Cinema

Rétrospective Georges Romero-  Retour sur la conférence de Vincent Malausa et La nuit des morts vivants

Rétrospective Georges Romero- Retour sur la conférence de Vincent Malausa et La nuit des morts vivants

15 décembre 2017 | PAR Pierre Descamps

Après avoir ouvert la rétrospective par le film Incidents de Parcours, la Cinémathèque Française poursuit son hommage à Georges Romero avec la conférence de Vincent Malausa (critique aux Cahiers du Cinéma) puis par le visionnage du premier film de Romero intitulé la Nuit des morts vivants.

Le cinéma de Georges Romero a nourri de multiples œuvres, il est essentiellement connu pour ses films de zombies mais il n’y a pas fait que cela. Il a réalisé aussi Incidents de parcours ou There’s always Vanilla ( film qu’il a ensuite renié). Il a surtout fait son film le plus personnel Knightriders mais qui a hélas eu peu de succès après du public.C’est malheureusement le cas pour la majorité des réalisateurs. Le film relatait l’histoire d’un groupe de motards (unis comme une famille) qui entre-déchireraient pour prendre le pouvoir.

Un cinéma libertaire et contestataire 

Ce film dévoile toute la vision politique libertaire de Romero qui a toujours fait un cinéma de dé-conquête, contrairement aux autres films de l’époque qui cherchaient à reconquérir le prestige des USA surtout après la guerre du Vietnam. C’est un véritable cinéma de genre avec beaucoup d’inspirations de bande dessinées et de la science-fiction des années 1950. Georges Romero est un cinéaste qui a souvent fait des films modestes au niveau financier, il a connu cependant des moments de gloire dans le début des années 1980 où il a pu disposer de davantage de budget.

Avec Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse) ou Wes Craven (Scream), il a fait partie de cette culture pop contestataire aux Etats-Unis qui a fait le bonheur des propriétaires de vidéo-club des années 1970.

La clé de compréhension de la Nuit des morts vivants se situe dans le contexte de l’époque. Les Etats-Unis ont connu une période agitée avec la guerre du Vietnam et la déconstruction de tous ces idéaux de sociétés. Dès le début du film, le drapeau américain flotte fièrement mais il sera décomposé au fur et à mesure de celui-ci. L’horreur s’est introduit au Vietnam mais aussi dans le quotidien des américains et notamment par le biais des médias et de la télévision. Romero fait ici dans son film une collusion entre l’horreur traditionnelle et l’actualité d’un pays qui est en décomposition.

L’horreur est dans le foyer 

Dans le foyer (représenté par une maison dans le film), l’horreur est donc là avec les angoisses perpétuelles du petit écran où les infos sont recrachées, où les médias sont en panique et agite toutes les catastrophes du monde. Cela augmente l’effet d’immersion du spectateur qui est tiraillé par ce qu’il a vécu et par les images qu’il perçoit, qu’il décode. On retient aussi l’allusion à la course à l’armement de la guerre froide ainsi que le mensonge politique, ces hommes passent à la télé et se contredisent devant les spectateurs devant cet immense conflit en mélangeant leurs informations et leurs sources.

Ici, la télévision et la radio sont également les 2 intermédiaires du monde réel, sans eux on est coupé des autres. Contrairement à Carpenter qui travaille sur le mal abstrait, c’est la violence intérieure qui passionne Romero. Cette violence domestique montre les fractures de la civilisation et la crainte que celle-ci bascule dans la barbarie, dans le massacre inconscient. La guerre devient folle quand elle ne se met plus seulement à tuer des soldats mais des civils, quand on arrive plus à faire de distinction entre des zombies et des êtres humains dans le film.

Georges Romero nous met devant un dilemme pour se sauver de ses zombies et de cette situation de guerre: que faut-il faire? Rester chez soi et mettre des barricades (voire des œillères au monde dans lequel nous vivons) ou partir à la guerre face à l’inhumanité, au combat inespéré? Y’ a t-il véritablement une bonne solution à prendre dans tout cela?

Le film est aujourd’hui un classique du cinéma par les thématiques qu’il aborde mais aussi par la beauté de ces images en noir et en blanc. Des plans dynamiques rythmés par une musique stressante impeccable mettent le spectateur sous tension. Un classique à voir et à revoir!

(On remerciera ici Vincent Malausa pour la qualité de sa conférence qui permet de saisir parfaitement les enjeux du film!)

Crédit Image : Affiche du film

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Pierre Descamps

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