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Jérôme Baron : « Le Festival des Trois Continents veut remettre au centre la question du spectateur qu’on est et de celui que l’on peut devenir » [Interview]

Jérôme Baron : « Le Festival des Trois Continents veut remettre au centre la question du spectateur qu’on est et de celui que l’on peut devenir » [Interview]

16 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Du 21 au 28 novembre, le Festival des Trois Continents fait venir les cinémas d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie à Nantes pour une 39 e édition où le cinéma argentin, le réalisateur coréen Shin Sang-ok et le thème exil seront à l’honneur, pour un tour du monde en 80 films – dont 10 films de compétition. Le directeur artistique du Festival, Jérôme Baron, nous parle de cet événement désormais incontournable dès que l’on s’intéresse au 7e art au-delà des frontières Etats-Unis et de l’Europe.

Le jury est pluridisciplinaire, tous les arts sont-ils conviés aux trois continents?
Nous partons du principe que nous sommes tous spectateurs de cinéma. Les jurés que nous avons sollicités ont l’un après l’autre manifesté une sincère curiosité pour le festival et de l’intérêt pour cette compétition 2017. Certaines années, les jurés sont des professionnels dont le lien avec les métiers du cinéma sont plus marqués, d’autres fois nous sommes tentés de faire une place à d’autres sensibilités et expériences. A l’image d’un festival que nous souhaitons ouvert, il n’y a pas de raison d’avoir sur le jury un a priori figé.

Nantes est elle au carrefour de ces trois continents ?
Si vous vous référez au passé esclavagiste de la ville et au rôle que le port de Nantes a joué dans le trafic triangulaire on pourrait, tristement, dire cela. Le festival lui s’est construit autour de l’idée qu’il y avait à explorer et que l’histoire du cinéma était à repenser en intégrant la réalité de cinématographies restées hors-champ quand elle n’était pas précisément, tout juste, en train de naître, balbutiante et de ce fait animée d’une singulière énergie.

Comment choisissez vous les films de la compétition?
Nous n’avons aucun critère défini. Nous attendons le film qui fait signe, qui s’impose immédiatement comme un coup de foudre ou qui infuse durablement en nous au point de revenir dans nos conversations, un film qui se fraye un chemin que nous choisissons de prolonger jusqu’à l’écran. Nous voyons à peu près 800 films chaque année, l’échantillon de 16 films en sélection officielle dont 8 en compétition est par conséquent réduit mais affirme ce que nous avons pour diverses raisons envie de distinguer. La première française est inscrite au règlement. Par voie de conséquence, les films de la compétition sont nécessairement en première française. Cela nous demande aussi d’être convaincants auprès de certains de nos interlocuteurs concernant la valeur ajoutée d’une sélection à Nantes.

L’exil en une dizaine de film, c’était difficile à accomplir ?
Oui. Cela a pris plusieurs mois de réflexion… à 6 personnes. Quelles questions voulions-nous poser à travers un tel programme au cinéma et à la réalité elle-même ? Nous avons pris notre temps, nous nous sommes questionnés, avons formulé des réserves éthiques, fait quelques pas en avant, puis marche-arrière et puis repris les débats. C’était un travail passionnant.

L’œil sur le cinéma argentin permet de découvrir de nombreux réalisateurs, lesquels avez vous découverts en premiers?
Il y a déjà de nombreux films argentins de l’histoire du cinéma présenté à Nantes mais jamais une rétrospective aussi large et constituée en grande partie de films rares. On a laissé de côté quelques grands noms, nous sommes sortis des sentiers battus, bref, nous aussi avions l’envie de réapprendre à regarder le cinéma en oubliant ce que nous pensions en savoir. Le travail de Roger Koza, critique et programmateur argentin de ce panorama, a été à nos côtés des plus précieux.

Certaines avant première sont très pointues. Le public des Trois Continents est il très exigeant?
Il est curieux et habitué à découvrir des films ambitieux. Je ne sais pas ce qui est ou non pointu. Des films commerciaux remarquables sont parfois à peine compris dans leur richesse par le grand public qui les voit et des films d’auteurs supposément brillants sont parfois assez cons quand on y regarde de près. Le cinéma n’aime pas les carcans. Nous non plus. Alors entre le plus populaire et le plus « pointus », nous nous faisons un plaisir d’abattre les cloisons pour signaler ce qui relève du seul cinéma.

Les enfants ont leur propre programmation pendant le Festival…
C’est encore la même logique, ouvrir le festival et les écrans à tous le publics avec une exigence égale. Remettre au centre la question du spectateur qu’on est et de celui que l’on peut devenir. Auprès des plus jeunes, c’est une préoccupation forte pour nous et nous y travaillons avec la même attention comme pour ce cahier des enseignants qui propose des études (plus de 60 pages) des films présentés dans une des sections.

visuel : affiche du festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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