui tiennent plus à la vitrine publicitaire pour grandes maisons (voyez plutôt) que du trailer.

Tout commence avec un mariage à la sauce Lady Di entre les deux meilleurs potes gays Stanford et Anthony. On assiste à une débauche d’ornements de mauvais gout, à un étalage de robes qui piquent les yeux, à des bassins de cygnes immaculés, à un concert de muscles, à la dépouille de Lisa Minenlli qui chante et danse sur Single ladies de Beyonce. Le ton est donné. Il va y avoir du lourd !

Le premier opus qui prolongeait mollement la série phare nous avait laissé avec nos quatre amies casées, à l’exception de  Samantha toujours à l’affut du bon coup du matin, du midi, du soir. On les retrouve en proie à des questionnements de femmes « installées ». Elles  méditent sur leur vie d’épouse, leur vie de mère pour Charlotte et Miranda ou leur vie de femme fraichement ménopausée pour Samantha qui carbure aux hormones pour préserver sa légendaire libido. Comme au bon vieux temps, elles n’en finissent pas de débriefer lors de déjeuners où elles promènent leur regard débridé (mais plus vraiment sarcastique) sur le monde qui les entoure (monde restreint à une certaine population détentrice d’un certain compte en banque). On retrouve surtout Carrie, l’héroïne écrivain s’interrogeant sur le choix qu’elle a fait de se laisser passer la bague au doigt par l’homme qu’elle aime. Quand la crise se profile (Mister Big serait plutôt du genre pantouflard à se faire livrer de la nourriture asiatique quand Carrie veut passer la nuit dehors), Samantha les invite à revenir à l’essentielle étincelle en profitant d’un voyage pro dans les émirats arabes unis. Tous frais payés ! Direction Abou Dabi où les attend une explosion de luxe. Et un débordement de too much. La visite de leur hôtel multi étoilé dure quatre plombes et elles se baladent en chameaux vêtues de Dior des pieds à la tête avant de siroter du champagne et de grignoter des macarons sous une tente montée en plein désert par une troupe de majordomes. Pour tenter d’introduire un peu de suspense à une trame déjà définie, les séances shopping se voient perturbées par le retour d’un ancien ex qu’on avait rangé au placard.

Il s’agit d’un film de filles, qui entend bien aborder des thématiques féminines. On a dit féminines et pas féministes ! La plongée dans les émirats arabes est l’occasion de découvrir un autre schéma féminin avec un regard d’une naïveté assez confondante. On est subjugué par une scène de confrontation entre femmes voilées et dévoilées. Sous les burkas des premières se cachent en fait les mêmes vêtements de haute couture que ceux de nos héroïnes new-yorkaises. Le message est pour le moins dérangeant : Toutes les femmes du monde sont au final habitées par le même rêve consumériste et aspirent au même rêve : devenir des femmes panneaux-publicitaires. Dans Sex and the city, l’uniformisation de la burka dissimule une uniformisation bling bling.

On est déçu de s’être ainsi éloigné de l’univers de la série qui, si elle flirtait inlassablement avec l’univers de la mode et du paraitre, conservait un vrai second degré sur le sujet (Carrie se retrouvait sans appart pour avoir acheté trop de chaussures dans la saison 4). Mais le cynisme et la distance se sont fait la malle, pour laisser place à la seule et unique superficialité et un regard vide de nuances. Les copines se sont installées dans leur mode de vie de princesses et n’en dérogent plus d’un iota. Hollywood n’a pas fait du bien à la fière équipe de copines. Leur saine ironie a laissé la place à pas mal de bêtise (même si le film est jalonné de petits instants de grâce un brin factices censés nous montrer qu’elles sont restées des femmes comme les autres). Et on sent une réelle fierté dans ce devenir. En atteste la première scène du film (drôle, comme le reste d’ailleurs) qui compare ce qu’étaient les copines à leur rencontre et ce qu’elles sont devenues aujourd’hui, à savoir des femmes lumineuses et accomplies. Elles n’ont pourtant pas changé. La seule différence entre le présent et le passé : Plusieurs milliers de dollars en plus sur les pieds et les épaules. On regrette aussi que Carrie ait pris de l’âge sans évoluer, que ses erreurs du passé ne lui aient pas servies. Elle est toujours prisonnière des mêmes dilemmes et ses réflexions stéréotypées sur l’amour (ou plutôt sur l’image que devrait revètir l’amour) agacent à force d’être limitées et répétitives.

Mais on rit toujours. Car l’impertinence et les situations folles sont toujours au rendez-vous. Et la complicité est intacte (bien qu’on puisse regretter que les personnages de Miranda et Charlotte soient relégués au rang de faire valoir des deux blondes.) Samantha est toujours savoureuse dans son rôle d’éternelle nympho et n’en finit pas de repousser ses limites. On adore la voir se battre pour ses capotes avec des religieux furieux. L’amitié entre les copines est toujours mise au premier plan. Et le compte-rendu final en voix-off, marque de fabrique de la série est toujours là, et sur du Cyndi Lauper, ce qui fait toujours son petit effet. Tout un versant de la série est donc sauvegardé. Aussi le public de fans devrait y trouver son compte. Et même pour nous qui ne fermons pas les yeux sur ce qui cloche, on l’avoue : on a passé un bon moment.

Le festival des compositeurs accueille « Les Marais Criminels »
Emmanuelle Béart présidente du jury à Deauville
Margot Boutges

2 thoughts on “Sex and the city 2 tient ses promesses”

Commentaire(s)

  • Ben je suis d´opinion que les films sont bien! Malgré tout il n´arrive pas à la série mais la série est unique et rien va jamais la supplanter!! Alors, Carrie On!!

    juin 10, 2010 at 9 h 27 min

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