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L’étrangère de Feo Aladag, la bataille d’une femme d’origine turque pour garder son enfant

L’étrangère de Feo Aladag, la bataille d’une femme d’origine turque pour garder son enfant

22 mars 2011 | PAR Yaël Hirsch

La comédienne autrichienne Feo Aladag est passée derrière la caméra pour filmer l’émouvante histoire d’une femme obligée de fuir son mari et sa famille pour garder son fils. Avec la merveilleuse Sibel Kekilli (Head On, de Fatih Akin) dans le rôle principal, L’étrangère a déjà été plebiscitée par les publics de nombreux festivals (Premiers Plans d’Angers, Meilleur film au Festival de Tribeca 2010, Meilleure actrice aux german Films Awards). A découvrir le 20 avril en France.

Umay (Sibel Kekilli) quitte Istanbul du jour au lendemain avec son fils, Cem, pour protéger celui-ci des accès de violence de son père. Elle rentre chez ses parents à Berlin où elle est accueillie avec à la fois beaucoup de chaleur et de circonspection. Lorsque Umay annonce officiellement aux siens qu’elle ne rentrera pas à Istanbul auprès de son mari, son père est effondré et ses frères deviennent violents : dans la tradition turque, une femme appartient à son mari et ne peut le quitter sans jeter l’opprobre  les siens. Le dernier recours pour le père (impressionnant Settar Tanriögen), déchiré entre son amour inconditionnel pour sa fille et l’honneur de sa famille, est de rendre son fils au mari de Umay. Pour ne pas perdre son enfant, Umay est obligée d’appeler la police berlinoise qui vient en plein nuit la sortir des griffes de sa propre famille et la mettre dans un foyer pour femmes. Umay trouve bientôt un emploi et même un petit ami. Mais sa famille lui manque terriblement…

Très joliment filmé entre Istanbul et Berlin, « L’étrangère » scrute les émotions de manière extérieure. Umay est omniprésente, mais ses réactions de femme blessée demeurent pour le spectateur parfaitement imprévisibles. En face, la figure du père équilibre  les tourments de la fille : pour elle, il met en doute tous ses repères. Dans ce rôle, Settar Tanriögen est grandiose. A côté, la mère (Derya Albora)  et surtout les frères représentent plus simplement et avce une violence nue  la voix de la communauté. « L’étrangère » n’est pas un « autre film » sur des immigrés turcs. L’héroïne est plutôt bien intégrée en Allemagne, ses parents ont un train de vie convenable, tous parlent allemand et les jeunes générations ont des amis allemands. C’est sur les conflit d’honneur au sein de la famille que se concentre le film. Et sur ce point, la grande force de « L’étrangère » est d’éviter tout manichéisme : Umay n’est pas simplement un personnage de femme sacrifiée sur l’autel  de la famille : elle aussi leur fait du mal, car dans sa famille l’amour combat avec violence contre les lois mortifères de l’honneur. D’autre part, si Feo Aladag se concentre sur une ethnie, elle  montre bien que le code de l’honneur n’est pas uniquement lié à la loi musulmane.  Le message du film prend alors une perspective universelle.

« L’étrangère », de Feo Aladag, avec Sibel Kekilli, Tanr?ö?en, Derya Albora, Nizam Schiller, Florian Lukas, Ufuk Bayraktar, Nursel Köse, Tamer Yigit et Serhad Can, Allemagne, 2009, 1h59. Sortie le 20 avril 2011.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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