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Premier Festival du film Slovène : retour sur une programmation ambitieuse

Premier Festival du film Slovène : retour sur une programmation ambitieuse

02 octobre 2022 | PAR La Rédaction

La première édition du Festival du film slovène, organisée par le Centre du film slovène et l’Ambassade de Slovénie en France entre le 29 septembre et le 2 octobre au cinéma Les 7 Parnassiens à Paris, est une révélation et une réussite.

Par Hannah Starman

Pour lire notre article sur les courts présentés au festival, c’est ici.

Un programme ambitieux – cinq long-métrages, quatre court-métrages et de nombreux échanges avec les équipes des films – introduit au public français le fleuron du cinéma slovène contemporain, ainsi que son patrimoine cinématographique classique. Pour cette première édition, les organisateurs ont clairement sorti l’artillerie lourde, mais Nerina Kocjancic, la responsable de la promotion du film slovène à l’étranger auprès du Centre du film slovène, nous assure que « la même qualité sera maintenue pour les prochaines éditions du festival. »

Dans la sélection, nous retrouvons la version restaurée du légendaire film de guerre La Vallée de la paix qui a apporté à John Kitzmiller la Palme d’Or du meilleur acteur en 1957, récompensant ainsi pour la première fois dans l’histoire du cinéma un acteur noir (il a fallu attendre 1964 pour l’Oscar de Sidney Poitier). Depuis 2016, La Vallée de la paix est aussi le seul film slovène inclus dans le programme de la section Cannes Classics. Nerina Kocjancic défend son choix : « C’est un film antiguerre qui est tout à fait d’actualité et il a toute sa place dans la programmation. »

Panorama du cinéma slovène d’aujourd’hui

Pour présenter le cinéma slovène contemporain au public français, les organisateurs ont fait le double pari de montrer des films récents (2020/21) ayant déjà fait leurs preuves dans les festivals et de mettre en avant des réalisatrices émergentes.

Deux films programmés pour cette édition du festival ont été soumis aux Oscars pour le meilleur film en langue étrangère, Sanremo en 2021 et L’Orchestre en 2022. Le court-métrage Sœurs a remporté le Grand Prix International au Festival du court de Clermont-Ferrand en 2021 et deux autres courts, La vie sexuelle de mamie et Steakhouse, ont été récompensés par des prix et mentions spéciales du jury aux Arcs et à Annecy.

Cinq films sur neuf ont été réalisés par des femmes, dont quatre court-métrages primés dans des festivals en France. C’est également le cas du long-métrage Salope, terme péjoratif pour une femme, une comédie romantique qui a séduit le public slovène et français. Liza Japelj-Carone, chargée de culture à l’Ambassade de Slovénie en France, partage ses impressions après la projection : « C’est un film authentique, naturel et léger, comme on en voit peu dans le cinéma slovène. Un vrai régal ! » « Eva [l’héroïne de Salope] est perdue et en vient à des actes extrêmes, mais elle emmerde et fait un doigt d’honneur à chaque personne qu’elle croise et son attitude me plaît, » sourit l’actrice Liza Marijina avec affection pour son personnage.

La production cinématographique slovène a beau être modeste (une dizaine de longs-métrages par an), elle est qualitative et variée. « Nous avons aujourd’hui, pour la première fois, de très bons réalisateurs et réalisatrices, toutes générations confondues, de 25 à 65 ans, et ça change tout, » nous explique Matevž Lužar, le réalisateur de L’Orchestre et président de l’Association des réalisateurs slovènes. La programmation qui nous est proposée reflète cette diversité de thèmes, genres, époques, paysages, voix, musiques et couleurs et elle offre aux spectateurs la quintessence d’une « slovénitude » décomplexée, cafardeuse, fraiche et auto-dérisoire.

De grandes interprètes incarnent des héros quotidiens

Dans une maison de retraite, un vieil homme souffrant de démence renouvelle chaque jour sa romance naissante avec une vieille dame qui, elle aussi démente, le redécouvre chaque matin au petit-déjeuner. Toute l’intimité tissée la veille est perdue et l’éternel replay de la première rencontre est aussi poétique que mélancolique. Dans une colocation, trois jeunes artistes rament entre la quête de sens, les rails de cocaïne, l’envie de partir et des projets artistiques aussi bizarres que nauséabonds. Dans une cité, une prostituée transsexuelle sauve d’un viol un garçon manqué à la poitrine bandée, et dans un autocar, les membres d’une fanfare boivent, chantent et reboivent encore.

Des vies précaires, noyées dans l’alcool, animées par la violence ou encore obscurcies par l’oubli, des relations éprouvées à chaque instant par une existence dont le champ ne fait que rétrécir, un héroïsme quotidien sans éclat et sans prétention, un humour grinçant, un amour-haine du pays et un espoir malgré tout sont relatés à travers ces « petites » histoires qui, pour ne pas basculer dans le cliché, demandent un grand jeu.

Les acteurs, professionnels et amateurs, sont au rendez-vous. Qu’il s’agisse de discuter le prix du bœuf, vomir sur la moquette après une soirée bien arrosée, s’extasier devant des organes génitaux atteints de maladies vénériennes, casser un nain de jardin à coup de massue ou se torturer à l’idée de nourrir son chien mort depuis trente ans, les interprètes livrent un jeu fin et juste, toujours avec une teinte d’humour qui s’ignore.

« Dans L’Orchestre, la moitié des acteurs sont des amateurs. Ce sont de vrais musiciens qui jouent dans un vrai orchestre et ils décoiffent, » révèle Matevž Lužar en sirotant sa bière. « Il y a un côté retro, une ambiance qui évoque les anciens films yougoslaves. Les Chinois adorent. » L’équipe de Sœurs est composée presque exclusivement d’amateurs, seule une actrice est professionnelle.  » La réalisatrice Kukla explique son approche : « Nous avons tourné le film en quatre, cinq jours, mais avant de tourner, nous avons passé trois mois à faire tout ensemble : manger, écouter de la musique, danser, tout. Je cherchais des personnalités, pas des acteurs. »

Attachants et exaspérants, perdus dans l’univers connu, au sens propre et figuré, les héros et les héroïnes de ce cinéma slovène contemporain hurlent, vitupèrent, soupirent et chuchotent leur désir de quitter ce « trou du cul du monde » qu’est la Slovénie, tout en s’inventant mille excuses pour y rester. L’expression locale « vukojebina » signifie littéralement « le baisodrome des loups » et Dieu sait que les Slovènes sont attachés à leurs loups !

A quand le prochain festival ? 

Après cette première édition très réussie du Festival du film slovène, on ne souhaite qu’une chose : une deuxième édition. Nerina Kocjancic est optimiste : « La production cinématographique slovène n’est probablement pas suffisante pour organiser un festival annuel, d’autant plus que l’on ne veut pas compromettre le niveau de qualité que nous nous sommes imposé, mais un festival bisannuel me semble parfaitement envisageable. »

Autour de la table d’un café montparnassien, le fleuron du cinéma slovène boit de la bière et discute de tout et de rien. Je pose la question de l’avenir. « Pourquoi faut-il toujours avoir des projets? Et si l’on n’en a pas ? » s’interroge Liza Marijina. Le directeur de photographie de L’Orchestre, Simon Tanšek, fait un geste au serveur : « Garçon ! Encore une tournée ! »

Visuel (c) photo de L’Orchestre

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La Rédaction

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