Comédie musicale

L’instant lyrique de Natalie Dessay : let’s go to Broadway !

L’instant lyrique de Natalie Dessay : let’s go to Broadway !

13 décembre 2018 | PAR Paul Fourier

À l’Elephant Paname, la chanteuse revisitait lundi, la comédie musicale américaine. Elle était fort bien accompagnée d’Yvan Cassar (piano), de Gilda Solve et Neïma Naouri (chant) et de Benoît Dunoyer de Segonzac (contrebasse).

Il y a désormais deux décennies, nous découvrions une jeune soprano, juste incroyable, qui côtoyait les cimes suraiguës du répertoire lyrique dans Lakmé, la reine de la nuit et Ophélie. Après une carrière de star planétaire, fêtée de New York à Paris en passant par Vienne ou Milan, considérant avoir fait le tour des rôles qu’elle pouvait interpréter, elle prit le parti, un jour, de s’affranchir des lourdes contraintes du métier pour aller explorer de nouveaux horizons.
Elle se tourna alors vers le récital, le théâtre (le bluffant « Und » ou dernièrement « La légende d’une vie » au théâtre Montparnasse) ou décida d’accompagner Claude Nougaro, et depuis un bout de temps, son vieux complice, Michel Legrand.
Déjà familière du répertoire de la comédie musicale, elle y revenait lundi 10 décembre pour une promenade du genre, allant des années 30 avec Gershwin aux années 80, avec Cy Coleman.
Les nouvelles expériences de Natalie Dessay sont placées sous le signe du plaisir qu’elle donne au public tout autant qu’à elle-même. Retrouver la chanteuse épanouie, blagueuse – et parfois hésitante lorsqu’elle va sur des chemins qu’elle connaît moins – est déjà un bonheur en soi, tant la femme est devenue au fil du temps, une « copine » que l’on rejoint avec gourmandise, au gré de ses pérégrinations.
Il faut dire qu’elle est, ce soir, fort bien accompagnée par des pros du jazz (Gilda Solve et Benoît Dunoyer de Segonzac) et par sa fille, Neïma Naouri, prometteuse dans ce répertoire (« c’est moi qui l’ai faite » s’amusera-t-elle à dire). Le programme se partageait ainsi généreusement entre les différents artistes, permettant d’ouvrir le champ de possibles ponts entre lyrique et « musicals ». Bien sûr, la Dessay est en terrain connu en reprenant du Michel Legrand (notamment des extraits du magnifique oratorio « Between yesterday and tomorrow ») et en continuant d’accompagner le librettiste Alan Bergman (qui lui demanda d’enregistrer sur son album « Pictures of America » une chanson de Roger Kelleway et de lui-même).

« C’est triste, c’est mou, j’adore ! » dit-elle effrontée.

Cela ne l’empêche nullement, à l’occasion d’une superbe note filée, de rappeler que la soprano lyrique n’a rien perdu de ses qualités même en chantant Bernstein.
Au sein du trio de charme, dans une parfaite complémentarité pour les pièces plus virtuoses, elle laissera plus volontiers la prééminence à la belle voix jazzy de Gilda Solve pour s’affirmer et jouer avec les gammes et, pour ce qui demande plus de coffre, elle se fiera à Neïma Naouri.
En solo, la première fera notamment un clin d’œil au Franck Sinatra de Las Vegas, pour un extrait de « Guys and dolls ». La seconde reprendra à son compte, la complainte vitaminée de City of angels (« What you don’t know about women »).
Quant à l’accompagnement instrumental, il ne sera pas en reste. Yvan Cassar (dont l’étourderie conjuguée à celle de Natalie Dessay produira quelques effets comiques) se fondra finalement plutôt bien dans un répertoire qui lui est moins familier et en profitera pour illuminer la “Rhapsody in blue”.
La combinaison du piano d’essence classique avec la contrebasse du talentueux Benoit Dunoyer de Segonzac en rajoute à la fête, si à propos en cette période de fin d’année qu’on aimerait aussi légère que l’ambiance dans la salle.
On se délecte ainsi des morceaux célébrissimes de « West side story », de Stephen Sondheim (« Send in the clowns », « You could drive a person crazy »), de Georges Gerswhin (« I got rythm ») ou du « There is no business like show business” qui semble résumer, à lui seul, l’histoire du musical.

À côté de ces chefs-d’œuvre du genre, il faut également saluer l’opportunité de nous faire entendre des pièces moins connues de Burton Lane ou de Roger Kelleway.
Faisant une infidélité à la langue anglaise, Natalie Dessay finira en beauté avec Nougaro, puis Legrand encore, et “L’écran noir de mes nuits blanches”.
On retient ainsi de ce concert à plusieurs, la richesse d’un répertoire large et amplement méconnu en France et le fait d’avoir rassemblé des artistes aussi divers pour en éclairer toutes les facettes.

Natalie Dessay est l’architecte de cette réussite. Elle continue de nous charmer, plus intimement désormais, avec son parcours devenu très personnel et finalement très riche. Cette soirée américaine était une nouvelle preuve de cette belle générosité.

© Paul Fourier

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Paul Fourier

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