Cinema
Ken Loach refuse un prix au festival de Turin

Ken Loach refuse un prix au festival de Turin

29 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Ken Loach est grand. Peut-être bien plus grand encore que son oeuvre cinématographique. En refusant le prix que souhaitait lui accorder le festival du film de Turin par solidarité avec des employés chargés du nettoyage et de la sécurité du Musée national du cinéma de la ville, le réalisateur britannique , connu pour son oeuvre sociale et ses positions très à gauche, associe une nouvelle fois les paroles aux actes.

«C’est avec grand regret que je suis contraint de refuser le prix que m’a accordé le festival du film de Turin», a écrit le cinéaste dans une lettre envoyée par son distributeur italien BIM film.

Plus encore que le cinéaste, c’est avant tout l’homme Ken Loach qui s’est exprimé par l’intermédiaire de ce refus ô combien symbolique : «Il est injuste que les plus pauvres payent pour une crise économique dont ils ne sont pas responsables », assure t-il avec un humanisme véritable. «Comment pouvais-je ne pas répondre à une demande de solidarité de la part de travailleurs qui ont été licenciés pour avoir défendu leurs droits? Accepter le prix en faisant juste quelques commentaires critiques aurait été faible et hypocrite». Le réalisateur de Land and Freedom (1995) et de My Name Is Joe (1998), qui devait recevoir à cette occasion un prix venant célébrer l’ensemble de son œuvre, dresse une analogie évidente entre la situation des employés turinois et celles de ses personnages dans Bread and Roses (2000), réalisation qui évoque le combat de deux employés de nettoyage mexicain à Los Angeles.

A la demande des distributeurs, la projection au festival de son dernier film, La part des Anges, a été annulée. Alberto Barbera, directeur du Musée et directeur artistique de la Mostra de Venise, a déclaré «tomber des nues ». Ami de longue date de Ken Loach, il estime que le réalisateur a « fait une erreur grossière, il se trompe de cible», a-t-il dit. Le conflit social qui opposait la société aux employés est une véritable sinécure, « une erreur grossière » de la part de Ken Loach.

Avec ce refus, le cinéaste ne viendra donc pas garnir son palmarès avec un nouveau trophée, lui qui a a déjà récolté cette année le Prix du jury à Cannes pour La Part des Anges, ainsi que le Prix Lumière, remis par les mains rugueuses de l’ancien footballeur Eric Cantonna pour son Looking for Eric.

Visuel (c) : affiche de La Part des Anges de Ken Loach

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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