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Au Nom du Père : le nouvel coup d’éclat d’Adam Price pour Arte

Au Nom du Père : le nouvel coup d’éclat d’Adam Price pour Arte

13 décembre 2018 | PAR Marine Sulitzer

Après Borgen, magnifique série politique qui explore les rouages du pouvoir danois, Adam Price revient sur le petit écran avec Au Nom de Père, étourdissant drama de 9 épisodes.

 

Le scénariste y aborde l’épineux sujet de la religion, et tout particulièrement de l’église évangélique luthérienne, qui rappelons-le, est soutenue par l’état et inscrite dans la constitution danoise. On y découvre le quotidien des Krogh, une famille de pasteurs depuis des générations. Johannes, le patriarche, semble un pasteur érudit et passionné. Ses deux fils, August, fils prodige à qui tout sourit, et Christian le mal-aimé turbulent qui se cherche, suivent le cour tranquille de leur vie. Jusqu’au jour au ce où tout fiche le camps. Le père est en réalité un alcoolique notoire, colérique et adultère, et les fils ne vont pas tarder à vriller sérieusement, avant de se trouver ?

La complexité des personnages est l’une des nombreuses qualité du récit. Johannes fascine par sa capacité à l’adorer et à le haïr. Son rapport avec Dieu est de l’ordre de la passion presque amoureuse, on le voit d’ailleurs embrasser le Christ sur la croix ou encore le couvrir de reproches. Exaspérant par son dogmatisme et sa misogynie, cette colère qui le consume, ces moments de errances hagardes et les prêches brulants qui en découlent sont les témoins attachants d’une humanité au abois, accablée par le poids d’un héritage familial trop exigeant. Il en est de même pour ses fils qui hurlent leur détresse à Dieu, faute d’un père à l’écoute, qui reste sans réponse. L’un s’engage comme pasteur en Irak, l’autre se lance dans un voyage au bout du monde, comme si les réponses du nouveau testament ne suffisaient plus. Cette quête initiatique, d’une profondeur inouïe, est le point d’orgue de la série tant les personnages en sortent transformés, pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Si les personnages féminins ne sont pas au centre de l’histoire, ils restent néanmoins déterminants dans le parcours des protagonistes. Elles sont des guides, des piliers dans le quotidien de la famille, et elles viennent rappeler au spectateur qu’une vie sans amour ne vaut rien. On parlera tout particulièrement de la prestation lumineuse de Ann Eleonora Jorgensen, l’épouse de Johannes, lumineuse dans son rôle de femme acculée de tous les côtés qui trouve refuge auprès d’une douce violoncelliste. Et que dire de l’incarnation de Lars Mikkelsen (frère de Mads) en ce pasteur fou de son Dieu sinon qu’elle force l’admiration.

Plus qu’une série sur la religion, Au Nom du Père est une réflexion bouleversante sur la famille, la transmission, et la quête de soi. Autant de sujets exigeants et complexes qu’Adam Price, tel un chef d’orchestre assemble et désassemble au rythme des battements de l’âmes du spectateur.

Tous les épisodes sont disponibles sur Arte.tv

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