Cinema

La sauvagerie du supermarché -Zombie

La sauvagerie du supermarché -Zombie

19 décembre 2017 | PAR Pierre Descamps

Avec Zombie, Georges Romero élargit la vision politique de son cinéma initié par le très sérieux La nuit des morts vivants en ajoutant une dimension ludique et gore à son film. Le film sera censuré 5 ans en France (pour cause d’incitation de pillage des supermarchés!) et sera un des nombreuses sources d’inspiration pour de nombreux réalisateurs dont Bertrand Bonnello qui est venu s’exprimer sur le film à la Cinémathèque Française. Projeté en version européenne, le film aura le droit à une nouvelle séance pour Noël le samedi 23 décembre à 22 H en version américaine.

L’humanité est devenue dénuée de sens. Les vivants sont déjà morts. Nous sommes tous devenus des zombies. Sur un postulat de base alléchant, il n’y a plus de place pour la réflexion ou pour l’analyse. Il est déjà trop tard, la pulsion a pris le dessus. Il faut donc s’entre-tuer pour survivre, pour ne pas se faire contaminer et devenir un zombie. Mais ils sont trop nombreux, il vaut mieux ne pas trop roder dans le coin.

Mais où s’abriter? Où donc aller pour fuir la catastrophe ou pour survivre dans ce monde apocalyptique? Faut-il construire un abri anti atomique comme les survivalistes aux États-Unis?

Il existe un lieu pourtant où vous serez accueilli comme il se doit. Un lieu ouvert à tous, accueillant et calme, un lieu où toutes vos pulsions seront assouvies, un lieu de luxe et de bien être. Bienvenue au centre commercial!

Votre rêve est devenu réalité! Ce grand magasin est disponible pour vous seul. Vous avez désormais le pouvoir matériel illimité, vous êtes un Dieu de la consommation. Prenez donc ce beau manteau! Et cette belle poêle à frire! N’oubliez pas de prendre 3 paquets de céréales, ils sont offerts par la maison! Ne vous réveillez pas trop vite, vous risquez de rater la dernière promotion sur les lasagnes de cheval!

Mais tout rêve a une part de cauchemar. Vous n’êtes pas le seul à vouloir accéder au paradis, c’est un idéal pour tous que nous vous proposons. Alors dévorez vous entre vous, la place est limitée dans le supermarché. Il faudra lutter pour la conserver cette place, entre-tuer vous! Les jeux sont désormais ouverts!

Rassurez vous, vous êtes bien confortablement assis dans votre fauteuil de cinéma. Tout ce que vous voyez n’est que fiction, toute ressemblance avec la réalité ne serait que fortuite (à part pour les lasagnes de cheval).

Les zombies ne sont que des créatures ragoutantes qui explosent avec du sang couleur ketchup. Ils ne sont pas comme nous, ils sont dénués de toute conscience et se comportent au delà de l’animalité. Ils sont prêts à s’écraser entre eux un jour de Black Friday pour profiter de la meilleure promotion sur le nouvel Iphone. Pardon, je divague, parlons un peu du film.

Le questionnement de Romero ne se limite pas à notre mode de consommation mais il se pose la question de la réorganisation des espaces. Comme tout bon film de survie, les héros doivent s’adapter à leur environnement et donc apprendre à vivre dans ce gigantesque espace commercial. Il faut récréer un nouveau monde à l’intérieur de ce monde.

Bien sûr, les héros se laissent contaminer par le mode de consommation que propose le supermarché. Certains souhaitent le confort matériel, d’autres l’idéal de beauté que propose le rayon maquillage du super marché qui est malheureusement un idéal de mort, un subterfuge diabolique. Le risque de se transformer en poupée est bien réel…

Ce magasin produit du jeu, de l’amusement. On se rappelle tous des bornes d’arcade quand on était gosses ou des ballons de foot qu’on tapait à grand coup de pied dans le magasin. On assiste à une vraie infantilisation de la société. De cet irréel surgit donc un peu de rêve. Mais du rêve déconnecté de la réalité donc un étouffement se fait sentir au fil des jours.

De cet enfermement dans ce supermarché surgit l’enfer. Les Zombies reviennent sur Terre car il n’y avait plus de place en Enfer. Les pulsions de ces êtres sont magnétisés par les pulsions du centre commercial.

Chez l’homme surgit l’instinct de propriété. Comme Rousseau l’avait écrit, la propriété est le pilier de la civilisation humaine mais aussi la source de tous les conflits. De l’enfermement dans le supermarché naît aussi le besoin de conserver ce lieu, de le protéger. Le supermarché est un animal qui dévore les hommes.

Aujourd’hui, les choses sont encore plus compliquées, plus troubles. Dans le film de Romero, il y’a encore un espoir de révolte.

Bonnello décrit son film Nocturama comme un miroir de Zombie, c’est à dire que les héros (ici des terroristes) sont absolument seuls dans un immense magasin. Un jeune terroriste de 18 ans se retrouve en face d’un mannequin. Ils sont habillés de la même façon. Ces jeunes même dans l’illégalité sont déjà absorbés dans la société qui les entoure.

Notre époque est désormais plus paradoxale que celle du film Zombie de Romero.

N’oubliez pas de poser un like si la critique vous a plu et partagez la dans ce grand supermarché qu’est Internet …

Crédit images
itkannan4u
affiche du film

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La dernière bande jubilatoire de Philippe Caubère à l’Athénée.
Pierre Descamps

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