Cinema
Première mondiale à Rome pour « Il Peccato », le nouveau film d’Andreï Konchalovsky !

Première mondiale à Rome pour « Il Peccato », le nouveau film d’Andreï Konchalovsky !

29 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Toute la culture était à Rome pour la première mondiale de Il Peccato (Le péché), nouveau film du réalisateur Andreï Konchalovsky qui doit bientôt arriver sur nos écrans ! Projeté à la 14ème édition de la Festa del cinema di Roma, le long-métrage parle du monde de l’art à travers le célèbre sculpteur, peintre et architecte Michel-Ange, en mettant en avant de l’homme avant la création

Michel-Ange est avec son père et son frère. Ils parlent d’argent, le débat est houleux, l’artiste s’énerve sur sa famille, dénonçant leurs dépenses qu’il juge déraisonnables comme d’un péché proche de la luxure. Cette première scène annonce d’emblée la manière dont le film est construit, offrant de très beaux plans fixes qui reprennent des compositions proches de celles de la peinture, avec des clairs-obscurs, et des plans rappelant les scènes de genre du XIXème siècle. Le sculpteur est à table avec les hommes de sa famille. Les couleurs sont portées par les tons marrons, ocres et rouges, les hommes discutent et se disputent, les bords de la pièce couvrent le cadre de l’image. Le cinéaste ne veut pas faire le portrait de Michel-Ange comme artiste. Pourtant, il fait des résonances entre la pose des personnages joués, et les figures sculptées de Michel-Ange, comme un plan montrant la tête du Christ mort de la Piétà, qui évoque celle de son élève assassiné. Alberto Testone joue avec brio un Michel Ange avide d’argent, mais aussi nerveux, négociant frénétiquement les tailles des pierres qu’il souhaite utiliser pour sculpter, ou encore prenant en main certaines situations quotidiennes, comme quand un de ses confrères accable sa fille d’être tomber enceinte sans avoir été mariée. Grâce à son autobiographie et toutes les archives le concernant, la vie de Michel-Ange est bien connue. Le cinéaste a donc choisi la période de la création du Moïse, vers 1510 pour filmer la Rome vécue par l’artiste. Pour ne pas recréer la Renaissance comme un exotisme, le cinéaste met l’accent sur l’univers olfactif. En regardant Il Peccato, on sent les odeurs des boucheries situées à même la chaussée, les viandes pendantes dans les rues de la ville que traverse Michel Ange, mais aussi l’odeur de renfermé qui émane de la chambre de l’artiste quand celui ci s’y enferme pendant trois jours.

Dans Il Peccato, aucun plan ne montre l’artiste au travail. Le parti pris est radical mais intéressant car la création artistique a rarement été abordée sous cet angle. Le film tend à montrer tout ce qui entoure la création et impacte sur elle, sans montrer la production physique d’une œuvre. À la place, le cinéaste représente les rivalités politiques entre les deux familles mécènes de Michel Ange, les Médicis et les Della Rovere, ou encore les compétitions entre les artistes de l’époque, comme au début du film quand le sculpteur travaille dans La Chapelle Sixtine. Le Conseil papal arrive : les délais sont trop longs, Raphaël risque de prendre le relais : ce dernier, richement vêtu, arrive en prince face à un Michel-Ange médusé qui refuse de laisser sa place ! Les spectateurs ne voient pas l’artiste travailler, mais voient les mains sales, les vêtements pleins de poussière à cause du marbre. Le grand point fort du long-métrage est l’accent porté sur le travail d’extraction du bloc de pierre, point de départ de la réalisation d’une sculpture. Dans la carrière de Carrara, ville de Toscane au Nord de l’Italie (à 375km de Rome!) qu’il choisit pour la qualité du marbre qu’il juge meilleure, le spectateur voit Michel Ange négocier la coupe, le prix du bloc. Surtout, Il Peccato est un des très rares films où le public voit les petites mains de la création, les ouvriers qui travaillent dans la carrière de marbre et grâce à qui un bloc est extrait puis amené jusqu’à l’atelier, car une fois que l’œuvre est finie, on ne se rend plus compte de toute l’organisation du travail réalisé en amont. 

Montrer un monde de l’art qu’on ne voit jamais est donc l’enjeu audacieux du long-métrage qui met aussi l’accent sur le rôle des commanditaires. Comme l’artiste signe l’oeuvre, il est considéré comme le créateur, en laissant derrière lui une impression d’exécution totale. En réalité, et surtout à cette époque, un tableau ou une sculpture dépend d’une commande faite à l’artiste. Dans le film, on voit les commanditaires payer, décider le sujet, hurler sur Michel-Ange : la commande de la tombe du Pape Jules II, qui accueille le célèbre Moïse, est en retard ! L’artiste supplie d’obtenir plus d’argent et plus de temps, mais la grande famille des Della Rovere, qui a commandé l’oeuvre, est pressée car la concurrence avec les Médicis fait rage ! Les cahiers des charges étant parfois très denses, la place de l’argent y est centrale, or en France, elle est généralement peu évoquée en histoire de l’art. Plus le prix de la commande sera élevée plus les matériaux seront nobles, et plus les formats pourront être grands. Michel Ange n’ayant que des grands mécènes, il peut se permettre de choisir la carrière de Carrara. Le film montre cette pression exercée par le client ainsi que l’aspect financier, et ce dès l’ouverture du film quand Michel-Ange, qui vivait dans un mode de vie très économe, reproche à son père et son frère leurs dépenses jugées excessives.

On aurait aimé voir Michel Ange sculpter, et comprendre sa manière de travailler, bien que la reconstitution historique, tant sur le décor que sur le contexte, soit la plus aboutie. Mais même si ce film ne le montre pas, peut-être amènera-t-il une nouvelle manière de représenter le monde l’art, car il donne accès à des coulisses rarement tournées comme sujets centraux d’un synopsis. À voir dès qu’il sera distribué en France ! 

 

 

Visuel : ©The Andrei Konchalovsky Studios

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2 thoughts on “Première mondiale à Rome pour « Il Peccato », le nouveau film d’Andreï Konchalovsky !”

Commentaire(s)

  • Viano

    Quelques fautes d’orthographe, la meilleure : « les mains salles » …… culture, culture quand tu nous tiens !

    octobre 15, 2020 at 13 h 57 min
    • Merci infiniment pour votre relecture attentive, c’est précieux et adorable ! N’hésitez pas !
      Amitiés

      octobre 15, 2020 at 15 h 19 min

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